11/10/2008

LIVE: Le VIN SANS SOUFRE (V) Dégustation sur 30 heures

Salut à tous, j’ai été heureux de voir votre enthousiasme le week-end passé, face à ces vins “hors norme”. Peu de grimaces, beaucoup de sourires, et des bouteilles vides en fin de week-end. J’aurais renouvelé, de toutes façons cette dégustation visant à montrer ce à quoi il est possible de tendre en matière de vinification; c’est à dire le minimum de sulfites, voire, pour ceux qui aiment emprunter de nouvelles voies gustatives, le zero sulfites. Mais là, c'est avec enthousiasme que nous repartons pour un Tour de France sans sulfites ni EPO, en visitant d’autres régions, telles que la Loire, le Roussillon, le Sud-Ouest, ou le Jura. Cette dégustation tombe à pic, car c'est justement le thème choisi par le président Olif pour les vendredis du vin . Je crois que vais y participer, et vous? C'est l'occasion, non? ;-). Bon, en tout cas, Santé, au propre, comme au figuré!

A nouveau, nous compléterons ce post avec nos impressions de dégustation, à l'ouverture (vendredi 14h), le vendredi soir à 20h et le samedi vers 19 heures. C'est ce week-end des 10 et 11 octobre, venez faire un tour à la boutique de l'Odyssée et remplissez votre cave de vins nature!

Voilà, déjà les commentaires des deux premières dégustations, ce vendredi à 14h et puis 6 heures plus tard, à 20h00.

Blancs

Alsace, Riesling Katzental Non Filtré 2004, Audrey et Christian Binner

L’absence de filtration permet de diminuer sensiblement les doses de SO2 dans les vins blancs. C’est le cas de celle-ci qui n’a donc reçu qu’une bonne dizaine de mg/l, soit ce que la levure peut, elle-même produire. Le vin est magnifique, la robe un peu dorée, le nez loin des caricatures pétrolées du riesling immature. Non, ici, vous avez de la minéralité, terpénique, mais pas seulement, un peu évolutive aussi. En bouche, il y a un peu d’ananas, du citron confit en finale, une acidité nette et une longueur qui vous fera saliver. Un vin qui arrive gentiment à maturité, et d’un rapport Q/P exemplaire. Vraiment impeccable à tout niveau. à 20h00, cela n'a pas vraiment bouger, un peu plus de fruit sans doute, au top!

Le lendemain 20 heures, le vin est toujours aussi bien, pas de traces dévolution, ni au nez, ni en bouche. Super!

Alsace, Gewurztraminer, Grand Cru Eichberg 2003, sans sulfite, Bruno et Gerard Schueller

. Tout d'abord, une petite video des vendanges 2008 chez Bruno. Mais revenons à notre cuvée. Très peu de récolte sur cette parcelle, Bruno le met dans un petit fût, et le garde sans ouillage, sans sulfite. Après la mise en bouteille, il le fait goûter dans un salon, et les bouteilles partent comme des petits pains. Je le goûte à mon tour, et j’adore. Les arômes plus classiques du gewurz se marient admirablement avec d'autres plus originaux, comme l'orange, le muscat, le safran, le gingembre. Le nez est simplement fantastique. La bouche, plus que perlante, est aussi étonnante. Complètement sèche, mais grasse et puis, ce qui est extra, c’est que l’on retrouve ce côté juteux du sans soufre, cette digestibilité, et qui plus est, sur un cépage qui n’est pas réputé pour ces qualités. Un vin de belle gastronomie. Ce fut un coup de coeur pour certains hier. 6 heures plus tard, le vin a pris un peu de couleur, le gaz est presque parti, je dois me retenir de ne pas me servir un petit verre, attendons demain!

24 heures plus loin, ce vin est toujours aussi magnifique, il n'a pas évolué, mais on y découvre d'autres arômes, encore d'agrumes, mais d'épices aussi, de fruits secs, que sais-je encore. Le gaz est complètement dissipé, et la bouche n'en est que plus agréable, suave, grasse, mais jamais lourde; à peine une pointe d'amertume qui se marie bien avec les arômes d'agrumes et structure encore mieux le tout. Bravo Bruno!

