13/03/2007

BANDOL & BAUX, C'est la Provence BB!

Cela faisait longtemps que j'avais cette dégustation en tête, j'adore le mourvèdre et j'adore les vins de Provence. Ils sont largement sous-estimés, probablement associés aux vins de vacances et au rosé bas de gamme. Et par conséquent, ils sont injustement oubliés et ne passionnent pas les "amateurs", il suffit de voir les messages qui traitent de la Provence, ils sont rares.. . C'est dommage.

Et puis, suite à l'atelier Provence de l'année passée qui avait révélé les vins d'Henri Milan, j'avais envie d'élargir l'horizon aux grands ténors de l'appellation. C'était aussi l'occasion pour vous de vous procurer sur une base solide, car ces vins encore souvent disponibles à la vente.

Enfin, j'ai un faible pour cette région car son approche bio est assez intense, c'est en Provence, que l'on trouve un village 100% bio, à Correns. Et c'est en Provence qu'une appellation envisage d'inscrire dans son décret la culture biologique comme règle, ce sont les superbes Baux de Provence.

Il y avait suffisamment de raisons pour la faire cette dégustation, mais son annonce n'a pas rameuté les foules, c'est comme ça, mais comme souvent, les absents eurent tort!

Trêve de bavardage, voici le compte-rendu (un CR quoi;-) de la dégustation

- Les Mûres 2002-2003-2001

Après un petit rappel de la qualité des millésimes, nous comparons les vins suivants.Le 2002 offre un nez de groseille, pas très complexe mais très pur. La bouche, assez vive, fait saliver. Un peu jus de fruit, il sera super légèrement frais à l’apéro ou sur des viandes grillées.

La robe du 2003 est évidemment plus sombre. Le nez un peu torréfié, sur la cerise très mûre et la confirure de framboise. Des épices aussi. La bouche est vigoureuse, puissante, relativement longue. Les tannins ssont encore assez marqués. A attendre.

Le 2001 a une robe intermédiaire. Plus équilibré que les deux autres millésimes, fruité (un peu cerise, il pinote presque), épicé, très gourmand, mais avec de la classe. Très très bon!

bbmureNous avions donc bien choisi le millésime, c'était un peu le but de l'exercice ;-)

La deuxième série va nous permettre de comparer les appellations BAUX et BANDOL. Il y a des différences climatiques, de sol aussi, mais peut-être surtout d'encépagement. Bandol est dédié au mourvèdre, ce cépage intraitable dans les mauvais millésimes, car il mûrit tard. Alors que Baux peut faire la part belle au grenache, à la syrah et même au cabernet sauvignon. Du cabernet sauvignon, oui, mais pas trop, max 20% sinon vous vous retrouvez en vin de pays, comme le célèbre château Trévallon.

bbserie0Château Romanin 2001, Baux de Provence

Nez très ouvert, fruité, un peu floral, assez épicé, garrigue, un peu de viande, de lard fumé, d’olives et de poivron rôti. La bouche est puissante, certains la trouvent un peu rustique, d’autres (dont je suis) très consensuelle, polie, suave, enrobées par des tannins agréables qui se fondent tout doucement. L’équilibre est parfait et la longueur toute en saveur, avec des notes un peu chocolatées.

Château Saint Anne 2001 (90 % mourvèdre) Bandol

Le nez est plus violent, sur la violette mais aussi avec des notes animales et d’encre. En bouche, c’est du solide, avec des tannins agréables pour certains, un peu rustiques pour d’autres, mais une belle matière, plus stricte, moins suave que celle du Romanin. Le fruit et la violette sont encore plus marqués en bouche, une belle bouteille d’un bon rapport qualité prix pour dans 5 à 10 ans, pour la gastronomie.

Dégustation Monadique des meilleurs 2001

On passe aux choses encore plus sérieuses: le principe monadique, les vins sont dégustés un par un, pour eux mêmes et on se remet les papilles sur cale entre chaque vin. On limite ainsi les biais d'une comparaison par paire, où un vin plus flatteur peut "casser" un vin un peu plus austère.

