25/01/2007

 AVRIL 2005: CLASSIQUE BOURGUIGNONNE!

Cela faisait un bout de temps que j’avais envie de replonger dans les vins de Bourgogne afin de tenter d’effacer les déceptions rencontrées au cours de mes achats personnels lors de diverses foires aux vins. L’invitation de mon voisin (et peintre, et ami, on peut le dire) Claude Manesse à séjourner dans son village natal de Montréal à un jet de pierre de Vézelay, non loin du chablisien, nous a permis de concrétiser plus rapidement que prévu ce désir.

J’étais devenu un abstinent de la Bourgogne, mais je me refusais à croire que la mérite bourguignon se limitait à mes dernières expériences. Outre la qualité dans le verre, j’y ajoutai cependant aussi deux autres contraintes. Le respect de l’environnement, bien sûr et puis le respect de notre portefeuille. En fait, je n’ai jamais douté que la Bourgogne fasse de grands vins, peut-être seulement que les prix soient encore accessibles. Après une semaine de lecture intensive des forums, des guides, des revues multiples, et de renseignements collectés auprès d’amateurs avertis, je suis déjà un peu plus rassuré. Une vraie sélection sera nécessaire. C’est parti, le téléphone surchauffe, les rendez-vous se prennent, l’agenda se comble; le programme sera chargé. Quelques fenêtres pour balades et visites seront ménagées, mais mon programme culturel sera cette fois très léger.

Et puis quelques déconvenues déjà, la plus grande étant celle d'un domaine assez connu sans l'auxerrois; où une dame pas très aimable m’éconduit vertement au téléphone alors que je demande humblement une petite visite. J’ai le malheur d’insister et de lui demander où je pourrais trouver ses vins en Belgique, la réponse est cinglante : « je ne vois pas l’intérêt, nous n’avons pas besoin de nouveaux clients », rideau ! Ce genre de réaction est heureusement très rare et a le mérite de souligner la grande disponibilité de la plupart des viticulteurs. Au contraire, souvent, même au téléphone, des prémisses de contacts plus profonds avec certains vignerons se tissent déjà.

La première après-midi est réservée à la visite de Vezelay et de sa basilique. Je ne peux que la recommander et surtout de se glisser quelques minutes dans la crypte souterraine qui dégage une atmosphère, non pas de recueillement, mais de sérénité extraordinaire. Un peu plus tard, nous entrons dans une petite boutique de la rue principale et surprise, c’est un repère de bouquins et de thés. A nous les lapacho, maté et autres pu-ehr ; et quelle coïncidence, nous qui avons justement décidé d’élargir l’étendue de nos activités. Pas loin, un petit caveau m’interpelle. Ne pouvant résister, et bien qu’ayant promis que les visites ne commenceraient que le lendemain, j’y entre ! J’y rencontre une petite bonne femme un peu timide mais sympathique. C’est une vigneronne Maria Cuny (maman de 6 enfants !) tout récemment installée qui possède quelques hectares dans le vignoble de Vezelay. J’y goûte rapidement et le blanc est franchement pas mal, j’achète quelques bouteilles, je regoûterai tout cela à mon aise le soir. La dégustation du soir confirme, fruit croquant, structure cristalline, et je prends rendez vous pour le vendredi, je remonterai quelques caisses de cet excellent chardonnay.

Le lendemain, rendez vous à St Romain avec Thierry Guyot, recommandé par Patrick Meyer en Alsace. L’homme est souriant, chaleureux et ses vins délicieux. Pas dans le style actuel coloré, boisé et souvent surextrait, mais tout en finesse et en longueur de saveur. Les robes sont parfois désuètes, mais les parfums délicats toujours présents, note de framboises, de pivoine, de rose fanée ou d’épices douces, c’est bon. La conversation est animée et on en vient vite à parler de gastronomie et d’accords parfaits. Thierry est manifestement un bon vivant, l’expression « je résiste à tout sauf à la tentation » qu’il nous lâche en fin de dégustation lui convient à merveille. Mais nous discutons aussi vigne et vinification, Thierry est à la recherche perpétuelle de la meilleure extraction et du meilleur rapport rafle/raisin. Passionnant d’apprendre avec lui l’impact des rafles sur la macération ou les risques de l’égrappage. Nous dégusterons avec lui quelques vins de ses amis Emmanuel Giboulot et Jean-Claude Rateau, que je connaissais déjà de Rouffach. Quelques belles choses aussi, nous y reviendrons peut-être. Nous ne nous quittons pas sans échanger quelques bouteilles, moi de bière et lui de vin, une bouteille d’Anjou blanc de son ami René Mosse, juste pour le plaisir de partager, merci !

