05/09/2009

VIN "NATURE", VIN "NATUREL" (I)

VINATURE, mon blog, même si j'aime le prononcer "vie nature", c'est sans conteste une affirmation de mon goût pour ce type de vin. Oh pas par choix philosophique ou effet de mode bobo comme certains aiment à le croire, non, simplement par goût, par goût du plaisir.

Je ne vais pas refaire ici mon parcours gustatif (quoique;-), qui est tout d'abord passé par une étude systématique des petits vins à portée de ma bourse, puis, bien sûr, celle-ci se remplissant un peu, vu se faire vider par une attirance envers les grands crus classés du bordelais. Mais il y eut un jour, un premier déclic pour une autre évolution gustative, quand, affrontant la canicule de 2003, je dégustai, à Banyuls, les vins du Casot des Mailloles.  Des vins aux arômes et aux textures encore inconnus, évidents de sincérité, bouillonnants de terroir et de personnalité. C'est là que j'apprit qu'il était possible de faire des vins sans soufre et que je me mit dans la tête d'explorer pas à pas, verre après verre, cette terre encore inconnue, celle des vins dits "naturels".

J'y rencontrai de tout, des arômes d'écurie, voire de dégueuli, de l'excellent vinaigre, comme des finales au goût de souris crevée, mais j'y vécu aussi mais plus belles émotions, à répétition! J'y appris à mieux comprendre l'apport du raisin dans le vin, et aussi celui du sol, je chamboulai mes repères, bouleversai mes critères, revenant à une approche plus animale du vin. Je me souviens encore de cette première salade de fruits et de cailloux offerte par Bruno Schueller. Je me réconciliai aussi, par exemple, avec le champagne grâce à Jacques Beaufort; fut foudroyé par la personnalité et la qualité des vins naturels et des hommes du Jura, comme Stéphane Tissot, Fanfan Ganevat, et Pierre Overnoy; me noyai enfin, avec délectation, dans la mare grandissante du Beaujolais des Descombes, Lapierre ou Ducroux.

Je dût aussi me rendre à l'évidence, moi qui écumait salons sur salons, bios ou non, que la qualité des salons de vins naturels, comme celui de la Dive bouteille, était du plus haut niveau et correspondait en tout cas beaucoup plus à mes goûts évolutifs. Tant et si bien, qu'en avril 2006, j'avais complètement viré ma cuti et, après une belle dégustation des vins de René Mosse et de Mark Angeli aux caves Augé à Paris, j'écrivais sur ce blog, "Une conclusion pour cette dégustation, c’est mon goût pour les vins avec un minimum de soufre, voire sans soufre. Si cette absence chahute parfois un peu les arômes, on les retrouve admirablement en rétro-nasale et puis la finesse et le naturel en bouche sont si évidents ! Difficile de faire marche arrière quand on a goûté des vins de cette trempe, mais cela, vous le savez déjà non ?   

Et oui, entre déclics et claques, j'ai depuis décidé, avec un pincement au coeur je le reconnais, de revendre ma cave de "grands Bordeaux", et quand j'y descend, c'est de plus en plus souvent une quille de ces "bio-nature" que je remonte (pour la descendre aussitôt;-). Ma santé y gagne sans doute, mon portefeuille certainement ;-)!

Mais pourquoi remettre encore une louche de vin bio sur ce blog par un énième papier sur les vins naturels et sans soufre? Et bien, pour répondre posément, et en détail, aux articles parus récemment dans la presse, comme ce dossier du bon magazine belge In Vino Veritas, ou encore l'intervention récente de Bettane dans le journal l'Express, pour y relever les erreurs d'appréciation d'un monde qu'ils ne connaissent pas, et aider ceux qui le veulent à mieux comprendre cet univers.

Une première constatation déjà, si les vins naturels ne connaissent pas trop la crise, la prose qui les entoure en profite également et permet aux critiques pros, généralement contre, de faire parler d'eux. Ils auraient tort de se gêner, nous aussi;-). A bientôt

Commentaires

Casot de Mailloles L'un ET l'autre, pas l'un contre l'autre.
Tant mieux si ces vins existent et font bouger les frontières.

Un peu dérouté tout de même par le vieillissement des vins de Tissot (cf Mailloches 2002 - oxydatif, description sur notre site, ou en Barberon 2003 - certes sur un millésime épineux ou encore Bruyères 2004).

