17/02/2007

19 NOVEMBRE 2006: It's Beaujolais Nouveau Time

beaujolaisEt j'en profite pour découvrir cette région qui ne figure pas encore à ma carte... En raison d'à priori stupides très certainement, le souvenir de beaujopiquette à décorner des boeufs ou de pseudo crus du même cheptel;-). je me suis un peu renseigné et cette gigantesque opération marketing a quand même une origine tout à fait traditionnelle, basée sur la capacité du gamay à faire du super jus fermenté comme on en proposait il y a plus d'un demi siècle dans les petits bouchons de Lyon.

Me voilà donc parti avec mon baluchon de globegutter à la recherche de mon nouveau Graal, un beaujo tout neuf à l'ancienne, du pur jus de gamay, juste fermenté, non collé, non filtré, très peu ou pas sulfité; sans ces arômes de banane dominants (de toute façon c'est démodé), ni ces couleurs et arômes écoeurants de liqueur de cassis issus de la thermovinification et pas du raisin. Non, un vin de soif, désaltérant, sans prise de tête, à déguster entre potes sur du fromage fort de Lyon ou un chèvre sec, juste comme ça ou alors pour refaire le monde.

Deuxième objectif, un peu plus sérieux, les crus. La littérature nous en parle en termes alléchants, les Moulin à Vent, Morgon et autres Chiroubles; certains pourraient, paraît-il concurrencer la Bourgogne (ça je m'en fous un peu, je cherche pas du pinot noir, mais du bon gamay!). J'en ai goûté un ou deux prometteurs, on m'en a conseillé d'autres; j'ai ma sélection en poche, on va goûter ce qu'on va goûter!

2 jours sur place pour visiter pas moins de 7 vignerons, cela tient plus du raid que de la promenade buccolique, quel métier;-)Première étape, à Vauxrenard, dans le Nord du Beaujolais (je n'irai pas dans le Sud, tous les crus sont au Nord), chez Guignier. Peu connu sur la toile, mais c'est un chasseur de grappes récidiviste dans le guide Solar, peut-être une découverte à faire, je ne me limite pas aux grands noms. Première constatation, c'est madame Guignier qui m'accueille; j'ai admirablement choisi mon moment pour les visites, toutes les vigneronnes seront à moi, car les maris sont sur Paris pour y faire goûter le beaujolais nouveau; bien joué Laurent;-)

Très sympa, mais apparemment un peu stressée de me faire déguster les vins, on commence par le Beaujolais Nouveau. Je tombe en arrêt sur le nez, rien à voir avec ce que je connais, et déjà excatement ce que je cherchais, quelle chance! C'est fruité, mais sans démonstration intempestive, tout en finesse, tout en classe.Je le voulais sur le fruit du Gamay, ni banane, ni cassis, il développe un nez fruité friand de ... raisin. Je le voulais non trafiqué, il est pur nature, non collé, non filtré, juste fermenté. Je le voulais digeste et qu'il donne envie de boire (avec modération), il est friand, peu alcoolisé et non chaptalisé. Je le voulais sain, il n'a reçu qu'une pincée de soufre à la mise, enfin je le voulais respectueux de l'environnement, il est certifié bio. A boire comme ça entre copains, pour refaire le monde, ou à table sur un bon saucisson, un fromage (fort), voire des pâtes bolognaises ou même des pizzas! Allez c’est ma tournée, Santé!

beauguignier

?Tiens je viens de lire qu'il a été choisi comme beaujolais 2006 par le magazine "le monde" avant ceux de Foillard & co, belle pioche...