Rouges

Rhône, Pas à pas 2007, vdp Ardèche, Carignan, alicante, sans sulfite, Domaine des Clapas

Neo-vigneron, c’est son second millésime, Jérôme Jouret avance pas à pas, mais à grand pas! Les vignes viennent d’un terroir argilo-calcaire et le vin n’est ni filtré ni sulfité. Derrière quelques arômes animaux loin d’être dominants, c’est une explosion de fruit sureau, mûre sauvage. C’est, comme la cuvée “En avant doute”, d’une fraîcheur insolente. C’est une cuvée plus structurée, moins “glissante”, mais quelle bonheur! Après 6 heures, le vin est nettement plus en place, un peu plus rond, on attend avec impatience la petite côte d'agneau grillée au romarin qui se mariera avec cette cuvée.

Et ce vin tient sans problèmes 24 heures supplémentaires; il ne se bonifie plus, mais garde beaucoup de fraîcheur. A peine quelques notes animales supplémentaires peut-être, mais bien noyée dans le fruit et la garrigue. Belle réussite.

Jura, Pinot Noir, Cuvée Z 2006, sans sulfite, Fanfan Ganevat

Bruno et Fanfan se sont rencontrés pour la première fois chez moi, lors d’un de nos marché vignerons. Depuis, ils ne se quittent plus. Et que croyez vous qu’ils se racontent, des histoires sulfureuses sans aucun doute;-). Fanfan, comme Bruno, n’est pas le taliban du sans soufre, il l’utilise avec grande parcimonie, et sur quelques cuvées qui le permettent, il l’évite tout simplement, sans dogmatisme aucun. C’est le cas avec ce pinot noir issu de vignes plantées en 1977 sur terroir argilo-calcaire. Elevé 18 mois sans SO2 et embouteillé de même, d’où le Z! C’est très minéral au nez, très fumé, empyreumatique, mêlés aux arômes de cerise fraîche, une note boisée, florale et animale. Le vin est très tendu en bouche, les quelques tannins se fondent, doté d’une acidité jurassienne, un peu kriek, mais qui garde une belle gourmandise. La longueur est épatante, très minérale, très salivante. A nouveau, la buvabilité est superlative. Une cuvée qui divise, sans concession, loin des canons denses et sirupeux issus de l’osmose inverse, mais qui ravira les fans du Jura et du vin naturel. Le soir, pas beaucoup de changement, un peu plus de volume, un peu plus de fruit, mais les différences sont peu marquées. Là, on attend la saucisse de Morteau au Mont d'or!

Le fruit s'est encore développé au cours du temps; les arômes fumés et grillés se sont dissipés pour laisser place à un fruit net, cerise groseille et de la minéralité. La bouche reste intransigeante, mais trsè gouleyante. Un vin que certains devront apprivoiser pendant que d'autres se régaleront/

Beaujolais, Régnié sur fût 2005, Gamay, sans sulfite, Christian Ducroux

Nous avons goûté la cuvée de base sans SO2 2006, la semaine passée, voyons cette fois le Régnié fût 2005. Rassurez vous, pas de fût neuf dans cette cuvée, même si le nom y fait souvent découvrir du boisé par certains dégustateurs. Par contre, comme pour la cuvée de base sans SO2, le premier nez est sur le fromage, le deuxième sur la choucroute. Il faut patauger dans tout cela pour dénicher le fruit. C'est en bouche qu'il faut le chercher. Et là, on y trouve de la mûre, de la myrtille, des notes plus originales, peut-être minérales, de graphite. A l'ouverture, la bouche parait cependant plus mince que dans mon souvenir, encore tannique, et plutôt dure. Pas beaucoup de succès pour ce vin. Les tannins, c’est normal, il s’agit en fait du vin de presse et c’est pour affiné ceux–ci que ce vin est élevé en vieux foudre. J'en ouvre une deuxième pour vérifier, elle est très semblable. A 20h00, les arômes de choucroute se sont un peu atténués, je fait goûter Anne, elle adore. La bouche s'est bien arrondie et l'on déguste avec avidité la deuxième bouteille sur une tranche de limousin aux cornes de gattes et champignons des bois récoltés la veille, chanterelles en tube, trompettes de la mort, pieds de mouton, bolets, ... Une alliance parfaite, quelle présence dans ce vin pour qui sait surmonter le premier nez. Jamais l'image du lait cru et du lait UHT n'aura été tant validée. Bon en attendant, je n'en ai pas encore vendu une seule...

