27/01/2007

24 MARS 2006 : La Savoie selon Louis Trosset

Jeudi matin, 24 Mars, après 3 Grands jours de Bourgogne bien remplis, je fais l’impasse sur la Côte de Beaune pour répondre avec joie à une invitation alléchante de Jean-François Ganevat ; visite du domaine Charles Trosset à Arbin en Savoie. Lever tôt, ce n’est pas la porte à côté, Arbin, tout petit village entre Chambery et Albertville. Arrivé le premier vers 11 h, je suis accueilli par Louis, activé à la préparation de la dégustation, manifestement, vu le nombre de bouteilles ouvertes, nous allons découvrir sa production dans le détail. Très prévenant, il trouve une place à l’ombre pour ma voiture qui contient déjà quelques nectars fragiles. Entre-temps, c’est l’arrivée des jurassiens, Fanfan bien sûr, accompagné d’un stagiaire et de Philippe Bouvret de l’Essencia à Poligny (L’adresse incontournable pour le Comté du Jura !)

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Présentations terminées, nous montons dans la voiture de Louis et c’est parti pour un petit tour des vignes. Le temps est superbe, quelques nuages que le soleil efface facilement, 15 °, c’est vraiment le printemps là bas. Il faut dire qu’il semble que cette colline d’Arbin dispoqe d'un bon petit micro-climat. Outre les cigales en été, Louis nous énumère les espèces végétales d’origine méditerranéenne, c’est que Louis n’est pas vigneron à plein temps, mais est aussi un scientifique, actif dans la recherche et l’enseignement, passionné de botanique et de géologie. On ne s’étonnera pas que le contact soit bien passé ;-). Revenons à notre méditerranée, j’ai noté le nom de ces quelques espèces parmi lesquelles de mémoire me reviennent le baguenaudier et une espèce de genévrier. Si vous ajoutez à cela la couleur des sols (voir photos), recouverts de cailloux blancs, on comprend mieux la maturité exceptionnelle que peuvent atteindre les raisins de mondeuse sur ce terroir. L’âge moyen des vignes me convient (45 ans ;-) avec quelques belles dames d’âge plus respectable encore. Le sol est argilo-calcaire, avec des zones parfois contiguës d’argile blanche et rouge, et toujours sous couvert de ces cailloux absorbant avidement la chaleur pour la rayonner sur les raisins.

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Quand je pose la question du bio à Louis, la réponse est claire, « il ne nous faudrait pas beaucoup pour y être » ; les traitements sont rares, pas d’engrais chimiques, et les vignes sont labourées. Le BABA de la bonne viticulture quoi, le domaine progresse dans le sens du bio, mais sans prise de décision qu’il ne pourrait tenir à terme. Une démarche pleine de bon sens, mais on attend la suite. Revenons aux labours, la pente de certaines parcelles implique l’utilisation du treuil que Louis nous détaille ; cela semble impressionnant, je veux voir cela un jour ! La discussion avec Louis est passionnante tant son savoir est grand sous une attitude humble et réservée très classe. Jean-François Ganevat gambade de vigne en vigne, il les regarde, les touche, les enlace, je crois qu’il en pince déjà pour la mondeuse et je ne serais pas étonné de voir quelques essais sous la roche de Rotalier bientôt.

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Il reste quelques beaux arpents en friche, mais la présence d’une station de captage d’eau en contrebas interdit tout développpement du vignoble afin d’éviter les contaminations par pesticides et nitrates. Décision raisonnable, mais pourtant Louis serait prêt à les cultiver en bio, mais la décision est prise et l’administration est inflexible. Un autre problème rencontré par Louis concerne les sangliers, mais grâce à quelques fils électriques, la cohabitation ne se fait finalement pas si mal.