La suite de dégustation est amusante, le beaujolais villages nouveau est un peu acétique au nez, alors que la bouche est d'un superbe équilibre et montre une belle densité. Dommage; d'autant que le lendemain la même bouteille ne présentera plus ce défaut; les vins nature c'est vivant et manifestement ils ne suivent pas les mêmes règles que les autres (pour moi quand c'est acétique ça ne part pas ...). Mais ce n'est pas fini, les Guignier font aussi du Fleurie et du Moulin à vent. Hélas, confusion dans les bouteilles ou les étiquettes, madame Guignier me propose 2 vins sous étiquette Fleurie, mais dont 1 serait le Moulin à Vent. Ce sont des 2005, je les déguste, c'est très bon jeune, encore un peu tannique mais vraiment super. Bon mais lequel est le Moulin à Vent; je déguste, je regoûte, je reviens en arrière, je me concentre, je suis étonné, je croyais le Moulin à Vent plus puissant, plus poivré, plus tannique... Après 10 minutes, je crois déceler cette différence en tannins et un élevage plus appuyé dans un échantillon, et je délivre mon choix, sous réseve. Le lendemain, j'apprendrai que nous étions en face des deux mêmes bouteilles... bravo Laurent!

Destination suivante, Ducroux; il a fait partie du salon Rondovino avec Christophe Beau de Beau Thorey, sélectionné dans le guide Solar 2006-2007, belle réputation, un des plus anciens en bio et biodynamie, pas le genre biopportuniste, a priori, un incontournable dans la sélection. Je suis accueilli par un grand bonhomme au regard d'une clarté incroyable, un charisme certain. Nous conversons, nous visitons l'atelier, même les pulvérisations de préparats se font au cheval, dingue. Nous partons dans les vignes, il a arraché 2 rangs toutes les 5 vignes pour y semer des fleurs sauvages, même en automne, l'effet est réussi. Honnêtement il m'avoue que si au visiteur lambda il explique que le but est de ramener les prédateurs naturels dans les vignes, pour lui, cela va plus loin, c'est pour y ramener l'astralité, je ne sais pas pourquoi, mais je le comprends.

Les vignes en automne

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Les vignes en été

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Pulvérisation à cheval avec Hévan

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Nous revenons vers le chai accompagné par le chien apache et débutons la dégustation à l'extérieur, au soleil, c'est agréable. J'aime beaucoup le beaujolais villages nouveau, c'est très mûr, mais cela manque un peu d'équilbre acide pour me satisfaire, un peu trop doux, je préfère celui de Guignier, moins dense mais plus équilibré, à mon goût. Nous enchaînons sur le Régnié 2005, mais que c'est bon, aromatique, légèrement tannique, mais des tannins charnus et une belle acidité, et un sentiment de vraie nature, j'aime vraiment beaucoup. La cuvée Régnié vieillie en fût 2004 est issue du jus de presse, l'élevage a assoupli les tannins sans y donner d'aromatisation de bois malvenue. C'est de garde mais déjà très bon, j'en prends. Nous sommes rejoins par deux autres vignerons, ils amènent leur vin, intéressant (un des 2 récolte aussi des fleurs de pissenlit au printemps pour en faire du vin, tiens j'ai fait cela aussi, les photos qu'il nous a montrées sont superbes, je serais curieux de goûter à l'occasion), mais le niveau de leur beaujolais n'est pas le même.

Dégustation avec les Ducroux; Marie-Pierre, Christian et Apache

beauducroux

Je ne vous raconte pas l'épisode du jus, sur lequel je flashe littéralement, j'exigerai qu'ils m'en vendent alors qu'il n'est pas étiquetté, (et oui, je peux être dur parfois;-). Regardez, le fils Ducroux a déjà le geste du père.

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Il se fait tard, je rentre sur Villié Morgon où je loge, au domaine de l'Eglantine et suis accueilli par Jean Paul Grillet. La bonhommie même, beaucoup de timidité, mais beaucoup de bons vins aussi. Peut-être encore un petit chouïa technique (cuvée un peu chaptalisée par ici, un peu trop boisée par là), mais il m'avoue l'emprise, voire la crainte que génère chez lui son oenologue; la peur de mal faire, de rater sa récolte, je comprends. Mais la démarche est la bonne, supprimer cette chaptalisation d'1/2 degré apportera un supplément de fraîcheur tout en gardant le potentiel de garde. La qualité des arômes est à souligner, ainsi que la texture veloutée des tannins, les prix sont incroyablement bas, je vais charger quelques caisses de son Morgon "Les Grands Cras", aromatique, rond, poivré à souhait, très bon. Ils font chambres d'hôtes, mais je croyais qu'ils faisaient également tables d'hôtes, ce n'est pas grave, ils m'invitent à leur table, avec toute la simplicité paysanne qu'ils revendiquent.