Le lendemain soir, le côté "choucroute" s'est un peu atténué", mais ne laisse pas assez place au fruit. Ce n'est heureusement pas le cas en bouche, où il est bien présent. Comme les tannins se sont arrondis, il devient vraiment friand. Un vin à attendre encore.

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Sud-Ouest, vdt “Buzet”, le Pech abusé 2003, 1/4 CF, 1/4 CS, 1/2 Merlot, sans sulfite, Domaine du Pech

David contre Goliath, Ludovic et Magali contre la grande coopérative de Buzet qui dégueule, euh pardon, déverse, 95% de la production, le plus souvent insipide de cette appellation. Et David a perdu le combat de l’agrément; son vin est refusé à la dégustation, et n’a pas droit à l’AOC. Avec humour, il appellera cette cuvée, le Pech abusé ;-). Mais David prend déjà une première revanche aux Vinalies 2007, où son vin de table reçoit le prix des oenologues (amazing, isn’t it?). Mais le coup de grâce à Goliath, c’est vous qui allez l’asséner lors de notre marché vigneron de printemps. En effet, chez Ludovic, c’est toute la gamme qui sort du lot, et vous avez manifestement apprécié, tant le personnage, que ses vins. Revenons à ce 2003, année de la canicule, des rendements minimes (16hl/ha), il a été élevé pendant trois ans pour parvenir à l’équilibre voulu. Mais la patience est une vertu et le résultat en vaut la peine. Le nez est puissant, cassis, prune, noyau de cerise, graphite, très belle complexité. Bouche charnue, attaque moelleuse, mais les tannins sont encore très présents, pas trop secs pourtant, et l’équilibre est là, grâce au pH bas que peuvent donner des raisins bios. Je tiens aussi à souligner le rpt Q/P hallucinant quand on voit celui des “bonnes” bouteilles aux foires aux vins actuelles...

Sud-Ouest, vdt “Buzet”, le Pech abusé 2003, 1/4 CF, 1/4 CS, 1/2 Merlot, avec +/-15 mg/l de sulfite, Domaine du Pech

Attention, la même cuvée, mais avec un chouia de so2. En Avril, le tout sans soufre avait été plébiscité. Cette cuvée-ci était fermée au nez et les tannins féroces en bouche; Qu’en est-il quelques mois plus tard, nous allons le découvrir ensemble, suspense!!!

A 14 heures, le vin est très conforme à la description ci-dessus. Les différences entre les deux cuvées sont beaucoup moins nettes qu'en avril. Toutefois, c'est encore la cuvée sans SO2 qui récolte les suffrages, moins serrée en bouche, un peu plus ouverte au nez. Mais les différences sont ténues. Pas de différence notable à 20 heures

Le samedi soir, après 30 heures, je demande à Anne de me les servir à l'aveugle. Je goûte le premier verre qu'elle me sert, et je crois reconnaître sans problème le sans sulfites. Le deuxième confirme mon impression, nez fermé, un peu réduit même, moins expressif, et puis ces tannins un peu durs qui ne bougent toujours pas, alors que le premier se fait déjà plus aimable. Ouf, Anne confirme! Les deux vins se sont donc rapprochés depuis Avril 2008 où ils étaient tellement différent alors que seuls quelques 15 mg/l de sulfites les sépare. Mais la différence reste cependant notable au point de vue fruit , tannins, et milieu de bouche. Rendez vous dans 5 ans! Le dimanche,soit 48 heures après ouverture, à peine un peu de fruits confit au nez dans le sans sulfites, mais surtout des tannins qui enfin s'amadouent et un vin qui prend de la longueur, avec des notes de chocolat au cassis. A garder encore quelques années en confiance.

