21/06/2007

L'AMI DES BRET

Non, je ne parle pas de ces levures sauvages tant décriées par l’œnologie moderne, mais des deux jeunes vignerons du domaine de la Soufrandière, Jean-Phi et Jean-Gui Bret (oui, c'est leur nom!). Jean-Gui était probablement tombé à l’eau, car c’est Jean Phi, l’aîné, qui m’accueille. Lui, n'est pas tombé, mais a manifestement été poussé dans les orties. Non, en fait, il revient de la vigne où il a pulvérisé ce fameux purin. Il est un peu gêné; mai je connais bien cette odeur pénétrante quoique, avouons le, nauséabonde. je le rassure, l'odeur se garde de m'approcher, on pourra déguster sans passer par la douche;-)

Du purin d'orties, et oui, car ici aussi, on "nage";-) en plein bio et même en biodynamie. Mais les frères Bret n'ont pas la tête dans la lune, leur tête serait plutôt du genre chercheuse pragmatique, avec leurs yeux et oreilles bien ouverts. Tous les nouveaux traitements se font d’ailleurs avec parcelle témoin, comme ce dernier essai composé d’extrait de fenugrec, récemment homologué pour lutter contre l’oïdium.

Jean-Phi m’avait prévenu, on a un peu de temps, mais il doit aller chercher son fils chez la nounou vers 18h30. « On fait un tour dans les vignes ? » me lance-t-il. Bien sûr, si j’étais vigneron, ce serait surtout pour le travail dans la vigne, bien que le travail à la cave me passionne également.

Jean-Phi est manifestement fier de son terroir, les vignes du domaine s'accolent à leur jardin et dominent toute la vallée, il m'y entraîne.

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Nous discutons terroir, traitements, et tassement du sol. Même après le passage du petit chenillard, la terre est encore souple et on peut poigner dedans sans forcer, témoin d’une vie microbiologique intense. Elle sent bon, sa terre fraîche, l’humus, les épices presque. Je me remémore les vignes lunaires du Bordelais, mais aussi celles rencontrées sur la route entre Nuit St Georges et Vinzelles qui ne se présentaient pas beaucoup mieux.

Ici, Jean-Phi me montre aussi ces beaux cailloux bruns calcaire, sur lesquels se nourrissent, pudiquement, de vieilles vignes entretenues à la pince à épiler. La parcelle des Quarts est sur le haut du coteau, elle est belle; un peu plus loin ce sont les Longeays, également magnifiquement exposés au sud-est mais sur des sols plus profonds, ce qui donne des vins plus rapidement ouverts.

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Nous jetons aussi un coup d’œil sur les vignes millerandées. le millerandage est déjà visible comme en témoignent les disparités de taille des petits grains au sein d’une même grappe. Il donnera de petits grains gorgés de sucre, mais aussi d'acidité et d'arômes, et cette cuvée les Quarts Millerandés, unique en son genre, mais aussi uniquement bonne!

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En contre bas, ce sont les jeunes vignes qui donnent le croquant vin de Pouilly Vinzelles. Entre les deux parcelles, une belle allée d’herbe fraîche parsemée de marasmes des oréades; je dois résister pour ne pas les ramasser...

Nous revenons à la cave pour une dégustation exhaustive ou presque des 2005 en bouteille. La cérémonie de la dégustation commence, mais quand m'en lasserai-je;-)

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Macon Uchizy Climat « La Martine », Bret Brothers

Issu de vieilles vignes exposées à l’Est sur sol argilo-calcaire, c’est une de mes cuvées préférées, d’un super rpt Q/P. Le nez est très fruité, ananas, la bouche est ronde, pourvue d’une belle acidité et non dénuée de minéralité. Belle bouteille pour un vin généreux qu’on hésite pas trop à ouvrir. Miam.

Macon-Vinzelles « Le Clos du grand Père », La Soufrandière

Beaucoup de fruit également pour cette cuvée, mais l’acidité est moins marquée. Le vin est gourmand et sympa. Bien.

Mâcon Cruzilles, en culture biologique, Bret Brothers

Une nouveauté, provenant de vignobles reculés, voisins du domaine des vignes du mayne (le vignoble le plus ancien en culture biologique, on en reparlera). La matière se fait plus dense, le fruit plus pécis, la minéralité plus insistante. Nez ouvert, fruité, ananas, mangue, bouche dense, on est peut-être un cran au dessus le l’Uchizy. Un régal dès maintenant.

Pouilly Vinzelles, La Soufrandière

Issu des plus jeunes vignes du domaine (jusqu’à 48 ans quand même), les arômes offrent déjà une certaine complexité (ananas, gingembre). La bouche est élégante, mais non dénuée de gras. Déjà aguicheur maintenant, il gagnera à vieillir 2-3 ans. Slurp.

Vire Clessé « La Verchère », Bret Brothers

C’est depuis quelques années, une de mes cuvées préférées et son prix reste encore tout doux pour sa qualité. Et elle progresse encore. Une des premières du négoce aussi, à avoir la certification bio. Le nez est réservé, pas d’opulence, mais de la profondeur, de la minéralité aussi, que l’on retrouve en bouche avec un toucher extraordinaire. Cette impression de sucer du caillou, mais du bon caillou. Gros potentiel, c’est déjà très beau.