JP Grillet dans son caveau

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Le lendemain, j'ai rendez vous chez Foillard, conseillé par Ganevat qui en avait bu une superbe Côte de Py il y a peu. Je cherche, je tourne, le domaine n'est pas indiqué et il s'agit en fait d'une grande bâtisse en U qui fait est plutôt office d'hôtel. D'après mes infos, ils l'ont retapées eux-même, et bien c'est plutôt réussi, presqu'un peu trop luxueux à mon goût. Ici encore, c'est madame Foillard qui m'accueille, assez froidement; ils m'attendaient apparemment pour la veille. Je me confonds en excuses, mais ce n'est pas suffisant pour briser la glace. Et ce ne sont pas mes questions sur la viticulture, sur le bio qui vont arranger les choses. Malgré tout, on me consacre du temps et la discussion se fait moins tendue, intéressante même. Le domaine travaille sérieusement, mais ne veut pas entendre parler du bio, il se réserve le droit de traiter en cas de besoin; ok mais alors pas de discours sur l'environnement, c'est de la lutte raisonnée tout cela; de la vraie, mais de la lutte chimique quand même. De réputation, j'ai lu une approche en cave très nature, sans soufre, le discours est un peu moins clair, il faudra que je revienne. Le premier vin est un 2005, Morgon cuvée Corcelette, robe noire, nez très frais sur les mûres et note florale. Belle rondeur en bouche, avec du gras, pas extrêmement long, mais très bon. La deuxième et dernière cuvée proposée est la fameuse côte de Py 2005 également. Sont-ce mes attentes superlatives, je suis un peu déçu. Le vin est un peu plus dur en bouche, un petit élevage inutile transparait au nez, un léger creux en milieu de bouche; le vin n'est pas encore en place ou je suis trop exigeant. Attention, on est quand même dans le haut du panier, à revoir cependant (j'en ai d'ailleurs acheté une caisse pour le faire ;-).

Chez Foillard

beaufoillard

Je reste à Morgon, direction le "noune" comme j'ai pu lire son surnom sur la toile, c'est à dire le domaine Georges Descombes. Là encore, c'est sa compagne, Gislaine, qui m'accueille. Autre style, beaucoup plus chaleureux, l'endroit assez bordelique n'est pas fait pour me déplaire non plus. Gislaine me demande ce que je veux goûter, je vois un jadis 2003 sur la table, je lui dis, "du Barral"! Ouf, mon humour dangereux passe bien, et on commence par la cuvée Manon, un Morgon de soif, bien fait mais pas trop dense, j'aime bien mais sans plus. La suite sera une véritable salve de coup de coeur, avec au sommet le chiroubles 2005 et le Brouilly VV 2004. Le style est très pur, dense mais avec de la fraîcheur, c'est délicieux et diversifié. J'adore! Je repars avec moult échantillons, c'est sûr, on se reverra!

Le caveau de Descombes, le Barral est là quelque part à droite;-)

beaudescombescaveau

Gislaine Descombes, Gislaine ou Georges, c'est toujours G.Descombes

beaudescombes

Marquage des bouteilles à la cire

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Un quignon de pain dans la camionnette et je prends la route du Nord, vers Mâcon pour y rencontrer Catherine, la compagne de Philippe Jambon, lui aussi en vadrouille sur Paris. Jambon, je l'ai eu au téléphone et nous avons disserter pendant près de 2 heures; réticent au début, il a suffit que je cite ma collaboration avec le Casot des Mailloles (c'est le mot de passe comme il m'a dit;-) pour que le courant passe admirablement. Tout petit domaine de moins de 5 ha, ils font aussi du Mâcon, goûté sur fût, il se montrait sous un aspect naturel très attachant. Mon premier coup de coeur est pour leur Beaujolais Nouveau, déclassé à l'agrément pour atypicité (c'est vrai qu'il n'a rien à voir avec un beaujo commun), c'est soyeux, aromatique (poivre, encens, floral,... complexe quoi) et, le plus important, cela se boit avec grand plaisir. Il vont l'appeler "La Tranche"; beau clin d'oeil!