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Loire, Saumur-Champigny, Le vin d’une oreille 2005, Cabernet Franc, sans SO2, Sébastien David

L’hurluberlu est de retour. Vous avez apprécié ses rouges et rosés friands du même nom, vous avez été charmé par l'alliance de fraîcheur et de suavité de sa cubée Orion, voici le petit joyau qu’il nous cachait jusqu’à présent, le vin d’une oreille, une merveilleuse partition jouée sans sulfite aucun. J’ai déjà dégusté ce vin par deux fois, et l’évolution entre les deux était incroyable. Gain de chair, gain de longueur, équilibre précis, ce vin s’orientait plus vers le pinot noir bien dense que vers le cabernet. Je ne vais pas me perdre en tâchant de le décrire plus ici, venez le goûter, mais attention, je n’ai que quelques bouteilles. Ah oui, le nom? Voici ce que j’ai trouvé à ce propos et confirmé par Sébastien. On dit figurativement et populairement d’un vin excellent, que “C’est un vin d’une oreille”, parce que ceux qui en boivent penchent une oreille en signe d’approbation ; et l’on dit au contraire d'un mauvais vin , que “C'est du vin de deux oreilles”, parce que ceux qui en boivent secouent la tête pour marquer qu'ils ne le trouvent pas bon. (Dictionnaire de l'Académie Française, 5e édition, Paris 1798). Le vin à l'ouverture est très proche de la description ci-dessus, vraiment un très beau vin, mais à attendre. Et déjà, une attente de 6 heures est heureusement bénéfique. Le vin prend de l'étoffe, de l'allonge avec de belles notes de chocolat en finale, un nez un peu plus cabernet sans doute. Mais toujours cette impression bourguignonne à l'attaque qui se métamorphose en puissance en finale. Une cuvée pas vraiment donnée, mais qui offre un plaisir bien plus naturel que ce que vous pouvez trouver en foires aux vins actuellement. Pour info, Giscours 2005 est à 51,99€, Branaire à 59,99 et Pontet Canet à 79,99€, foncez!;-).

C'est encore meilleur le lendemain, plus fondu, vraiment une très belle bouteille, à garder en confiance quelques années ou à ouvrir comme cela, sans raison, pour se faire plaisir. A carafer impérativement avant...

Roussillon, vdt, Vignoble de Trouillas, Grenache, Mourvèdre, Carignan, 2005, sans sulfites, Casot des Mailloles

Les masos du casot, les excités du chadic, sont de retour. Avant de rentrer leur nouveau millésime, je vous propose de terminer les quelques caisses de cette petite pépite. Il lui a fallu du temps, mais elle est en place depuis quelques mois maintenant. A l'ouverture, un petit pop, ah un peu de gaz, un vin vivant qui vit! Le nez est franchement sur la cerise, la mûre ou la framboise. I y a aussi des épices, et une petite note de volatile qui apporte à la matière une fraîcheur bienvenue à qui sait l'apprécier. Ici encore cela va diviser les amateurs (coup de coeur pour certains), même si tout le monde lui reconnaît un fruit superlatif en bouche. Les tannins grenus se fondent, on peut maintenant la savourer sur une pintade à la catalane. Le soir, le nez s'est un peu dégradé, avec une note lactique supplémentaire. La bouche est toujours aussi friande. J'ai un peu de craintes pour le lendemain, on verra les vins du casot savent se tenir sur plusieurs jours!

Le lendemain, le nez est toujours aussi génial, un peu d'arômes de légumes cuits (oxo), d'acidité volatile, mais beaucoup de fruit (framboise, fraise), de minéralité (graphite, pierre), d'arômes iodés, d'algue. En bouche, il y a toujours ce gaz qui perturbe certains dégustateurs, mais beaucoup de fruit. En fin de dégustation, je secoue vigoureusement le fond de la bouteille, le fruit ressort, et la bouche se fait plus gourmande. Hélas, en finale, les notes de cacahuètes grillées se font plus marquées, et je n'aime pas cela! Pour moi, il est nettement en dessous de la veille. Son optimum devrait se situer, à mon avis, après 1 ou deux heures de carafage (vigoureux;-).

Je prendrai comme première conclusion, celles d'un amateur passionné de vin, mais peu féru de vins naturels: "Plus de fruit, plus de raisin, plus de mâche" Je suis assez d'accord avec lui, ce sont des vins sans retenue!. A bientôt pour la conclusion générale de ces deux semaines de dégustation de vins sans sulfites!