Trouvé cet été chez Roellinger l'Achillée 2008 de Mosse correctement rigolo. Mais le sans soufre est-il un simple vin de soif ?
Pas trouvé les béguines de Prévost inoubliable.
Banyuls Casot des Mailloles hors d'âge l'Ultim : curieux, pas très bon
Casot VdT Soula 2000 pas trop mal, si on aime la volatile.
Idem pour Casot blanc 99, oxydatif, dans un style qui peut plaire (le 98 se présenta sale, avec des odeurs de serpillère et tu m'as répondu il y a fort longtemps sur un forum français qu'il devait être bouchonné).
Les cuvées "poudre d'Escampette" bues récemment m'ont en effet fait fuir à toutes jambes (ventes indignes).
Tu connais peut-être des personnes qui aiment, mais comment comparer réellement les lots ?
En faut-il à ce point pour tous les goûts ?

Écrit par : laurentg | 05/09/2009

In vino veritas veritas? L'article d'IVV a au moins le mérite d'une grande partialité, avec des avis contradictoires respectueux. Et toujours la grande sagesse d'un Hervé Lalau qui ne tire aucune conclusion péremptoire de son propre sentiment sur cette dégustation. Ce n'est pas dans la RVF que l'on pourrait lire ce genre d'article, au final très constructif, à mon avis! ;-)

Écrit par : olif | 05/09/2009

Ni dans le Bettane & Desseauve, d'ailleurs! :-)

J'en profite pour signaler, que, ne reculant devant rien, Michoubidou tente d'organiser un salon de vins "nature" sous son haut patronage! Il ne manque pas d'air!

Écrit par : olif | 05/09/2009

RVF et le sans soufre Je crois me souvenir que Jean-Emmanuel Simond a écrit un long et intéressant article sur les vins sans soufre dans la RVF.

Lu en tout cas sur son site un bel article "brûlot" sur les sols champenois dévastés.

Écrit par : laurentg | 05/09/2009

Laurentg En lisant cette phrase: "Tant mieux si ces vins existent et font bouger les frontières." de laurentg d'iVV Toulouse, j'oublierais presque nos petits points de discordance car c'est exactement ce que je pense de certains vins "extrêmes" . Si grâce aux essais des sans soufre, le curseur de vin classique se déplace un peu vers le bas, c'est déjà gagné. Et c'est ce qui se passe et fait sans doute râler oenologues et critiques qui ne l'ont pas vu venir. (laurentg, le point de discordance est principalement le fait qu'un dégustateur trouve la présence d'une caractéristique qu'il n'aime pas "inadmissible" et se met à la place du consommateur ...)

Écrit par : LaurentVinature | 07/09/2009

du potable, s'il vous plait Essaie de me faire goûter une Poudre d'Escampette de Castex qui soit propre ...

Car je n'aime pas les vins sales, puants, acides, anormalement oxydés, pétillants, déjà morts dans leur jeunesse, aux goûts banals et insistants de bière blanche, de pomme blette, de colle, de vinaigre ou de grenadine (je suis d'accord, j'attends du raisin).
Des vins turbides qui s'effondrent au bout de quelques minutes dans le verre, dont je ne boirais ni un verre ni une bouteille, même avec de bons amis.
Si d'autres s'accommodent de ces goûts répétitifs, approximatifs, pire déviants, soit ...

Trouvé hier la diablesse 2004 du château de Coulaine correcte, représentative, mais je me régale plus avec par exemple des vins matures, complexifiés par l'évolution, joliment foxés, fins, longs et verticaux de Joguet, d'Amirault ou d'Alliet (dans des styles différents).

Question de netteté, de classe aromatique et gustative (de diversité, également).

A bientôt

Écrit par : laurentg | 08/09/2009

le voilà qui recommence ;-) mais laurentg, bien sûr qu'il y a des vins que je n'aime pas (tu diras ratés, inadmissible, .. moi pas) parmi les vins nature. Et heureusement, sinon elle servirait à quoi ma sélection .-). Et dois-je aussi faire la liste de tout ceux en "classique" auxquels, si je me lâchais, j'utiliserais le même vocabulaire. Je crois que la liste serait bien plus longue, tout simplement déjà car les vins naturels ne représentent qu'un petit pourcentage du petit pourcentage de vins bios dans l'océan des autres.
Tu pousses un certain masochisme à déguster plus que régulièrement des vins que tu n'aimes ou ne comprends pas, c'est ton choix ;-)...

