25/01/2007

OCTOBRE 2004: LA BELLE CHARTE JOLY

Vous le savez probablement, le système des appellations contrôlées en France est actuellement remis en cause. C'est la crise en France pour les petits vignerons, et à Bordeaux par exemple, des océans de "vin" ne trouvent plus d'acheteurs. La raison? Peut-être commençons nous à comprendre que la qualité existe mais qu'elle a un prix. Ce n'est pas encore gagné, car je me suis laissé dire que la moyenne de prix des vins achetés en Belgique était encore inférieure à 4 euros, incroyable! A ce prix là, il ne faut pas trop epsérer avoir du raisin dans la bouteille!

Mais revenons à ce système d'appellation; plusieurs initiatives ont été prises dont celle du président des AOC, René Renou (par ailleurs vigneron dans les coteaux du Layon). Il propose en effet la création d'un nouvel échelon dans un système déjà pas évident à suivre: l'AOCE, l'appellation d'origine contrôlée d'excellence. Cela a le mérite de faire bouger les choses, mais se limite un peu à souligner les vins de meilleure qualité sans secouer ceux qui n'en font pas (de la qualité!). Les critères de sélection ne sont pas non plus très clair. Sur LPV (vous connaissez maintenant ce site super convivial), il a été proposé de créer un autre niveau, le VDM (Vin De M…) , c'est une boutade, mais c'est proche de la réalité, non? D'autres voient en l'étranger (comme souvent) le responsable de leurs maux, les vins chiliens peuvent utiliser les copeaux, les sud-africains des enzymes, et tous peuvent mettre le nom de cépage sur leur bouteille? Ah bon sang mais c'est bien sûr, un assouplissement des contraintes va tout résoudre ...

A mon avis, le constat est dur mais simple, il se produit trop de vin et de trop faible qualité. Cela risque d'être douloureux pour les vignerons les moins bien situés, les moins talentueux ou les plus paresseux, mais je ne vois pas d'autres issues qu'un "soutirage" par le bas pour préserver une assurance de qualité minimale. Cela ne dépend en fait que de nous, et quand Coluche dit « quand je pense qu’il suffirait d’arrêter d’acheter des cochonneries pour éviter d’en bouffer », c’est encore plus vrai pour le vin.En tout cas, pour l'instant, tout ce que peut garantir l'AOC, c'est ..... une origine, mais certainement pas ce minimum de qualité.

Enfin, il y a ceux qui croient au vin vrai, même si ce terme est tellement galvaudé (les yaourts aux vrais morceaux de fruits, à quand les vrais yaourts aux vrais morceaux de vrais fruits). Pour Nicolas Joly de la coulée de Serrant, il le répète, les appellations doivent faire du vrai vin (vous savez que moi je lui préfère le vrai grand vin ;-). Dès lors il a lancé cette bonne initiative : la renaissance des appellations, en rédigeant une charte de qualité à trois niveaux.

Que les plus rationnels d'entre nous se rassurent, la biodynamie n'est pas un critère, même si elle reste un moyen pour certains d'exacerber la vie d'un terroir et donc sa transparence dans le vin. Je n'ai pas d'expérience en biodynamie et je n'y crois pas a priori (je suis scientifique;-), les pratiques semblent parfois farfelues, mais les principes m'interpellent (les ondes, les fréquences, l'énergie, l'actuellement intangible...). Souvenons nous que la science n'explique pas encore tout. Souvent, pour la science, ou plutôt certains scientifiques ce qui ne se mesure pas n'existe pas (mesurer c'est savoir/meten is weten). Le "hic" (pas le "hips";-), c'est que la science mesure de plus en plus de choses et se contredit donc tous les jours!. Ce qui est sûr, c'est que je ne vois aucun inconvénient à l’ application de la biodynamie, cela permet même de faire avancer les connaissances et si c'est du temps perdu, tant pis pour le vigneron. Où cela me gêne un peu, c'est quand on profite de cet "aura" ou "mode" pour vendre plus cher, mais c’est un autre débat.