04/10/2008

LE VIN SANS SOUFRE (IV): La dégustation complète

Dégustation comme chaque week-end à la boutique de l'odyssée, et, cette fois, elle était consacrée aux vins sans sulfites! Comme on déguste sur deux jours, vendredi et samedi, j'ai trouvé intéressant de noter mes impressions à différents moments. A l'ouverture (14h00), sans carafage, ni épaulage, juste ouvertes au débotté, pour les découvrir telles quelles, sans mode d'emploi;-). Ensuite en fin de soirée le vendredi (20h00), et enfin le lendemain soir (20h00). Les bouteilles sont simplement placées au réfrigérateur pendant la nuit. Tout ça pour voir comment ces vins, réputés si fragiles, se comportent au cours du temps.

En voici donc maintenant les commentaires complets, ainsi que quelques mots d'explication. La première dégustation a été effectuée en présence de Pol Grégoire, venu à la rencontre de ces vins uniques, je me permettrai de retranscrire quelques unes de ses impressions à chaud.

Vins Sans Sulfites: la dégustation complète:

Intro: Certains la réclame à corps et à cris, mais elle effraie bon nombre de palais formatés et de “connaisseurs”. Elle fait perdre leur sang froid aux gourous qui s’gourent, mais elle réjouit ceux pour qui le vin est avant tout une boisson saine à base raisin. Là voici là voilà, c’est la dégustation des vins sans SO2, sans sulfites et sans soufre. Je ne vais pas vous faire, ici, un cours sur ce qu’est le vin sans SO2 (ajouté;-), mais je peux le faire à la demande, car c’est passionnant! Par contre, je peux déjà vous donner quelques pistes: , ou là>, ou encore là>.

Vous pouvez aussi visionner deux vidéos. La première est une interview de Pierre Overnoy, le précurseur du sans soufre, et la deuxième, une dégustation d’amateurs face à ces vins littéralement extraordinaires, dont la fabuleuse cuvée “En avant doute” du domaine des Clapas, ainsi que le "tradition" de Leon Barral, deux cuvées que vous avez pu déguster ce Week-end.

Nous allons donc faire un petit tour de France de ces vins hors normes, en deux étapes, en deux semaines. Tous les vins présentés ici, sont vinifiés sans SO2, et, sauf si mentionné, sans ajout à la mise en bouteille. Attention, je ne suis pas le taliban de la chose. J’estime simplement que la grande majorité des vignerons en mettent bien trop, par reflexe sécuritaire, par peur, par paresse, et ce même parmi les domaines très réputés. Si quelques mg ne me font pas peur, et sont parfois utiles, pour augmenter la résistance du vin au transport et au stockage; quelques dizaines le paralysent voire le tuent et sont loin d’être inoffensifs pour notre organisme. Le tout sans soufre est un exercice difficile, mais qui ouvre une porte vers la diversité des arômes et des textures, il donne des sensations en bouche uniques, avec cette vivacité, qui fait que beaucoup d’entre vous finissent par en redemander... La conservation de ces breuvages doit se faire à basse température, 14°C, moins de 16 en tout cas; c’est pourquoi vous avez toujours froid dans ma boutique;-). Ces vins sont vivants et parfois variables; c’est vrai que les vins morts ne bougent pas, d’ailleurs, nos morts bougent peu également. Les arômes sont parfois surprenants pour nos papilles formatées. Comparez un lait UHT à un lait cru, c’est le même type de différence; et depuis que je suis revenu au lait cru, tout comme mes enfants, nous ne savons plus boire le premier, même bio ... Trêve de bavardage, c’est parti

vins_sans_sulfites

Bulles

Mandi Bulles, Gamay, Georges Descombes

Un pétillant naturel pour commencer, un pet nat sans sulfite, au contraire, il faut que les levures vivent pour continuer la fermentation en bouteille.

14h00. Fraise, cerise, très légèrement perlant sur la langue. La bouche est fruitée, mais sèche, très légèrement sucrée. Pol y voit un peu d'alcool, mais aussi de la consistance, et sans doute le peu de sucre qui s'y trouve encore. Vin étonnant, mais il aime!

Pas de grande différence après 6 heures, le nez est plus précis, plus fruité. La bouche parait plus sèche, mais on pinaille ans doute. Le lendemain, à part quelques bulles de moins, le fruit est plus nettement fraise et grenadine. En tout cas, la stabilité est exemplaire.

Un régal sur les tapenades, le canard fumé, le saucisson. Et ça remplace agréablement un rayon de soleil;-).