Par contre, le danger annoncé et qui est maintenant arrivé en Savoie (et en Champagne aussi en raison d’un porte-greffe contaminé, lire le blog de Raymond Boulard), c’est la flavescence dorée, une maladie bactérienne transmise par un insecte, qui entraîne la mort rapide de la vigne et impose arrachage et traitement. Ce sera probablement, dans les régions affectées, le plus grand challenge bio, la roténone n’étant pas efficace à 100% et le pyrèthre, apparemment plus actif, n’étant pas encore autorisé pour la vigne en France. Sujet important et passionnant au moins pour moi dont la spécialisation en agronomie est la phytopathologie.

Au caveau et Louis au service de Jean-François.

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Après cette belle balade en vignes, retour au caveau pour la dégustation. On commence par quelques cuvées de 2005 qui devront encore être assemblées:

- Une parcelle de jeunes vignes, robe violette, nez ouvert sur les fruits noirs (mûre, cassis), bouche sphérique, tannins agréables, très bon, le ton est donné et le niveau ne faiblira pas tout au long de la dégustation

- Des vignes un peu plus anciennes, (20-25 ans) robe encore plus foncée, presque encre ; nez plus minéral avec une note légèrement végétale, la bouche est plus solide et les tannins plus présents ;

- L’échantillon suivant est superbe, corbeille de fruits et épices, sans note végétale mais un peu de réduction, bouche très gourmande aux tannins intégrés, belle longueur et fraîcheur, excellent

- Dernier échantillon, très droit, très épicé, bonne trame tannique et longue finale, remarquable également

- On termine par un échantillon d’assemblage qui est très prometteur, en reprenant les qualités des différentes cuvées, le fruit noir mûr mais frais, les épices, un peu de minéralité, une bouche ample avec une belle structure acide et tannique. C’est sûr, ma première rencontre avec la Mondeuse de Louis Trosset est un coup de foudre et 2005 sera grand

On attaque les 2004, mis en bouteille depuis 1 mois seulement

- Harmonie, robe presque violette, nez ouvert sur les fruits noirs et les fleurs (gentiane, œillet), bouche ronde, savoureuse et belle finale épicée et fruitée, déjà délicieux

- Prestige des Arpents, nez légèrement viandé, floral et épicé (poivre), bouche plus dense et plus tannique. De garde, mais déjà très bon, j’aime beaucoup ce style.

- Tradition, nez un peu plus sur le bois de cassis, fruit un peu figué, bouche un peu serrée, à regoûter

Voilà, il va peut-être falloir négocier de petites quantités, mais je veux absolument rentrer ces cuvées!

Ensuite on remonte dans le temps :

2003, Confidentiel, millésime atypique partout, également en Savoie. Robe noire évidemment, nez torréfié, sanguin, encre, bouche très dense mais aux tannins un peu rustiques. Enfin ne faisons pas la fine bouche, c’est quand même très bon.

2002, Confidentiel, les robes des Mondeuse de Louis Trosset sont toujours très intenses, le 2002 n’échappe pas à la règle. Le nez est légèrement volatil et un peu plus évolué, mais déploie de beaux arômes de framboise. La bouche est très fraîche et élégante, tannins agréables et belle longueur.

2000, Prestige des arpents, robe intense, nez fermé à double tour, minéral, bouche puissante, à attendre impérativement.

1997, on retrouve la gentiane et l’œillet, belle évolution de parfums, bouche très élégante avec beaucoup de fraîcheur, presque 10 ans et toujours très bon

1991, nez évolué, raisin et fruits secs divers, épices ; bouche fraîche, encore dense, très bon

1983, robe évoluée, nez sur les mendiants, les épices et encore du fruit plutôt rouge, très pur, bouche profonde, tannins très fins. Si jeune la Mondeuse s’apparentait à la Syrah, ici, on pense à grand pinot noir

Au final, une superbe dégustation qui montre bien le potentiel de vieillissement de la Mondeuse, mais aussi son caractère directement accessible jeune. Superbe et je le répète, quel accueil sympathique, discret mais chaleureux. Merci M'sieur Trosset!

13:59 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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