26/01/2007

OCTOBRE 2005 : BESOIN D'UN GUIDE ?

C’est la rentrée, les foires aux vins se multiplient (ok, achetez-y vos Bordeaux, mais bipasser le reste ;-), et puis parallèlement, les guides fleurissent dans tous les linéaires. Ne sont-ils d’ailleurs pas de plus en plus nombreux ? Guide des vins à petit prix, des vins bio, des vins de France, pour les nuls, pour les pros… Difficile de s’y retrouver.

On pourrait débattre à foison sur l’utilité des guides, mais je crois que dans la jungle des vins, l’amateur débutant a besoin d’être aiguillé, et parfois d’être rassuré sur ses propres goûts.La comparaison de son avis propre à celui des « experts » peut aussi participer à une forme d’apprentissage et d’étalonnage que le débutant peut trouver nécessaire et c’est très compréhensible. Et puis il faut bien dire que cette jungle n’est pas toujours honnête, outre ses propres goûts qui font que l’on peut aimer ou pas un vin, la majorité des vins sont franchement mauvais ou inintéressants. Si goûter et regoûter est la méthode la plus fiable pour faire ses choix, il est évident impossible de tout goûter et il faut donc trier avant de s’avancer plus loin.

Certains se gaussent aussi sur leur représentativité, leur exhaustivité et parfois mettent en doute leur indépendance. Soyons clairs, aucun guide n’est exhaustif. La plupart travaillent sur base d’échantillons envoyés par les domaines et pas mal de vignerons n’envoient aucun échantillon (Schueller, Casot des Mailloles, Barral, …), ou pas à tous les guides (imaginez le budget). Un guide est une source d’information, il présente une sélection qui peut aider à « guider » les choix. Mais un guide, ce n’est pas la Bible. Le guide est aussi un moyen pour l’amateur averti de faire de nouvelles découvertes, comme le sont les forums ou les revues spécialisées; mais aussi les salons et foires ou les dégustations de cavistes. Il ne faut négliger aucune source. Mais pour s’y retrouver, il faut aussi connaître les principes de sélection et les conditions de dégustation et parfois, le goût du dégustateur. J’ai acheté beaucoup de guides à mes débuts, j’y ai confronté mes propres opinions et ce fut un des éléments qui m’ont permis de progresser, d’affiner et d’élargir (ce n’est pas incompatible) mes propres goûts et mes connaissances.Je les achète encore régulièrement, on y apprend toujours quelque chose et puis, c’est tellement agréable de potasser les meilleurs. J’en connais donc vraiment très bien quelques-uns. Cette rentrée sera l’occasion de les passer en revue (revue non exhaustive).

Parker

A tout seigneur tout honneur, le gourou américain, ancien avocat, a débuté il y environ un quart de siècles en lançant sa revue « the wine advocate ». Il a fait découvrir les bordeaux aux Américains, mais son influence auprès des consommateurs allant en grandissant, il a progressivement étendu son impact à la viticulture et la vinification. Aujourd’hui, Parker fait les nouvelles stars et défait parfois les anciennes étoiles. Pour un vigneron, une cotation supérieure à 90 sur son échelle de qualité lui ouvre toutes les portes et lui promet une vente assurée. Mais la même cote fait également monter les prix ; un effet pervers pour le consommateur que ne peut plus contrôler celui qui se présente encore comme son meilleur avocat.L’influence de Parker est indéniable ; on parle même du goût Parker ! Il aimerait surtout des vins très extraits, issus de raisins très mûrs et largement boisés. C’est un peu une caricature, mais ce qui est vrai, c’est qu’il n’aime pas les vins dilués issus de raisins pas mûrs ;-). Si je compare ma petite expérience par contre, j’ai vraiment aimé des vins pourtant déclassés (<80) tels que Pichon Comtesse 92 ou Chevalier 94, ces vins élégants et parfumés étaient pour moi largement supérieurs à beaucoup de 80-85. Enfin, si vous voulez faire un choix en Bordeaux et n’avez pas l’occasion de goûter, pourquoi ne pas suivre la cote Parker. Mais au dessus de 90, plus de bons rapports Q/P et en dessous, une zone peu discriminante ou le meilleur côtoie souvent le moins bon. Alors visez les cotes 89 ;-) ! L’avantage de suivre Parker, c’est que si le vin ne vous plait finalement pas, mais possède une bonne cote, vous ne perdrez rien à le revendre, au contraire. L’avis de Parker ne se limite pas au Bordeaux, mais au-delà de ces frontières, son influence diminue, en tout cas en Europe. Ses notes sur la Bourgogne sont rédigées par un collaborateur resté longtemps dans l’ombre (Rovani). Celles concernant le Rhône ne sont pas à rejeter bien qu’elle m’aient pousser à acheter du Guigal qui s’est avéré imbuvable. Par contre dans le Languedoc c’est un peu n’importe quoi et l’attention portée aux autres régions de France est très mince.Petit désavantage, le guide reprend en général des notes sur des millésimes qui ne sont plus toujours à la vente. Le guide note les vins sur 100 mais classe également les domaines sur une échelle de 5 étoiles.