Direction domaine de l’Arlot, la propriété est belle et les caves interminables. Accueil beaucoup plus anonyme mais courtois, nous dégustons quelques bouteilles déjà entamées. Le vin est fin, mais je ne peux m’empêcher d’y trouver des notes végétales que je n’apprécie guère. Excepté un Nuit St Georges Blanc fabuleux (mais cher comme la plupart des cuvées) je passe complètement à côté de ces vins, une autre fois peut-être !

Pas loin de là, à Marsannay, nous rencontrons Olivier Guyot ; pas de relation familiale avec le précédent. Lui c’est Monsieur Tornade Tropicale, il emporte tout sur son passage, son débit verbal n’a d’égal que son énergie. Mais l’accueil est très chaleureux. Les présentations faites, nous nous retrouvons rapidement dans la cave, le verre à la main. Le premier vin dégusté est son Bourgogne générique 2003 et c’est déjà très bon, du fruit mûr mais frais, une belle structure et de jolis tannins qui laissent entrevoir un potentiel de garde de quelques années. Ensuite, les Marsannay ; j’adore ce genre de dégustation ou chaque vin est délicieux mais est surpassé par le suivant. Favières, Boivins, Montagne, Gevrey les champs et puis l’apothéose avec le Clos St Denis, ouvert tout spécialement pour nous parce que nous avions l’air d’apprécier… Je suis convaincu. Olivier qui travaille toutes ses parcelles avec son cheval Indigo est aussi infatigable à la vigne qu’à la cave, un vrai bosseur avec paraît-il une belle inclinaison à la fête le moment venu, belle philosophie.

L’étape suivante, ce sera chez Chantal Lescure. Le domaine a été repris en main par Aymerich Machart de Gramont au décès de sa mère. Avec l’aide de François Chavériat, il retrousse ses manches et nous récoltons maintenant le fruit de leur travail rigoureux à la vigne (application des principes de la viticulture biologique) et à la cave (astucieux mélange de naturel et de technique). C’est Catherine qui m’accueille (mon Anne fait un petit somme dans la voiture), elle aussi déborde d’énergie et c’est au trot que nous menons la dégustation parsemée de quelques 2001 et 2002. Si je ne suis pas vraiment convaincu par l’entrée de gamme, la dégustation des pommards 2002 s’avère passionnante. C’est un festival de terroirs, les différences entre les vignots exposés au Sud et les Vaumuriens, terroir plus froid exposé à l’est, sont d’école. Entre la grande maturité du premier et la minéralité du second, mon cœur balance. Il finira par pencher pour le second, mais c’est vraiment une question de goût. Nous nous dirigeons ensuite vers les caves où reposent les fûts contenant les 2003. Si le pommard vignots me rappelle presque un vin du Languedoc avec quelques parfums de garigue et de porto, c’est le coup de foudre avec le Vosne-Romanée d’abord et le Clos Vougeot ensuite. Une belle fraîcheur, des parfums très purs de cerise et des tannins proches du taffetas. Nous ne sommes qu’au début de notre périple, et voici déjà quelques domaines qui s’imposent à la tête de la sélection.

Un peu plus loin le domaine Trapet, spécialiste des Chambertins. J’avais découvert les vins de Jean-Louis à Bruxelles, à cette fameuse dégustation organisée par Nicolas Joly et j’avais adoré. Evidemment, je me réjouissais de les regoûter. Hélas, la dégustation menée par un Monsieur Trapet père aimable mais peu disert se déroule dans une cave trop froide. Les vins perdent un peu en arômes et en densité, même si on perçoit malgré tout leur belle texture. Dommage.