L’ordre des vins a été tiré au sort par ma petite Eve;-) BBserie1et il y aura deux séries

Château Trévallon, Cabernet Sauvignon -Syrah, Vin de Pays des Bouches du Rhône

Nez assez ouvert, de fleurs, de mûre sauvage et de poivron roti. Sans le reconnaître, Philippe y voit une parenté avec le Romanin, c’est probablement le cabernet sauvignon. La bouche est fraîche, très équilibrée, très agréable, sans surprise et la longueur est bonne mais pas exceptionnelle. Beaucoup pensent au Clos Milan, mais c’est un des vins qui se devait être une des stars de la soirée, Trévallon. Attention, c’est un excellent vin pour les amateurs de cabernet, mais il n’est pas d’un rapport Q/P exceptionnel.

Château Vannières, Mourvèdre 80 %, Bandol

Nez assez discret, un peu de raisin, un peu de pruneau et d’épices. Certains apprécient relativement, d’autres le trouve assez éteint. La bouche est à l’avenant, avec des tannins pas trop secs, un peu de matière, mais sans vie, sans beaucoup d'éclat. Le vin qui a fait dire à Jérôme van der Putt que s’il s’agissait du Clos milan, il changeait de métier. Déception.

Clos Milan 2001, Grenache 80%, Baux de Provence

J’ai tout entendu sur la description de ce vin, mais elle a commencé par un long silence et puis un mmmmmmhhhhhhh général de satisfaction. Un peu floral (certain y voient une note de syrah et partent vers trévallon), mais de la cerise et de la framboise, de l’encens, du cuir, du romarin fraîchement écrasé. La robe claire ne laisse pas deviner que ce vin est d’une longueur exceptionnelle, et rappelle, modestement, mais incontestablement le château Rayas, avec lequel il partage des similitudes de terroir. Le grand vin de la soirée !

Château Saint Anne Collection,95% mourvèdre, Bandol

Il est dur passer après ce grand moment d’émotion. Mais la cuvée de Saint Anne tient très bien la route, on y retrouve les notes animales et d’encre de la cuvée générique. Si c’est moins marqué que pour la cuvée générique, ce l’est encore trop pour certains. Mais la chair du vin est plus grasse, les tannins plus mûrs, la finale plus longue, très typée mourvèdre (violette). C’est très bon et de grande garde!

Petite pause ou l’on peut regoûter les vins avec des toasts au caviar d’aubergines maison. Les vins se comportent assez bien sur ce met bien régional, avec pour ma part une préférence pour le châtau Romanin et la cuvée les mûres 2003. Il faut une matière certaine pour dominer ce caviar suave mais puissant.

Nous sommes prêts pour la deuxième série qui comportera également un pirate.

BBserie2Château Pradeaux (Mourvèdre 90 %), Bandol

La grosse déception de la soirée pour certains, je serai plus indulgent. Le nez est fruité, sur le yaourt et la crème fraîche, certains détestent, je suis de ceux qui apprécie. L’attaque de la bouche est puissante, et laisse couler une sève à la chair plus juteuse que le Vannières. La finale est cependant peu agréable, sur l’alcool, le bois mouillé, le vieux fût, avec des tannins un peu secs et une finale trop amère. Grosse déception, incimpréhension, ou défaut de bouteille (achat Cora), on regoûtera à la première occasion.

Rubrum Obscurum, Côte de Provence, Château de Roquefort

Robe un peu plus claire que la précédente. Des arômes très fruités titillent nos neurones, le vin pinote agréablement, beaucoup de fruits rouges, c’est très frais, vivant, naturel, mais certains le trouvent peu complexe. La bouche est à la fois suave et stricte, mais à nouveau très naturelle ; Jérôme van de Putt le reconnaît sans faille. Un vin sur le raisin, le bon raisin. Les tannins encore présents mais pas du tout végétaux sont garants d’une belle garde. L’acidité plus marquée que dans les autres apporte énormément de fraîcheur et de digestibilité. Le vin pêche peut-être par un manque de longueur. Goûté à l’ouverture, c’est le seul qui n’en a pas vraiment profité.