Blancs

Alsace, Pinot Blanc 2005, Sans sulfite, Jean Pierre Frick

Ce pinot blanc 2005 de Jean-Pierre Frick. C'est pour la curiosité car il ne m’en reste que quelques bouteilles à vendre. Mais cela en vaut la peine, d’abord l’étiquette, en grand , ce qui n’est pas autorisé, et Vins sans Soufre, simplement, car il n’en a pas rajouté. Provocateur, oui sans doute, il attend simplement qu’on lui prouve que ce n’est pas un vin biologique. Ce qui est impossible puisqu'il ne contient que du raisin bio. Et etonnamment, on le laisse bien tranquille ;-).

14h00, ce vin est une vraie odyssée aromatique, fruits très mûrs, épices (gingembre) un peu de miel, cidre, une bouche dense mais gouleyante. Un peu de sucre résiduel, mais terriblement intégré. A peine de perlant. Le vin est séduisant, pas ou vraiment très peu d'oxydation, trace d'acetaldehyde non combiné au sulfite (cidre), mais bouche très nette et une buvabilité hors norme.

20h00, la robe s'est assombrie, le nez a perdu de la complexité, et se focalise sur le calvados et le cidre. La bouche reste incroyable, pas mal de gras, belle longueur, avec un équilibre superlatif et une impression de minéralité.

Le lendemain soir, c'est encore plus sombre, c'est le fond de la bouteille et c'est donc aussi très trouble. Le nez est franchement sur le calvados et a perdu beaucoup de sa complexité. Il faut indéniablement le boire dans les quelques heures qui suivent l'ouverture. Car alors, il est génial! Et ce sera simplement un vrai délice, sur les plats épicés (volaille, ...), cela fera même merveille! Evidemment, les papilles formatées y verront des défauts, tant mieux, tout est vendu! Je rentre les nouveaux millésimes bientôt. Et il me reste aussi quelques bouteilles de Riesling sans SO2, qu’on se le dise.

Bourgogne, Mâcon-Cruzilles, Aragonite 2006, Chardonnay, Vignes du Maynes

Le plus ancien domaine en bio, spécialiste des vinifications sans SO2. Les rouges sont non collés, non filtrés, et sans SO2 ajoutés. Mais c’est un blanc que je vous propose. Il est légèrement filtré, et 20mg/l de SO2 sont ajoutés pour éviter l’oxydation. C’est minime en comparaison des 210 mg autorisés pour le blanc. Pas de risque de mal de tête avec celui-ci.

14h00. C’est un beau chardonnay, au fruité complexe, sans bois intempestif, avec une fine minéralité au nez. Des notes grillées aussi. La bouche est d’une belle densité, le fruit s'y révèle, légèrement saline, la finale est fraîche, très sèche et longue. Très beau vin de terroir, ce qui se comprend quand on sait qu’il provient d’une parcelle à la géologie particulière qui concentre des cristaux de calcaire nommé CALCITE-ARAGONITE, et qui confère aux vins une minéralité et une ampleur en bouche rare sur un Mâcon blanc. Trouvé sur le site d’ invinoveritastoulouse, les commentaires suivants auxquels je souscrit sans peine: Alain et Julien Guillot - Domaine du clos des vignes du Maynes - Mâcon Cruzilles Clos des vignes du Maynes Aragonite 2006 : 16/20 - 4/7/08 “Un vin découvert dans le très bon restaurant arlésien "l'atelier de Jean-Luc Rabanel". Un superbe chardonnay serré, minéral, pur. Senteurs de fruits blancs, de miel, de chartreuse, de citron, de menthe, de résine. Trame parfaitement assemblée, cohérente, ronde avec une superbe tenue et un retour minéral et acide final de classe. Esprit un peu chablisien.”

20h00. 6 heures plus tard, le nez a évolué, plus ouvert, mais toujours ces notes grillées et minérales, évoluées que l'on trouve sur certains riesling (Muenchberg 2001 de Patrick Meyer par exemple). C'est étonnamment très bon!. Si peu accrochent, c'est manifestement une cuvée hors norme pour d'autres! Bonne pioche, je crois. Le lendemain, c'est toujours aussi net, plus de réduction grillée, mais une minéralité et une fermeté de corps épatante. Un chardonnay sans concession, que l'on peut attendre encore. Mais tout est vendu!

