26/04/2007

Un OVNI à BORDEAUX: Le Château PLANQUETTE

On me l'aurait dit il y a deux mois, je ne l'aurais pas cru, mais me voilà parti, tôt le matin (1000 bornes!), direction le Bordelais, objectif Château Planquette. Le soleil est radieux, nous sommes en Avril, le dicton "en Avril ne te découvre pas d'un fil" me fait sourire (je n'en qu'un ou deux sur moi;-), les causes et conséquences un peu moins. Enfin, avec ce planning chronométré et millimétré, le voyage d'Anne en train, on a déjà économisé plus de 2000 bornes à la planète. C'est rien, mais rien que d'y penser, c'est déjà un changement et c'est peut-être déjà beaucoup.

J'arrive sans encombres dans ce Médoc si réputé, je sillonne les routes parsemées de noms de châteaux connus. Ces châteaux qui m'ont fait rêver tout débutant, qui ont pris place dans ma cave et qui y sont hélas ... encore. Mais le spectacle dans les vignes n'est pas à la hauteur et je comprends encore mieux ma désaffection pour nombre de ces vins. Ces vins qui me semblent manquer de vie, ils sont en fait souvent le reflet de ces vignes qui pour la plupart sont désherbées chimiquement. Certaines offent un aspect lunaire désolant, c'est proprement scandaleux. Je suis révolté, il n'y a là aucune excuse valable, ce n'est que de l'habitude et de la paresse. vignesherbes4 De ci de là, il y a des entrelignes enherbés; réflexion sur l'utilisation de ces poisons ou simple réflexe économique, car ce poison est cher! On y voit aussi quelques traces de labour, mais quand on entend le discours actuel sur la lutte raisonnée, que tous appliqueraient, je suis abasourdi par tant de pratiques culturales aussi erronées qu'inutiles et je béni la transparence apportée par la certification bio.

J'arrive au Château Planquette sous une averse torentielle, il pleut des paquets de cordes, des chats et des chiens, que sais-je encore, je ne vais pas voir, je reste à l'abri dans ma vivaro. Le château du château Planquette , c'est une petite maison retapée par Didier, déjà un pied de nez sympathique à l'aristocratie bordelaise. Le nom, lui, vient de sa grand-mère maternelle ou de sa mère, je ne sais plus, mais ça sonne bien château Planquette, non? Le chai est un peu plus loin, les cuves sont dans un garage, je vais donc déguster un vrai vin de garage;-)

michaudpresse

michaudcuves

Didier a quitté la banlieue parisienne à 17 ans, posé sa pelure (ses valsies ne devaient pas être très épaisses;-) dans le bordelais où il touve rapidement de petits boulots dans la vigne et dans la cave. Il me raconte tout cela, je prends quelques notes, mais je suis fasciné par sa science, il semble connaître tout et encore un peu plus. Il a une approche du vin à la fois instinctive et pragmatique de la culture bio et de la vinification. Début des années 80, il a l'occasion d'acheter 1 bon hectare de vignes, qu'il va progressivement convertir aux pratiques biologiques. Mais il continue parallèlement à travailler au château voisin (Haut Maurac) de façon tout à fait conventionnelle (entendez chimique!). Pendant 15 ans, il accumulera une expérience unique des deux modes de culture et de vinification, de leurs limites, de leurs avantages. Son contact avec les anciens lui fera aussi comprendre les dérives actuelles. Un exemple? Pourquoi ces anciens n'avaient-ils jamais de problèmes avec les araignées rouges, si nombreuses actuellement ? Tout simplement car leur prédateur n'était pas détruit par les insecticides actuels. Didier n'a pas sa langue en poche et bien que nous soyons dans le bordelais, elle n'est pas surboisée;-). Le cahier de charges bio, même s'il apporte une transparence certaine, est pour lui insatisfaisant. L'utilisation de certains composés homologués bio, comme les phéromones pour la confusion sexuelle, ou la roténone comme insecticide, devrait être limitée, évitée. Pas le temps de retranscrire ici tout notre discussion, qui tenait beaucoup de l'élève écoutant le maître, tellement ce gars est un puits de connaissance. C'est simple, on a passé presque tout le travail de la vigne à la cave en revue. Très, très instructif, merci Didier!

Mais pendant 15 ans, il apportera donc ses raisins bichonnés à la cave coopérative (pas par choix, mais c'était un contrat de 15 ans, ç'aurait pu être plus...). Mais en 1998, il décide de libérer ses raisins du massacre annuel, il fear son propre vin, et quel vin! Excatement mon goût pour le cabernet (il en comprend environ 50%). Même le 2002, année très moyenne, ne développe pas ces notes de poivron que je hais;-). Le 2003 est un vin de table, car refusé à l'agrément une première fois pour goût d'évent, et une seconde pour d'obscures raisons administratives. Il a été récolté très tard, après tout le monde, car à la mi septembre, les pépins du raisins étaient encore verts. Il offre un nez mûr, très mûr certes (cerise noire), mais également une belle sève nature et une belle longueur sur de gros tannins mais sans sécheresse et sans lourdeur aucune. Le 2004 a pour l'instant ma préférence, le nez de fruits est frais et propose une complexité naturelle. les petites notes de bois que l'on pourrait détecter proviennent probablement de la maturité des pépins et des rafles. Elles n'ont rien à voir avec des notes de vanille bas de gamme ou de coco de fut neuf, le vin ayant été élevé en barrique de 4 ou 5 vins.michaudfut J'en profite pour dire tout le bien de la barrique comme contenant, car elle permet au vin de respirer, de se décanter, de s'affiner; ne jamais jeter le bébé avec l'eau du bain. C'est la barrique neuve qui m'exaspère! La barrique qui maquille le raisin comme le mascara le fait avec les jolies comme les moches, au nez comme en bouche. Cette bouche est tannique, reflet honnête du millésime, mais la longueur épicée et fruitée est remarquable. Une belle bouteille, estampillée médoc, que l'on peut déguster dès maintenant après carafage sur un bon gigot d'agneau, mais qui pourra affronter quelques années de garde.

