27/01/2007

AVRIL 2006 : BIO ou pas BIO?

Durant mes pérégrinations aux Grands Jours de Bourgogne (sont finalement modestes les bourguignons, ils auraient pu appeler cela les Jours des Grands Bourgognes ;-), je me suis amusé à questionner les vignerons non-bios sur leurs pratiques culturales et à demander leur avis sur le bio ; pas par vice ou masochisme, mais par véritable intérêt de comprendre l’autre et de maintenir des liens entre les différents bords. La conversion se fait surtout en se parlant et en échangeant les expériences. Pas en restant dans sa tour d'ivoire et de certitudes.

J’ai rencontré en gros 3 types de réaction, la première est celle que je respecte le plus; ceux qui y croient ou presque, mais qui pour des raisons de temps, d’investissement, de morcellement des parcelles, et aussi de prise de risques n’y sont pas encore. Ils se donnent beaucoup d'excuses, mais ils ont en général abandonné les engrais chimiques, ils commencent à remiser leurs herbicides, ont compris l’intérêt du labour, testent quelques techniques prophylactiques, cherchent des alternatives aux pesticides de synthèse, et sont souvent dans leur vigne pour l’observer .

En fait, ils pratiquent une vraie viticulture raisonnée (ce mot "vrai", c'est chiant de devoir le ressortir tout le temps non? La faute à qui?). Pour beaucoup de ces vignerons, le bio est au bout de la route, ils sont conscient du plus pour leur vin et pour l'environnement, pour leur santé et celle de leurs ouvriers aussi? Ils ne sont pas idiots, si les meilleurs vins de France sont issus de la culture biologique parfois non revendiquée, c'est polus qu'un indice... Mais ils y vont progressivement, souvent prudemment, toujours pragmatiquement, et parfois sans être sûr d’y arriver un jour. Dans ce cas, je n'irai pas jusqu'à dire que l'important c'est le voyage, mais je peux respecter cette démarche réfléchie, même si j’aimerais parfois un peu plus d’audace et de prise de conscience. Le jour où ils se convertiront (je n’aime pas trop ce terme non plus), ce ne sera en tout cas pas par "biopportunisme", pas vraiment par conviction non plus, mais simplement car ils auront vu qu'un résultat meilleur était à portée de main en suivant des principes plus respectueux de la vigne et de son terroir.Et puis il y a ceux qui répondent de manière robotique qu’ils sont en « lutte raisonnée » mais ceux là, dès qu’on gratte un peu, la conversation se limite à des « on traite quand y faut », « on utilise un minimum de produit ». J’adore, ce métier là est vraiment passionnant. On passe!

Et puis il y a les résistants, ceux appartenant à un groupe que je croyais en voie d’extinction. Hélas, non, il en reste et ils sont coriaces. Ce sont les grincheux, les moqueurs, les jaloux, les délateurs, les menteurs, les … bon ok je m’arrête là. Pour eux, toute approche différente de la leur donnant de bons résultats ou sans doute des résultats meilleurs que les leurs, est forcément de la tricherie. Quand j’avoue (on a presque l’impression de confesser un péché devant eux ;-) mon souci de l’environnement et l’importance que j’accorde à une viticulture plus respectueuse de l’environnement, ce sont des sarcasmes « enfin, on voit que vous n’êtes pas sur le tracteur quand ils traitent », « oui, comme celui-là qui se dit bio et utilise quand même des pesticides ». Navrant !

Qu’il y ait des tricheurs, c’est probable, voire certain, je ne vois pas pourquoi le bio serait épargner. Ce que je puis par contre certifier, c’est le professionnalisme et la conscience profonde de beaucoup des vignerons qui travaillent selon ces principes! Je les ai rencontré, j’ai discuté parfois longuement avec eux, je les ai testé aussi (un diplôme d’ingénieur agronome, cela sert parfois ;-) et on est souvent loin de l’approche Baba post soixante-huitarde sympathique mais qui offrait finalement peu de bons vins. Par contre, il faut rendre hommage aux pionniers qui depuis parfois 30 ou 40 ans ont résisté aux sirènes des pesticides de synthèse et ont démontré le bénéfice non pas uniquement sur l’environnement, mais aussi sur la qualité du vin, des engrais organiques, du labour en surface, du respect de la vigne quoi ! Chapeau Messieurs Frick, Charbonnier, Javillier, Joly, Overnoy, Guillot et autres !

14:24 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.