beautranche

Une autre cuvée me paraît un peu acétique, Philippe prend des risques extrêmes, le SO2 est banni, même sur les blancs dont il laisse parfois la fermentation digérer les sucres pendant plusieurs années, la folie. Une autre cuvée me laisse sur le c..l ce sont les Ganivets 2005, pas encore en bouteille hélas, je prie tous les jours pour qu'elle arrive dans le même état somptueux dans son flacon. Je reviens aux blancs et je goûte deux extra-terrestres, un Mâcon presque sec, puissant, aromatiquement passionnant (épices, fruit, gentiane, ...) et puis un liquoreux dont ils attendent un sec (cela va être dur) et dont ils avaient tirés quelques quilles l'année passée sous le nom d'éphémère. Ephémère, car pour un liquoreux sans sulfite, le redémarrage de fermentation en bouteille est plus que probable. A boire rapidement donc, mais fabuleux.

Le caveau des Jambon (sans s;-)

beaucaveaujambon

Je redescends ensuite sur Belleville, pour joindre madame Lapalu à St Etienne la Varenne, près de Brouilly. L'accueil est très agréable (nous avons des goûts communs, comme Gramenon par exemple), la dégustation passionnante également. Le style des vins est hors norme, avec une recherche quasi maladive des maturités. L'élevage est également très soigné, ce qui donne des vins d'une superbe élégance, à faire goûter à tous les détracteurs du beaujolais. A noter par exemple, une vendange presque tardive de gamay, "le rang des merles", aux arômes chocolatés, de tarte aux prunes, complètement atypique mais très très bon, un pirate de rêve. Je craque pour le Beaujolais Villages VV 2005, qui synthétise dans le verre tout ce que je viens de dire, un vrai délice. Le Brouilly VV 2005 de sélection parcellaire "La croix des rameaux" me semble un peu plus nature que la "cuvée des fous" (dans une bouteille bordelaise, un peu trop boisée pour moi, à revoir). Enfin, je chicane un peu, tout est vraiment très bon.

Mesdames Jambon et Lapalu qui prépare mes caisse, merci!

beaujambon

beaulapalu

Voilà, le temps de remonter chercher quelques caisses chez tous ces bons vignerons, une nuit peu réparatrice, et je suis déjà à Pécrot, à la boutique, pour vous faire part de mes découvertes.

Tiens petit jeu, j'ai essayé de qualifier chaque visite (vigneron et vin) par deux mots, ce n'est qu'un jeu, en voici le résultat.

Guignier: Simplicité- Fraîcheur

Descombes: Nature-Nature

Ducroux: Humanité- Astralité

Foillard: Profondeur - Ambiguité

Lapierre (que je n'ai pas visité, mais bien dégusté et sélectionné): Savoir Faire - Faire Savoir.

Lapalu: Maturité - Classe

Grillet: Gentillesse - Facilité

Jambon: Sincérité - Risque

08:05 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Cet itinéraire dégustatif y dressé fait bien rêver d’un voyage sans cesse au pays des vignobles avec vos commentaires et instructions de bon guide retentissant dans nos têtes durant l’excursion. Tâte-vin, s’il vous plaît !

Écrit par : Daniel - Landscapes | 05/05/2009

Bon seigneur! Je baver sur ces photos! J'aimerais rendre visite à votre vigne verges. Je souhaite que je pourrais sentir et goûter ces vins! Merci pour relayer toutes ces informations utiles sur vos vins! Gardez annonce!

Écrit par : free web design | 30/04/2014

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