Nous dégustons aussi sur cuve le 2006, arômes purs de fruits rouges et bleus (prunelles); c'est, à ce stade, un vin friand, croquant, soutenu par une acidité fraîche, avec des tannins vifs mais juteux. Ce vin ne se veux pas bien élevé, il est au contraire, plein de vie, un peu gouailleur, voire bagarreur. Année à pourriture, Didier n'a bien sûr pas traité à l'anti-botrytis, contrairement à tout ses grands voisins. "En plus, cela ne servait à rien" s'amuse-t-il . Mais il a trié, résultat, 19hl/ha

On déguste ensuite le 2005, et c'est un grand coup de coeur, de foudre. C'est exactement ce que j'aime dans le vin. La robe est bleue noire, mais on s'en fout un peu, non? Le nez et sur la myrtille mûre, de la mûre écrasée et une note de noisette grillée. C'est du velours en bouche, mais beaucoup de velours. Un vin puissant, mais vivant, que l'on boirait à gorge déployée. Superbe, je l'attends en bouteille avec une grande impatience, et un peu d'anxiété. Et pourtant au vu de ce que j'ai dégusté chez Didier, je dois lui faire confiance. Ce vin n'a pas connu de sulfite pendant la vinification, il n'en verra sans doute pas beaucoup à la mise. Et ce n'est pas un discours, chaque affirmation de Didier est étayée par des documents; bulletin d'analyse, déclaration de vendanges, c'est de la transparence de chez transparence. "Tu dois demander les déclarations de récolte", "as tu déjà vu un bulletin d'analyse" me dit-il ! Alors oui, c'est vrai que c'est rarement proposé aussi spontanément... Ce 2005 a pourtant été refusé à l'agrément, pour oxydation. On croit rêver. Car si les vins de Didier sont naturels, ce ne sont pas, comme parfois, des vins à défaut. Ce sont des vins, qui, un peu comme ceux de Jean-François Ganevat, sont soignés avec énormément de rigueur. Il suffit d'entendre les précautions prises pour nettoyer les fûts, à la fois pour éviter les bret et le sulfite du méchage, pour comprendre. Quel boulot!

On revient dans la salle de dégustation (la salle à manger quoi;-). Je ne suis pas venu les mains vides mais le pinot blanc de Bruno Schueller n'est pas à bonne température et le pack de Moinettes non plus. Mais le pouslard de Jean-François Ganevat fera l'affaire. Didier ne connaît pas, mais il est immédiatement séduit par la précision aromatique, la minéralité, les notes poivrées, le naturel en bouche. IL est tout simplement séduit par la clase de ce vin sans soufre. Un morgon de Lapierre, pourtant bien sous tout raport, sera éclipsé par la vie de ce poulsard. Allez hop, au lit, demain on fait un peitit tour dans les vignes et puis on ira chez le prestigieux voisin, Pontet Canet.

Je n'ai pas beaucoup rêvé cette nuit là, pas de cauchemar non plus, le cauchemer, je vous l'ai dit, il est dans les vignes. Désherbées, maltraitées, sols tassés par les machines, pourquoi tant de haine...Et puis on approche d'un écrin tout vert, ce sont les vignes de Didier. les herbe et autres plante diverses sont denses et hautes, elles n'ont pas été arrachées depuis juillet ou aout dernier. Didier me confie "maintenant, il serait temps";-). michaudherbesSes parcelles sont situées près de l'estuaire, pas loin de son village d'Yzans; celle de merlot dominant un des derniers marais non asséchés. michaudmaraisOn y trouve ausis un peu de petit verdot; ce cépage doit avoir les "pieds dans l'eau" pour bien se comporter. On se sent bien dans ces vignes là! Merci Didier et très certainement à très bientôt.

Alors oui, le château Planquette est un OVNI dans le bordelais, comme son vigneron, comme ses pratiques culturales et en cave, et surtout comme le goût vrai de son vin!

09:46 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Planquette Je viens de déguster Planquette 2004. Alors que j'ai pratiquement laissé tomber les Bordeaux à cause du manque de plaisir à la dégustation, celui-ci m'a enthousiasmé. Merci pour la description de votre visite, je comprends mieux pourquoi ce vin sort de l'ordinaire bordelais.

Écrit par : Didier | 04/06/2007

Planquette Oui Didier, nous avons eu la même sensation,
j'attends avec impatience le 2005...
merci et à bientôt

Laurent

Écrit par : LaurentVinature | 09/06/2007

Planquette sort du lot Dans notre longue horizontale Bordeaux 2004, Planquette a en effet prouvé sa singularité (en particulier en terme de fraîcheur)...

C'est à lire en détail sur notre site ...

Écrit par : laurentg | 20/09/2008

Buvabilité Oui, Laurent, lors d'une dégustation de Bordeaux, il sortait vraiment du lot, et c'est la bouteille qui a été la plus vite terminée, alors que la plupart des autres sont restées à moitié pleines...

félicitations pour votre site

Écrit par : LaurentVinature | 21/09/2008

vin bordelais naturel Félicitations pour ce blog percutant ...

Je me félicite de pouvoir échanger un minimum, au delà des dissensions naturelles sur l'appréciation du vin, encore plus à mon sens dans cette catégorie.

A bientôt

Écrit par : laurentg | 22/09/2008

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