Bettane et Desseauve

Après le gourou américain, les 2 gourous français….Participant à la Revue des Vins de France jusqu’il y a peu, ces deux dégustateurs chevronnés offraient depuis environ 10 ans le fameux guide vert, un peu pompeusement nommé « Le Classement des vins de France », bien que ce soit celui qui s'en rapproche probablement le plus.J’ai acheté ce guide vert quasiment dès le début de sa publication, sautant une année parfois, mais depuis 2000 j’ai craqué chaque année.Pour le débutant, c’est une mine d’informations et d’adresses. Honnêtement, si l’on peut regretter l’absence de certains domaines de références qui n’envoient pas d’échantillons, si certains autres n’y sont pas pour des questions de goût (et c’est respectable), il y a peu à redire sur les domaines cités. Je reconnais y avoir puisé mes premières découvertes et en 10 ans, je ne concède qu’une seule vraie déception (je vais quand même pas la citer), c’est tout simplement remarquable.Les domaines sont classés de 1 à 3 étoiles, et les vins dégustés sont cotés sur 10. D’une année à l’autre, le texte descriptif du domaine change peu ou pas du tout. Seuls quelques commentaires et les notes des vins dégustés sont mis à jour. On pourrait donc faire l’impasse une année sans trop souffrir, mais la lecture est diablement agréable.On peut bien sûr discuter de certains choix (Michel Bettane n’apprécie pas les vins de Barral, par exemple) et de l’attitude parfois condescendante de Michel Bettane envers les amateurs (voir quelques interventions sur les forums, LPV par exemple). Mais le tandem formé avec Thierry Desseauve semble fonctionner à merveille et ce sont deux dégustateurs hors pair, c’est indéniable.Depuis son départ de la RVF, le tandem a lancé en 2005 une revue disponible on-line (TAST) qui, quand elle couvre une appellation, le fait de manière plus exhaustive et détaillée qu’auparavant. Le travail est une nouvelle fois remarquable.L’édition 2006 du guide vert a été reprise par 3 membres de la RVF (Burtschy, Gerbelle, et Poussier, le meilleur sommelier du monde en 2000), mais ils n’ont apparemment pas encore eu le temps d’y imprimer leur personnalité. Quoique la rentrée de Jean-François Ganevat dans l’édition 2006 est bon signe pour le qualité future du guide ;-).

On attend en tout cas le prochain guide B&D avec impatience, mais pas avant 2007 probablement. Note du guide vert :« Bernard Burtschy est journaliste et membre du Comité de dégustation de La Revue du Vin de France. Lauréat du Trophée du Meilleur dégustateur du Grand Jury Européen. Antoine Gerbelle est journaliste et membre du Comité de dégustation de La Revue du vin de France. Olivier Poussier est journaliste et membre du Comité de dégustation de La Revue de France, Meilleur sommelier du monde en 2000. Leur expérience du vignoble, leur talent de dégustateur et leur indépendance de jugement les rangent parmi les spécialistes les plus écoutés.

Gault & Millau

Je n’ai acheté que l’édition 2004 de ce guide qui était alors rédigé principalement par Bernard Burtschy, retransféré depuis à la RVF. Présentation par domaines inspirée par le guide vert, il ratisse un peu plus large, faisant la part belle aux coopératives. Cela permet de faire quelques découvertes, mais également augmente les chances de plantage. Les domaines sont étoilés de 1 à 5, et les vins sont notés sur 100, mais sans commentaires. Le classement alphabétique est un peu brouillon, mais un guide qui sort Stéphane Tissot, François Chaveriat (Domaine Lescure) et Thierry Michon (Domaine St Nicolas) en révélation et mentionne Gérard Schueller avec 4* démontre quand même une certaine fiabilité ;-).L’édition 2006 est bien parue, mais je n’ai aucune idée sur l’identité de ses auteurs.