Rouges

Rhône, En avant doute 2007, vdp Ardèche, grenache 100%, sans sulfite, Domaine des Clapas

Neo-vigneron, c’est son second millésime, Jérôme Jouret avance en doutant, pas à pas, mais à grand pas! Les vignes viennent d’un terroir argilo-calcaire en coteaux. Si vous aimez les vins de Gramenon, il faut se précipiter sur celui-ci. Le vin n’est ni filtré et ne voit pas le sulfite.

14h00. Nez très expressif, de cerise et de fleurs, je penche pour l'oeillet, Pol pour la rose; d'autres mentionneront également cette fleur. C’est d’une fraîcheur insolente, d’un fruit superlatif, d’une buvabilité presque exagérée. Mais il y a aussi du fond, de la matière extraite avec justesse, en douceur; à la Souhaut. Coup de coeur!

Le soir, à 20h00, le nez a évolué, moins de fleur, plus de fruits, et les épices sont au rendez vous. La bouche a manifestement gagné en volume. C'est plus profond mais toujours tellement délicieux. Coup de coeur général. Le lendemain soir, c'est toujours aussi bon et frais. Stabilité impeccable. Génial!

Alsace, Pinot Noir, Cuvée LN 012 2006, sans sulfite, Bruno Schueller

Bruno et Fanfan se sont rencontrés pour la première fois chez moi, lors d’un de nos marchés vignerons. Depuis, ils ne se quittent plus. Et que croyez vous qu’ils se racontent, des histoires sulfureuses sans aucun doute;-). Bruno, n’est pas, non plus, le taliban du sans soufre. Il l’utilise avec grande parcimonie, et sur quelques cuvées qui le permettent, il l’évite tout simplement, sans dogmatisme aucun. C’est le cas avec ce pinot noir issu d’une parcelle située en grand cru Eichberg. Sur ce sol à tendance calcaire, le pinot noir est très aromatique et allie, densité et finesse.

A peine un peu de réduction à l'ouverture, mais un fruit qui pinote sas complexe. La bouche est délicate comme la couleur, savoureuse. La finale sèche un peu, mais l'évolution est favorable. Ce 2006 commence pourtant à fondre ses tannins et s’ouvre gentiment. Mais bon, à boire sur un canard, un poulet bien charnu, pas trop en one to one ;-). Ou encore, sur un filet de biche avec quelques trompettes pour sonner encore plus juste! Ah oui, le LN 012 n’est pas un numéro de lot, ni une allusion au prénom de la femme de Bruno, c’est simplement le résultat de l’analyse en SO2 lors du premier millésime de cette cuvée. Pol semble bien apprécier les arômes délicats et bien agréables du pinot noir.

20h00. Il a pris de la profondeur, les épices sont bien plus présentes, des notes d'encens, de rose fanée typiques des bons pinot noir d'Alsace. Les tannins ont évolués plutôt favorablement et le vin dans son ensemble a bien bonifié. Le lendemain soir, à 20 heures, soit après 26 heures d'ouverture, des notes confites, d'oxydation sont présentes, le vin a perdu de sa fraîcheur. Il faut donc le boire le jour même, mais après un bon carafage. Mais gardez le encore quelques années.

Beaujolais, Régnié 2006, Gamay, sans sulfite, Christian Ducroux

Christian est, un peu comme Pierre Overnoy, d’une modestie rare. Ses vins sont à son image, chaque rencontre est profonde mais rafraîchissante. Il partage toujours sa production en deux, une mise sans sulfite et une autre avec environ 20mg/l. C’est évidemment la première que je vous propose.

Le premier nez est surprenant. Une vague lactée pour Pol, de fromage pour moi. Le fruit est là, mais un peu dominé par ces arômes là. A la première gorgée, on se rassure, tout est en place pour faire un beau Beaujolais de terroir. Un beau Beaujolais? Un vin pour joli bobo quoi;-)!. Trame tannique gentille, explosion de fruit, miam!

