19/09/2007

Domaine ROMANEAUX DESTEZET (II)

souh4

L’ambroisie étant aussi fauchée que moi, revenons à Arlebosc, chez Hervé Souhaut; pour une visite de la cave. Cuves et fûts sont vides, les 2006 viennent d’être embouteillés et attendent la vendange 2007. Les élevages sont donc plutôt courts, les macérations se font avec peu de pigeage, comme pour n’extraire que la quintessence du raisin.

souh5

Hervé, biologiste de formation, a débuté de presque rien à l'aube des années 90. Il s’est formé au côté de ses voisins et amis René-Jean Dard et François Ribo, qui sont peut-être avec Pierre Overnoy les précurseurs du vin naturel, ou en tout cas les pionniers. Il a aussi cotoyé l’ancien vinificateur de Prieuré-Roch en Bourgogne, Philippe Pacalet auprès duquel il a beaucoup appris. On perçoit d’ailleurs dans son discours un respect immense vis à vis de ces vignerons. Il a cependant su imprimer à ses vins son propre style, fait de concentration, d'élégance, de maturité, et d’équilibre. Les vins sont plus que veloutés, soyeux ; très aromatiques et d’une digestibilité affolante qui n’interfère en rien avec leur belle complexité.

Evidemment, l’agriculture respecte le raisin et l’environnement (pas d’engrais, pas d’herbicides ni de pesticides), même si les vins ne sont pas certifiés (encore ce sujet de discussion, il se laisse au cas où, l'opportunité d'intervenir différemment ;-). Tout est fait pour respecter et interpréter ce terroir qu'Hervé aime à fréquemment palper.

souh2

Les vendanges sont toujours manuelles et la vendange n’est pas égrappée; les extractions sont douces, sans pigeages excessifs. Les vins ne sont pas chaptalisés, ni tartriqués, et ni tchernobylés de rien du tout. L’élevage en fûts est là pour l’élevage et pas pour l’aromatisation, j’allais encore dire évidemment, mais c’est pourtant si rarement le cas. L'utilisation du SO2 est exemplaire, rien aux vendanges, rien en vinification, un chouia à la mise pour s'assurer contre les aléas des conditions de transport.

Nous nous installons à l’extérieur pour la dégustation, un petit vent très agréable nous rafraîchit, la première cuvée va achever le travail, j’ai 12 heures de route dans les lattes !

souh6

Pour démarrer, Hervé veut me faire découvrir une bouteille de son ami René-Jean Dard, qu'il produit via sa société de négoce les Champs Libres. C'est "Lard des Choix", Une dominante de gamay, une robe d'un beau rubis, un nez fruité typé naturel, un peu de banane, quelques fleurs. la bouche est très ronde, gouleyante; un vin très très agréable... Voulant un peu me documenter sur cette cuvée, j'ai été très étonné de ne trouver sur google que des références de sites asiatiques. Certains se plaignent des nouveaux riches chinois qu'ils accusent d'être responsables de la hausse des prix des crus classés de Bordeaux et qu'ils soupçonnent de ne pas pouvoir apprécier ces "nectars" à leur juste valeur. Et bien manifestement, nos amis d'extrême orient ont aussi très bon goût en matière de vin. Ceux qui connaissent le thé ou un peu de leur culture, n'en n'ont bien sûr jamais douté;-)

On attaque ensuite les vins du domaine avec

La Souteronne 2006

Un vin de pays de l’Ardèche, dont les raisins, du gamay, sont originaires de la région d’Arlebosc même. Arlebosc était réputé jusque dans les années 60 pour la qualité de ses gamay, qui se vendaient bien, directement en fût du côté de Lyon. Mais qui dit réputation et qualité dit prix, et les bistrots Lyonnais se tournèrent progressivement vers d’autres cuvées un peu moins onéreuses et plus voisines. Toujours est-il qu’il ne reste à l’heure actuelle plus que quelques vignerons à Arlebosc. Hervé complète le vin issu de ses propres vignes, 1,5 ha de veilles vignes de plus de 45 ans, avec les meilleurs raisins de ses voisins. La robe est rubis sombre, légèrement trouble. Le nez est puissant et complexe, fruits rouges, épices, poivre, fleurs avec peut-être une note de pamplemousse. Le nez (le mien ;-) se replonge avidement dans le verre et tente d’empêcher mes lèvres de s’y tremper. Mais la résistance est de courte durée et je goûte à ce jus fermenté et bien élevé. L’équilibre acidité-matière est idéal pour, à la fois, donner une belle sensation gustative et l’envie d’y revenir. Belle longueur aussi, mais c’est le milieu de bouche gourmand que l’on retiendra. J’adore !! Vous aussi, je l’ai présentée à mon retour et ce fut un beau succès, je présente les dernières caisses ce week-end du 21-22 septembre.