Concrètement, je n'ai pas aimé le poudre d'escampette dégusté à Deauville en février, j'ai adoré d'autres cuvées, je l' ai dit en transparence à ces vignerons que j'adore. Après il y en a qui aiment quand même cette cuvée, tout les consommateurs un peu sérieux ont l'occasion de déguster avant d'acheter, et les vignerons assument leurs choix, c'est très bien comme cela. Pas de quoi les vouer aux gémonies, que du contraire.

bonnes dégustation!

Écrit par : LaurentVinature | 08/09/2009

Bettane/Nature
[i]J'en profite pour signaler, que, ne reculant devant rien, Michoubidou tente d'organiser un salon de vins "nature" sous son haut patronage! Il ne manque pas d'air!
olif
olif25@orange.fr http://www.leblogdolif.com[/i]

Olif, Il est un peu tôt pour le coup du poisson d'Avril, non?
Ou alors il organise un salon, un salon de vins, de tous les vins, puisque d'après lui tous sont naturels;-)))))

Si MichelB pouvait nous en dire plus, ce serait sympa ;-)
Posté par "LaurentVinature"

Écrit par : LaurentVinature | 08/09/2009

je recommence à juste titre Je voulais juste réévoquer Castex, que tu citais dans un message précédent.
Ravi d'entendre ta réserve sur cette cuvée.
Dis-moi ce que tu n'y as pas aimé, cela nous permettra de mieux nous comprendre.

Pour info, je goûte en ce moment des vins du monde entier, sans restrictions, avec pas mal de gens différents : je te confirme qu'il y a aussi des ratés (variés) dans les vins classiques ! :-
Pour les vins étrangers, ne pas oublier les aspects culturels (de l'art d'adorer un Riesling allemand soufré et très peu alcoolisé, de réfléchir sur un Brunello aux tannins et à l'acidité féroces, de redouter un cabernet chilien crémeux et torride ou encore l'acidité grinçante d'une cuvée Calice 2006 ou ciel liquide 2005).

Écrit par : laurentg | 08/09/2009

Ben voilà on y arrive...
je crois que si l'on se contente de décrire le vin et de donner une appréciation personnelle, les écarts entre les opinions se réduisent déjà pas mal...

un riesling allememand trop soufré, désolé, je vais te le goûtre, le décrire, mais je ne vais pas l'aimer, cela m'est arrivé avec un autichien que l'on me présentatit comme un top, j'ai pu y trouver des qualités, mais l'excès de sulfite le rendait imbuvable ... pour moi. Un peu comme si on me sert une soupe trop salée, pourtant mon voisin pourra peut-être l'apprécier. Mais je n'ai pas crié au scandale ni à l'insulte du consommateur.

Amusant que tu me cites "ciel liquide", car je vais justement distribuer les vins de ce vigneron, j'ai adoré ses rouges, et je lui ai écrit aujourd'hui ma réserve sur le blanc que j'ai trouvé trop acide. Sa réaction est simple, il y en a qui aiment et d'autres pas, je le suis à 200% si c'est le vin qu'il veut faire. S'il change pour me faire plaisir ce serait dommage, qu'il engrange mon avis pour ses essais ultérieurs, tant mieux pour moi. De mon côté, j'avais sans doute des attentes qui n'ont pas été comblées, point. La seule chose qui est sûre, c'est que je regoûterai à l'occasion.

bonnes dégustations

Écrit par : LaurentVinature | 08/09/2009

Ciel liquide trop acide Pour être fidèlement explicite :
Côtes du Roussillon Villages : Jean-Philippe Padié «Ciel Liquide» 2005 – 6/1/09 (cr par Maxime France)
(30% Carignan/30% Grenache/15% Syrah/15% mourvèdre)
DS12 - LG12,5 - MS12 - MF12,5 - EG13.
• Le nez semble fermé au départ puis s'exprime petit à petit sur des notes de cassis, de fruits confits, de poivre. Non dénué d'un certain caractère sauvage, il s'inscrit bien "dans la lignée des sans soufre"...
• La bouche revêt un caractère acide, vert, sous-mâture qui n'est pas sans évoquer, une nouvelle fois, l'école Gauby.

Calice 2006 (carignan) honni car carrément citrique, déclenchant la grimace.

Bonnes dégustations (et bonnes polémiques sur le style Gauby) :-))))))

Écrit par : laurentg | 08/09/2009

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