Saint Veran « La Côte Rotie » , Bret Brothers

Une nouvelle nouveauté ;-). Un terroir au pied de la Roche de Vergisson, au caractère très pentu et exposé plein Sud. Très bien, mais à revoir. Nez grillé, qui doit trouvé sa place, mais la bouche est bien minérale, un peu d’amertume en finale m’empêche de l’apprécier totalement à ce stade.

Pouilly Loché « Les Mures » , Bret Brothers

Et une de plus, mais celle-ci m’a impressionnée. Les Mures, c’est le meilleur terroir de Loché, sur des sols argilo-calcaires rouges, cvhargés d’oxyde de fer. C’est un vin austère, minéral, là aussi la sensation de mâcher du caillou est intense. Quelle profondeur. Un des vins les plus originaux de la série et qui témoigne à lui tout seul de l’évolution du style des frères Bret, de plus en plus loin du chardonnay international bien élevé.

Pouilly Fuissé « En Carmentrant », Bret Brothers

Belle Minéralité, arômes mûrs, presque miellés. La bouche est très puissant mais légèrement amère en finale. Il se mettra probablement en place dans les mois qui suivent. Je chipote, tellement le niveau est élevé, mais je luis préfère toujours la cuvée suivante.

Pouilly Fuissé « La Roche » , Bret Brothers

Au pied de la Roche de Vergisson, exposé à l’Est, les vignes ont 50 ans et produisent comme le dit Jean-Phi, la « quintessence du minéral » Un vin de puriste ? Je n’en suis pas sûr, ou alors, vu son succès dans mes dégustations, nous le sommes tous ;-)

Pouilly Vinzelles « Les Longeays », La Soufrandière

Parcelle voisine des Quarts, elle partage la même exposition idéale Sud-Est. Les sols sont plus profonds ce qui lui donne toujours une longueur aromatique d’avance sur le quarts. En d’autres mots, le vin semble plus « ouvert » plus rapidement. Une belle concentration aussi en bouche et une longueur fruitée très agréable. Consensuel, mais très très bon !

Pouilly Vinzelles « Les Quarts », La Soufrandière

Plus costaud que les Longeays, il est plus fermé au nez actuellement. Mais on goûte déjà le potentiel, le vin est à la fois massif et élégant, très minéral et fruité. Impressionnant de retenue, ce vin est excitant à décrypter, et je crois qu’il sera très grand dans 5 ou 6 ans, faites moi confiance ! Waouw !

Pouilly Vinzelles « Les Quarts Millerandés », La Soufrandière

Le millerandage est une maladie, mais les Bret l’ont transformée en opportunité. Ces petits grains sont gorgés de sucres, d’acides et d’arômes. On sent un vin plus puissant, qui développe déjà de beaux arômes de fleur, voire de miel. Ce vin tout jeune en met déjà plein la bouche. Même si je préfère la cuvée Les Quarts en raison de sa minéralité naissante, celui-ci a ses propres atouts que sont la concentration, l’équilibre, la gamme aromatique, la suavité et la longueur, c'est déjà pas mal;-).

Pouilly Vinzelles X mûr 2004, La Soufrandière

Vendanges tardives à la mi Novembre, la première bouteille est un peu éventée. Jean-phi en ouvre une autre, il sait mon intérêt moindre pour cette cuvée, voudrait-il me convaincre. C’est évidemment nettement mieux. Nez de miel, de pourriture noble, d’orange, de fleur de tilleul, la bouche est grasse pas lourde, mais je luis aurais souhaité un plus d’acidité pour qu’elle s’envole. Mais bon c’est du chardonnay, pas du chenin ;-)

Au final, et un peu comme chez Lescure en rouge, on sent bien se confirmer le style, moins démonstratif et encore plus à la recherche du terroir, et comme leurs terroirs sont beaux …certains parlent d'éclosion d'un style, je suis assez d'accord!

On goûtera aussi sur fût, leur nouveau bébé, un jus rouge issu de vignes de beaujolais, voisine de la parcelle que je préfère chez Philippe Jambon, Les Ganivets. Le premier nez est sauvage, avec des notes animales (un peu de Bret ;-) intégrées dans un fruit explosif. La bouche est ferme mais juteuse, je ne devrais pas dire cela sur la toile, mais on a vraiment envie d’en boire. Bon j’en réserve quelques caisses pour vous (et pour moi ;-), c’est vraiment trop bon !

En partant, un dernier regard vers le bidon de purin d’orties …ça va, sa compagnie n’a pas trop perturbé dans nos dégustations…

00:48 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Super le reportage! Merci Laurent..
J'ai deux bouteilles de Pouilly Fuissé « La Roche » que je me réserve de goûter cet automne avec quelques amis amateurs..

Amusant de noter que j'ai un point commun avec les Bret Brothers: notre webmestre!

Alain

Écrit par : Winemega-Alain | 21/06/2007

Merci Alain,
la cuvée laroche est souvent ma préférée, la plus minérale aussi, de très bonne garde en 2004 et 2005, je te souhaites bien du plaisir dans quelques mois

Écrit par : LaurentVinature | 22/06/2007

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