souh0

Syrah 2006, Vin de Table

Des raisins qui proviennent des coteaux du Doux, un affluent du Rhône, assemblés à des achats de raisins qualitatifs. La robe est sombre, son nez est sérieux et développe de la minéralité, des arômes de poivre et de petits fruits rouges ou noirs. La bouche est plus tendue, mais garde une bonne gourmandise. La longueur est belle, savoureuse et reprend les diverses notes aromatiques en les respectant. A nouveau, l’extraction est exemplaire. Un vin de gastronomie mais qui étanche également la soif.

Saint Epine, Syrah, Vin de Table, 2006

souh7

Il n’y a que deux propriétaires sur ce qui est un des plus beaux terroirs de Saint Joseph, L’autre, c’est Delas (sans commentaires). La parcelle d’Hervé a été plantée au début du siècle passé, beaucoup de ceps y sont donc centenaires. La pente (photo) est vertigineuse et difficile à travailler. Alors que le terroir est remarquable et très réputé, il ne propose plus ses vins à l’agrément, avec on le sent, un peu d’amertume. Voici ce qu’il en dit sur son site : « Souvent confronté aux jugements normatifs et arbitraires des dégustateurs des commissions d’agréments et bien que situé sur l’un des coteaux mythiques de l’appellation Saint Joseph, Hervé Souhaut ne demande pas l’agrément pour ce vin qui défie les standards oenologiques classiques. » Ce la se passe de commentaires également.

La robe de cette syrah est sombre, le nez déjà expressif libère des notes de poivre, d’épices, et de fumé légèrement lardacé. En bouche, il étale toute sa classe avec des tannins poudreux agréables mais qui vont se fondre et une grande longueur sans excès de puissance. Vinifié sans soufre, c’est une superbe bouteille à garder un ou deux ans avant de se faire beaucoup plaisir.

Blanc, 2006

On goûte aussi le blanc, issu de viognier et de roussane. La robe est dorée, le nez opulent de violette et d’abricot. La bouche grasse, très aromatique est corpulente mais suffisamment structurée. Entre un condrieu et un petit hermitage, c’est un excellent vin d’apéro ou de poissons en sauce. Il pourra veillir quelques années pour marier encore ses arômes.

Au restaurant, où Bénédicte et Hervé m’invitent, nous prendrons une cuvée du voisin de Saint Epine. C’est un Saint Joseph Saint Epine blanc 2003, issu de Marsanne. Le nez est un peu grossier avec des notes végétales ; la bouche puissante, alcoolisée, grasse avec du fruit, mais pêche par manque d’acidité. Un vin pas trop équilibré, pas franchement dégueu, mais pas franchement bon non plus…

Avec la souris d’agneau, Hervé nous sort une Saint Epine rouge 2003 de sa besace avec l’assentiment du patron. Le nez est déjà ouvert, avec des notes de fruits très mûrs, des épices chaudes et à nouveau la note fumée remarquée dans le 2006. La bouche est puissante mais garde de la fraîcheur, les tannins sont cacaotés, et la longueur est impressionnante. Très bon, la bouteille ne survivra pas longtemps ce qui est toujours un signe qualitatif infaillible ;-)

Un dernier verre chez eux, sur la terrasse, ce n’est pas raisonnable, mais je ne suis pas raisonnable ;-). Hervé ouvre une syrah 2003 hélas très légèrement bouchonnée ; va donc pour une syrah 2004, très agréable, gouleyante, presque gamayante, bue au son de la fouine, décidément aussi omniprésente que l’ambroisie, qui gambadait au dessus de nos têtes.

Les vins d’Hervé Souhaut seront en dégustation à la boutique ce week-end des 21-22/9 à Pécrot (Grez-Doiceau), soyez les bienvenus!

22:52 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.