Valinière (mourvèdre 90 %), Vin de table (ex-Faugères), Leon Barral

Déclassé en vin de table pour cause d'exces d'acidité volatile, et pourtant... Rien qu’au nez, on sait qu’on se trouve face à un monstre. Le premier nez est un peu sur le caoutchouc et l’oxo, mais laisse place petit à petit aux fleurs sauvages, au fruit mûr, aux épices, à la garrigue, la viande fumée. Complexité inouïe. La bouche est très suave, avec un chouia d’acidité volatile (raison pour laquelle il a été déclassé en vin de table). Il y a encore des tannins, mais le vin a encore gagné en chair et en complexité depuis un an. La finale est longue, très longue sur les épices et les fruits à l’alcool. Cette dernière note est le seul petit bémol d’une partition jusque là parfaite. Un deuxième grand moment dans cette dégustation.

Cœur Quartus, Château Romanin, Baux de Provence

La robe est sombre et le verre lâche de premiers arômes très floraux, de violette, d’œillet, un vrai bouquet. Il y a du fruit aussi, que l’on retrouve en retro-olfaction. Les tannins juteux apportent une belle structure à un vin très équilibré et très consensuel. Tout le monde pense à Pibarnon, mais c’est le cœur Quartus de Romanin. Superbe bouteille.

Pibarnon, >90 % Mourvèdre, Bandol

Toujours à l’aveugle, nous arrivons au vin qui aurait pu, qui aurait du être le sommet de la soirée. Cela commençait bien, son tirage au sort le plaçait en position finale. La robe est assez sombre, le premier nez est axé sur le caramel, à l’aération des notes fruitées apparaissent, pruneau, raisin sec, un peu de fruit noirs peut-être, mais les notes de caramel empêchent de l’apprécier totalement. On retrouve hélas cette dominante en bouche, les tannins sont marqués, un peu secs. Il y a du fond et le vin est peut-être dans une phase transitoire, mais si on lui reconnaît du potentiel, il ne délivre pas beaucoup de plaisir actuellement.

Vannières 1995, 80 % Mourvèdre, Bandol

Nous terminons cette dégustation avec un Bandol de plus de 10 ans. Contrairement au 2001 acheté chez un caviste, ce Vannières 1995 a été acheté en grande distribution (Carrefour). Il a une parenté indéniable avec son cadet, ce qui laisse penser qu’il n’y a pas de mises différentes, comme cela avait été suggéré ici. Nez épicé, beaucoup de raisin sec, un peu de pruneau. Les tannins se sont un peu civilisés depuis notre dernière rencontre (2000), mais ce n’est toujours pas l’excitation. Un vin un peu terne finalement. Dommage.

Les estomacs sont prêts pour la daube de boeuf et ses tagliatelles, que l’on parfume au poivre sauvage de Madagascar. Ensuite, une glace au matcha, et puis une tisane de verveine et de badiane. Une belle soirée je crois, avec son lot de surprise, d'émotions et de bonnes rigolade aussi. Merci à tous pour votre participation.

Pour d'autres avis, faites un tour sur LaPassionduVIn

Bon comme d'habitude, j'oublie de prendre les photos en direct, en voici donc quelques unes, après la fête ...

Mais tout d'abord, la star de la soirée. A carafer impérativement (4 heures pour nous) pour le max de frissons.

bbmilan

Elle était manifestement bonne la daube :-)

bbdaube

Et les pâtes aussi ...

bbpates

Et la glace au matcha? A vos souhaits;-)

bbglace

Verveine et anis étoilé, de quoi se remettre de ses émotions multiples...

bbtisane

Voilà, tout le monde est parti, on peut aller dormir... Et bien non, faut encore tout ranger...

bbtable

20:07 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

bandol ste anne j'ai un bandol ste anne 2005 est-ce le bon moment pour le boire, si oui carafe ou non?
et bien sur la recette de la daube
merci
véronique

Écrit par : veronique morel | 27/02/2010

ste anne Encore un peu tôt pour le 2005, ou alors carafer deux heures et mettre avec un plat ad hoc, la daube devrait faire l'affaire

santé!

Écrit par : LaurentVinature | 02/03/2010

Les commentaires sont fermés.