Revenons à la charte Joly. Pas de biodynamie visible donc, mais par contre, les critères bios y sont bien repris. Ce qui est intéressant, c'est qu'ils vont plus loin, en incluant les pratiques de la cave (levurage, chaptalisation, acidification). Ce n'est pas encore une assurance de bon vin (je n'en ai à la limite pas besoin, j'aime être le seul juge de mon goût), mais une assurance de transparence.Lisez plutôt!

Préambule: Le système de cotation ci-dessous ne parle pas de bio ou de non bio mais donne simplement les actes qui permettent à une appellation de s'exprimer. On peut donc passer de 1 (*) à 3 étoiles (***) "vertes " et à ceci vient s'adjoindre la notation habituelle que font les guides des vins. Ce système incite le viticulteur a mieux agir et informe le client des incidences des gestes agricoles ou de cave sur l'expression des appellations.

* Obtention d'une étoile *

Un vin d'AOC a un goût particulier lié à l'expression du terroir, d'un sol et d'un climat. L'agriculture doit donc renforcer la vie organique du sol et éviter tout produit chimique de synthèse. Aucun désherbant qui détruit la vie des sols. Aucun engrais chimique qui créé une croissance atypique. Ces engrais sont des sels. La plante doit boire plus, donc croître pour compenser la salinité qu'on lui impose. Aucun produit chimique de synthèse qui peut fausser la photosynthèse et donc le goût du vin. Aucun traitement systémique donc absorbé par la sève dans la demi-heure qui, outre un effet négatif sur le métabolisme de la plante, sur la photosynthèse et sur les champignons des racines (mycorhize), peut se retrouver sous forme de résidus dans le raisin. Aucune levure aromatique, puisqu'elle éloigne le vin du profil de goût et de son AOC.

* * Obtention de deux étoiles **

Dans les dernières années, la formidable poussée de la technologie a permis de recréer des goûts qu'une agriculture déficiente avait faussés. Un retour à de bonnes pratiques rend cette technologie inutile et laisse à chaque vin son goût d'origine sans tromper le consommateur.> Pas de vendange mécanique, afin d'obtenir une maturité optimale. Pas d'ajout de levures exogènes donc étrangères au lieu et au profil climatique de l'année. Interdiction d'enzymer les moûts. Une agriculture saine donne une couleur abondante. Pas de concentrateur par osmose inverse. Ce processus peut aboutir à des déséquilibres, notamment sur le vieillissement. Pas de cryoextraction qui fausse l'équilibre du vin. Pas de passage au froid jusqu'au point de solidification.

*** Obtention de trois étoiles ***

Pas de déacidification ni de réacidification qui changent l' équilibre des vins. Pas d'adjonction d'acide ascorbique, ni de sorbate de potassium. Pas de chaptalisation y compris par moûts concentrés.

Une initiative à suivre, qui correspond assez bien à ma démarche. Ce n’est probablement pas suffisant et pas encore une garantie de bons vins, mais c’est déjà la garantie d’une plus grande transparence. Environ 80 domaines ont déjà souscrit à cette charte ( venant aussi d'Allemagne, d'Amérique (Nord-Sud), d' Italie, de Slovénie, ...) dont bien sûr pas mal de ceux dont je distribue les vins: Larmandier-Bernier, Barral, Beau Thorey, Schaetzel, Frick, Tissot, Traginer et Saint Nicolas. Mais on y trouve aussi avec plaisir quelques pointures comme A. de Villaine, Zind-Humbrecht, Chapoutier, Gauby, Leflaive, Angéli ou Bossart, ... et d'autres sur ma liste d'attente comme Tempé, Ostertag, Romanin, Lafarge, Trapet ou Montirius.Après une présentation à New-York au mois de Juin, l'étape suivante se déroule à Bruxelles le 8/11, je compte bien y participer et y initier de nouvelles collaborations! N'hésitez pas à me faire part de vos réactions à ce sujet.

18:21 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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