Hachette

Ensuite, il y a les guides qui utilisent des jurys, pour sélectionner leurs vins.Le plus connu est le guide Hachette, différents jurys, composés de professionnels (journalistes, cavistes, vignerons, ..) et 10000 vins dégustés. Problème, 1 vin sur 3 est sélectionné, c’est beaucoup non ? C’est une mine d’information sur les domaines, mais mon expérience montre que même le choix d’un coup de cœur n’est pas une garantie de qualité. Pourquoi ? Le prix entre-t-il en ligne de compte, est-ce dû au nivellement qualitatif résultat du consensus du jury, peu importe, la fiabilité n’est pas toujours suffisante à mon avis.Par contre, il serait intéressant, comme pour les bordeaux, de visualiser l’historique des résultats des cuvées sélectionnées. Une présence régulière dans le guide est quand même un signe de qualité ; alors qu’un coup de cœur esseulé peut–être dû à un coup de chance.

Fleurus

J’ai un faible pour le guide Fleurus, dont la sélection est effectuée par 85 sommeliers de France. On y retrouve des domaines qui n’envoient que rarement des échantillons mais qui sont réputés auprès des professionnels (Casot des Mailloles, Traginer, Overnoy-Houillon, …). Il s’agit cependant d’un guide collectif et il est donc difficile de suivre les choix année après année. Le guide est divisé en deux parties, d’une part les vins sélectionnés et d’autres part, des informations sur les domaines, mais sans classement. Les vins sont décrits avec brio, notés sur 20 (mais les notes sont parfois très généreuses) et un accord gourmet est proposé. Remarquable.

Patrick Dussert-Gerber

Patrick Dussert-Gerber, journaliste, surnommé (par lui-même ?) PDG , propose un guide qui en est déjà à sa 25e édition. Pourtant, pour en avoir acheté et étudié un, je reste très dubitatif. Le classement tient-il trop compte des prix, en tout cas, la hiérarchie est peu compréhensible pour moi. A noter qu’il précise les entrées et sorties du guide, ce qui est intéressant. Par contre la raison n’est pas mentionnée.

Guide Solar des Vins Bios

Tout nouveau, réalisé par un petit comité dont un membre de la revue des vins de France (Georges Lepré), ce guide s’attaque aux vins bios sans complaisance, et les juge pour eux-mêmes, c’est très bien. La sélection de vins (il n’y a pas de sélection par domaine) me semble relativement fiable. Bien sûr, on peur se demander pourquoi tel vin a été sélectionné plutôt que tel autre. Je le répète, tout dépend aussi de ce que le vigneron envoie. En tout cas, j’y ai relevé quelques coup de cœur présents à la carte True Great Wines, tels que le Chablis de la Boissoneuse 2002 ou la cuvée du Château Romanin 2001. Très bien!

Jean-Marc Carité

Les bonnes adresses du vin bio Un guide sympa, qui donne beaucoup d’informations sur les domaines, notamment concernant leur présence aux divers salons (Rouffach, Marjolaine, …). Et sur les vins (teneur en SO2, vendanges manuelles ou non, levures indigènes, …) . Mais ici aussi, le prix semble avoir une influence sur la cotation des vins (0 à 4 *) et peut-être aussi une certaine indulgence envers les bons petits vins bios pas chers. A suivre.

Voilà, cette liste n’est donc pas exhaustive et ne concerne que les vins de France, mais je constate que si je suis toujours aussi boulimique de ce genre de littérature, il vous faut faire un choix. Ma « stratégie » serait donc d’alterner l’achat de ces guides, avec une nette préférence toute personnelle pour le Bettane-Desseauve (ou guide vert) et le guide des sommeliers. Pour les amateurs de vins bio, le Solar est très recommandable.

Bonne lecture, mais n’oublier pas la dégustation pratique reste l'exercice le plus efficace pour choisir ses vins et faire progresser son goût!

13:06 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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