Après midi, direction Meursault pour redéguster les vins d’Alain Javillier (domaine Jean Javillier). Je connaissais déjà un peu les blancs qui avaient marqué ma mémoire il y a deux ans à Rouffach. Alain est un sacré personnage, il semble cacher un manque de confiance en lui derrière un discours ininterrompu d’anecdotes heureusement passionnantes. C’est ainsi qu’il nous raconte l’histoire détaillée du domaine, ses hésitations, ses progrès, ses échecs aussi qui ont jalonnés ces 20 dernières années. Un exemple, le pourquoi de l’abandon de la filtration. Le vin était à l’époque emporté vers une entité de filtration externe au domaine, vu les petits volumes et le manque de réputation du domaine, le vin était généralement filtré en premier et recevait donc toute la dose d’adjuvant de filtration. Ainsi dépouillé, cette manipulation n’était pas sans risque non plus et entraînait parfois une oxydation prématurée. Après quelques échecs, Alain a donc décidé d’abandonner tout simplement cette étape onéreuse et dangereuse, Bravo.

Toujours en recherche également quant il subtilise des raisins à ses prestigieux voisins pour comparer les niveaux de maturité avec les siens. Très honnête quand il avoue avoir été torturé par la question de l’acidification sur les 2003 qu’il effectuera finalement, légèrement, en fermentation. Tellement pris par sa passion qu’il en oublie de nous faire déguster ses cuvées. Ou alors est-ce encore un signe d’un certain manque de confiance; il aurait tort, toute la gamme, du simple chardonnay aux crus plus réputés, est confondante de naturel, et les vins sont gorgés d’arômes. Une belle confirmation et des cuvées au rapport qualité/prix exceptionnel.

Retour à St Romain pour découvrir un vigneron conseillé par notre ami Jean-François Ganevat qui connaît bien la région: Fred Cossard du domaine de Chassorney. Le gars a l’air bougrement sympathique. Il a aussi une réputation sulfureuse de fameux fêtard et n’a pas sa langue en poche. Nous dégustons uniquement au fût, car il n’a plus rien à vendre. Les blancs 2003 sont parfumés et déploient des arômes très mûrs de banane et de fruits exotiques. Hélas, le millésime montre également ses limites car le manque d’acidité me semble flagrant. Ce genre de vin a ses amateurs, mais je n’en suis pas, j’aime une certaine vivacité et la minéralité qui complexifie le fruit. Nous passons aux rouges 2003 et là c’est la gifle! Nous sommes déjà au niveau des vins de Lescure ou d’Olivier Guyot avec le Saint Romain, fabuleux. Et le Chambolle est dans la lignée, vraiment très bon. La dégustation s’achève au bar du caveau où Fred nous fait découvrir une cuvée de Beaujolais très agréable. La conversation s’oriente vers la bière, son rêve serait d’ouvrir une micro-brasserie ; c’est sur il va falloir rester en contact. Fred nous propose de rester dîner (déjeuner) avec lui, mais un autre rendez vous nous attend et nous devons prendre congé; non sans repartir avec quelques bouteilles-échantillons à faire déguster à son ami Jean-François. Merci Monsieur Cossard pour ce très bon moment.

Direction le Sud, Vinzelles qui se situe à la limite du beaujolais. Le domaine dans notre collimateur est celui de la Soufrandière, mené par deux petits jeunes déjà bien expérimentés; les Bret Brothers. Nous sommes accueillis par 2 grands chiens noirs qui sont déchaînés au propre comme au figuré. Je ne suis pas particulièrement à l’aise ; mon contact est manifestement plus facile avec les vignerons qu’avec la race canine…La plupart des cuvées sont épuisées, mais on nous fait tout déguster quand même. Les vins sont tous excellents, parfois dans un style boisé un peu international, mais les cuvées que je sélectionne, Viré-Clessé ou Pouilly-Vinzelles les Quarts par exemple ont ce petit plus de minéralité qui les pousse dans le cercle restreint des grands vins pour hédonistes. Le domaine est mené en biodynamie et pourtant ces deux garçons ont l’air tout à fait sain d’esprit. Les esprits chagrins pourront y voir une démarche commerciale, la simple dégustation de leurs vins balaie sans hésiter ce pauvre argument, les frères Bret n’ont vraiment pas besoin de cela pour asseoir leur réputation. Ils ont également développé une activité de négoce de haut niveau qui applique autant que possible les mêmes principes. Dans ce négoce, les deux frères influencent la viticulture de leurs partenaires et s’occupent à 100 % des raisins dès la vendange. Ils profitent aussi de quelques parcelles de domaines réputés comme les Vignes du Mayne par exemple. Une belle découverte dont il faut absolument profiter avant que l’adresse ne soit trop connue.

J’aime le Chablis, peut-être en raison de mon penchant pour la minéralité dans toutes ses formes. Et s’il est un terroir qui magnifie ou devrait magnifier cette minéralité, c’est bien chablis. Hélas la viticulture laisse souvent à désirer, les vendanges mécaniques sont la règle et les très bonnes cuvées se font rares. Chablis, à quelques exceptions près, me semble se reposer sur ses lauriers depuis des décennies. Mon attention avait été attirée par un de mes clients sur un entrefilet dans la RVF concernant un tout nouveau domaine, celui de la Boissonneuse, travaillé en bio. Renseignements pris, il s’agit du fils de Jean Marc Brocard, vigneron à la tête d’une des plus grandes propriétés de chablis. Je connais cette maison grâce à son Bourgogne Kimméridgien, distribué en grande surface, d’un très bon rapport Q/P, je dois le reconnaître. Allons-y! C’est évidemment une grosse boîte, mais l’accueil est sympathique. On me propose de commencer la dégustation par les vins du domaine Brocard. Je ne refuse pas ! Les vins ne m’épatent pas, il faut arriver aux grands crus pour percevoir un début de frisson, mais ce sont des 2003 et décidément, excepté chez les frères Bret, je n’accroche pas. On vient enfin aux 2002 avec ce fameux domaine de la Boissoneuse, qui est en fait une grande parcelle du domaine Brocard, reprise par le fils et travaillée en bio. Le nez est ouvert et libère des senteurs minérales et fruitées. Enfin ! Superbe ! La bouche est à l’avenant, concentrée mais bien structurée, un chablis pour la table et de garde, je suis comblé ! Je rencontre ensuite Julien Brocard qui m’accorde une visite des installations très modernes. La conversation est technique et instructive ; l’accord entre le père et le fils concernant l’approche bio ne semble pas aussi parfait que ceux que j’entrevois pour ce chablis. Comme c’est souvent le cas, il faudra attendre le passage de témoin entre génération pour espérer voir les beaux grands crus du domaine travaillés dans le respect de l’environnement, patience !

Dernier jour, il faut repasser chez les vignerons sélectionnés pour prendre les cuvées réservées, un vrai casse tête géographique et une course contre la montre. Je suis hélas obligé de décommander ma visite aux « Vignes du Mayne », c’est râlant, mais je n’ai vraiment plus le temps. La dernière étape sera pour le domaine Guillot-Broux, dans le maconnais, apparenté aux Vignes du Mayne et à nouveau recommandé par Fanfan Ganevat. Dégustation très sympathique, mais j’ai du mal à accrocher aux blancs. Ils sont élevés dans un style rassis légèrement oxydatif qui doit avoir ses amateurs mais avec lequel j’ai un peu de mal. Par contre, les rouges sont à mon goût ; le gamay est gorgé de fruit et de sève et il en va de même pour le pinot noir, je ne peux hélas plus emmener de caisses, car l’heure du départ à sonner, mais c’est sûr, on y regoûtera !

Il est temps aussi de saluer Claude et de le remercier pour son accueil et ses talents culinaires qui nous ont fait redécouvrir, soir après soir quelques grands classiques de la cuisine française. Une adresse aussi à recommander, le Pot d’étain, près de Montréal, la cuisine n’est pas des plus originales, mais savoureuse. Et puis le patron est un vrai passionné de vin et sa carte regorge de cuvées superbes, en Bourgogne, mais aussi dans les autres régions. Ce sera l’occasion pour nous de déguster les vins de Goisot, plaisir qui nous avait été refusé par le domaine. Le vin, lui, un sauvignon de St Bris, est vraiment à la hauteur. Allez, je suis presque prêt à pardonner. Mais la semaine n’est pas finie, le Jura n’est pas loin et nous allons faire un petit coucou à GANEVAT, l’occasion de déguster ses blancs 2003 sur fût, un mot seulement (ou deux;-), très prometteur !

19:55 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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