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Après 6 heures (20h00) C'est superbe. En fait j'ai suivi l'affaire, et le côté lacté (pas insupportable) est parti en 4-5 heures. Après, il laisse place à des notes de poivre blanc intensives; La bouche reste juteuse au milieu, mais un peu dure en finale. Définitivement un vin de repas. C’est une corbeille de fruits et d’épices délicates digne de l’odyssée des arômes. Groseille, poivre blanc, la bouche est friande et nerveuse, un vin qui réveille et qui élève. Coup de coeur pour plusieurs clients, mais pas tous;-). Le lendemain soir, le nez est toujours aussi impeccable, la bouche aussi, avec un peu plus de profondeur. La finale développe de petites notes grillées, pas désagréables, mais qui, plus marquées, pourraient altérer la fraîcheur. A boire sans presser en tout cas; et à boire, si possible avec modération, sur de bonnes charcuterie, tapenade, houmous épicés, fromages frais, ...

Languedoc, Faugères, Cuvée Tradition 2005, Carignan, grenache, cinsault, ,sans sulfite, Leon Barral

C’est, à nouveau sans dogmatisme, que Didier utilise, ou pas, le SO2. Tout dépend du millésime, du vin, de sa capacité à résister. J’attends confirmation du sans sulfite mentionné ci-dessus incessamment sous peu; mais de toutes façons, s’il est présent, c’est à dose homéopathique, alors, allons-y! Si 2002 et 2003 étaient un peu rock ’n roll; si 2004 était superbe de complexité et de fraîcheur, 2005 nous revient avec la même densité que le 2001. C’est un tout beau millésime chez Barral, presque consensuel!

A 14h00, ouverture! Le nez est ouvert, fruité cerise-fraise, épice cannelle-poivre, notes sauvages un peu cuir. La bouche est suave, les tannins présents sont un peu cacaotés, l’équilibre impeccable, la digestibilité sans faille. A boire à grande goulée, maintenant et sur 3-4 ans. Mais pourquoi j’ai pas rentré des magnums!!!! Un coup de coeur pour Pol Grégoire qui se ressert ;-)

A 20h00, le nez se fait plus épicé, la bouche encore plus équilibrée et nette, proche de la perfection. Le lendemain soir, le nez est encore plus épicé, nettement vers la garrigue. Je le préférais la veille, mais c'est personnel. Aucun développement de "défauts" n'a été observé, pas d'acidité volatile comme parfois chez Barral.

Bordeaux, Château Planquette, Médoc 2004, Merlot 50%, Cabernet Sauvignon 50%, sans sulfite, Didier Michaud

Il est un des seuls à cultiver sa vigne en bio dans la région, il vendange tard, mais sans mettre d’anti-pourriture nocif (la plaie des pesticides à Bordeaux depuis Parker!), il vinifie en vieilles barriques car il préfère le goût de son raisin à celui du chêne, il ne met pas de SO2 car ce n’est pas nécessaire (document analytique à l’appui), et il ne porte pas de cravate quand il parcourt ses vignes;-). Ce personnage, assez unique là bas, c’est Didier Michaud!

Son vin, en 2004 (dernières caisses!), a pris de l’étoffe depuis la dernière fois. Le fruit est toujours très pur, un peu de groseille très mûre; quelques notes de poivron rôti. Les tannins encore vigoureux cèdent tout doucement la place à la pulpe du raisin. C’est sans goût de poivron vert, on serait plutôt sur la groseille rouge, et c’est très bon, vivement ma bonne bidoche hebdomadaire (au poivre sauvage, inutile de le préciser;-)!

Le soir à 20 h00, le nez a bien évolué. Bien plus complexe, fruit bien sûr, graphite, cuir, poivre blanc. Difficile à décrire, mais belle classe. 24 heures plus tard, le vin n'a plus, pour ainsi dire, bougé; juste une petite note confite peut-être. Belle évolution en un an aussi!

Voilà, rendez-vous la semaine prochaine, avec encore du vrai sans sulfite, dont notamment:la cuvée Pas à Pas des Clapas, la cuvée Z (pinot noir) de Fanfan Ganevat, le Pech abusé du domaine du Pech, les cuvée Trouillas du Casot des Mailloles, le vin d’une oreille de Sébastien David, un autre Régnié 05 de Ducroux, et sans doute le Mas de Mazel... Ne loupez surtout aucun des épisodes!

Cette seconde étape, ce sont les 10 et 11 octobre 2008 , venez vérifier par vous même!

01:24 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |