26/09/2009

La CHASSE au BIOCON (VIN NATUREL IV)

Ne pouvant suivre l'incontinence littéraire et toutes les talibettaneries qui nous inondent, je ne pourrai répondre point par point à toutes les imprécisions qui y fourmillent, j'ai une famille à nourrir ;-).

Allez, une dernière pour la route, celui qui dit que le vin bio n'existe pas, nous donne quand même dans le supplément week-end du vif de la semaine passée sa liste de "dix vins bio", ben oui, Michel, raisins issus de l'agriculture biologique c'est trop long pour tout le monde ;-).

Autre exemple, plus grave peut-être, reprendre dans cette liste de vins bio un domaine en conversion (Pontet Canet), sans mentionner cette précision, et surtout, le Château Smith Haut Lafite qui n'a lui, aucun embryon de certification. Aux Etats-Unis, il y a des procès en cours envers ceux qui ont fait passer des vins pour bio, alors qu'il n'y avait pas de certification (ok, il y a des procès pour tout là bas ;-). Cela doit en tout cas faire plaisir à ceux qui prennent la peine de se faire contrôler. Laissons d'ailleurs la parole à une de ces vigneronnes "nature". 

C'est la période des champignons et "ah que j'adore" la chasse aux champignons. Un rappel, cependant, ne cueillez pas tout, "la grenouille ne boit pas toute l'eau de sa mare", proverbe africain, bref laissez m'en ;-). Pour vous, cependant, je suis plutôt parti à la chasse au Biocon. Oui, quand Michel Bettane parle de ces affreux jajas qui inondent le marché du vin (petit calcul, le vin bio fait peut-être 2% de la production, le vin naturel encore beaucoup moins, soit une goutte pour inonder un marché, quelle puissance le vin naturel quand même;-); de qui parle-t-il à votre avis? Et aurait-il le courage de les nommer, de leur dire en face, à ces vignerons qui passent le plus clair de leur temps à travailler dur dans leurs vignes, qu'ils sont des ennemis de la civilisation du vin? Alors à votre avis, qui sont ces biocons? Je veux des noms! ;-)))

Une piste, les guides! on va comparer les guides, partant du fait que si un domaine nature est présent dans un guide c'est qu'il envoit des échantillons (ben oui, les guides ne reprennent généralement que ceux qui leur envoient des bouteilles, pas la peine d'y chercher Schueller ou Casot des Mailloles). Et que s'il n'est pas dans le Bettane, c'est plus que probablement un biocon. Allez la chasse est ouverte!

18/09/2009

VIN NATURE NATUREL (III)

Au delà de toute polémique (je suis un doux rêveur;-), on continue la petite analyse des propos de Michel Bettane.

Avec les propos qui suivent, on touche le noeud du problème. Bettane qui se vante par ailleurs d'être un des premiers défenseurs du bio (voir les commentaires), en nie finalement toute qualité et joue au manichéisme simpliste. Détaillons.

 

Les vins bio sont tout de même différents ?

MB: Ceux qui tiennent à cette dénomination s'acharnent à accuser les autres types de vins de trahir leur terroir et même d'être dangereux pour la santé. Mais ils n'apportent aucun argument solide pour le prouver, sinon ceux issus de leurs fantasmes ou de leur mauvaise foi. La dégustation comparative démontre, en revanche, que des vins reconnus par tous comme exprimant remarquablement leur origine sont régulièrement produits à partir de raisins non bio. Par ailleurs, toutes les analyses chimiques réalisées par les experts ne montrent pas de différence fondamentale dans les résidus de pesticides ou de métaux lourds. Des taux encore trop importants, il est vrai, même s'ils sont largement inférieurs aux seuils jugés dangereux par les organismes de santé publique.

 

Et pourtant, faut-il rappeler que les études du PAN qui ont bien montré la différence entre les résidus de pesticides trouvés dans les vins bio par rapport aux conventionnels. Et même entre le raisin bio et non bio, ce qui a d'ailleurs valu un procès aux auteurs de cette étude, dingue!. Alors bien sûr, certains diront que ces taux sont faibles. Mais par rapport à quoi, sans doute versus les normes sur le raisin, qui sont elles, bien trop élevées; car si on compare à l'eau, des facteurs de 5000 ont été enregistrés. Et puis, que veut dire faible; ppt, ppb, ppm? Non, le problème de ces pesticides et ce n'est pas moi qui le dit, c'est qu'ils sont cumulables dans leurs effets et qu'ils s'accumulent dans nos tissus. L'augmentation des cancers peut, hélas, difficilement être expliquée par d'autres composantes que celle de l'utilisation des pesticides et de la pollution. Alors, si on peut les éviter dans un produit de luxe comme le vin, et cela est démontré chaque année par des vignerons passionnés de chaque région, pourquoi se braquer. peut-être simplement pour ne pas bouleverser l'ordre bien établi qui fait bien vivre. A nouveau. Bettane se réfugie donc et se fige derrière des législations qu'ils croit immuables mais qui vont changer. Et même si les vignerons qui ne sont pas en bio ne sont pas des criminels, ceux qui savent et qui continuent à promouvoir leurs poisons, sont nettement moins blancs... Concernant le terroir et la qualité des vins non bio, il y a du fantasme là derrière, il est hélas possible de faire des vins qui ont une (pas LA ;-) expression du terroir même si on est pas en bio. Et oui, entre le tout chimique et le tout bio, il y a toute une marge. Et même entre bio et bio, les approches diffèrent tellement. caricature quand tu nous tiens!

 

Avant de continuer l'analyse de l'intervention de Michel Bettane dans l'express (et dans le vif), ou le dossier un peu plus consistant d' In Vino Veritas, je tenais à vous faire part de la sortie du dossier vin nature du supplément du Vif L'express de ce week-end ;-); des fois que vous vouliez voir ma trombine ;-).

 

 

23:39 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : vin bio, vin naturel, bettane |  Facebook |

07/09/2009

VIN NATURE NATUREL (III)

Continuons à décortiquer cet interview, et attention, voici un passage important car là, notre agrégé en lettres préféré appuie sur la pédale. 

Les vins bio sont tout de même différents ?

Ceux qui tiennent à cette dénomination s'acharnent à accuser les autres types de vins de trahir leur terroir et même d'être dangereux pour la santé. Mais ils n'apportent aucun argument solide pour le prouver, sinon ceux issus de leurs fantasmes ou de leur mauvaise foi. La dégustation comparative démontre, en revanche, que des vins reconnus par tous comme exprimant remarquablement leur origine sont régulièrement produits à partir de raisins non bio. Par ailleurs, toutes les analyses chimiques réalisées par les experts ne montrent pas de différence fondamentale dans les résidus de pesticides ou de métaux lourds. Des taux encore trop importants, il est vrai, même s'ils sont largement inférieurs aux seuils jugés dangereux par les organismes de santé publique.

Et donc il n'y aurait pas de différence fondamentale dans les résidus de pesticides ou de métaux lourds. D'un revers de la main, on balaie le travail de vignerons sincéres, précurseurs, mais aussi ces fameuses preuves scientifiques. Car oui, il y a des différences en résidus de pesticides, comme l'a prouvé l'étude  

21:11 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/09/2009

VIN NATURE (II) Place au saigneur!

A tout saigneur/seigneur tout honneur, place à Michel Bettane et son nouveau papier dans l'Express. Si on avait pu mal comprendre son intervention sur les biocons, peut-être celle-ci aura-t-elle le mérite de clarifier la donne et de réconcilier michoubidou (ce n'est pas de moi, je ne me serais pas permis;-) avec les amateurs de vins naturels dont certains sont aussi de ses anciens lecteurs. J'en suis, et je ne nie pas avoir dévoré les interventions de MB dans la RVF, il y a de plus en plus d'années... J'y ai beaucoup appris, parfois à mes dépends quand je vois les vins encavés que je ne boirai pas, mais j'ose pouvoir tenter de discuter ici d'idées, pas de personnes. 

Bon ça commence mal, car sous le titre "Le Vin bio n'existe pas", on lit : Le dégustateur et coauteur, avec Thierry Desseauve, du Grand Guide des vins de France 2010 * n'est pas convaincu par la mode nature. Il explique pourquoi.

Mais le but n'est pas de convaincre MB, le vin naturel s'est développé sans lui, se développe encore, et n'a aucunement besoin de sa bénédiction. C'est sans doute là le noeud du problème (enfin, surtout celui de MB;-), nous y reviendrons.

Poursuivons la lecture de cet article:

Pourquoi cet engouement pour les vins bio vous agace-t-il ?

Mais tout simplement parce que le vin bio n'existe pas ! Le mot «bio» ne peut en effet, dans l'état actuel de notre législation, s'appliquer qu'au raisin, ce qui oblige à trouver une autre dénomination pour désigner un vin issu de raisins cultivés selon les chartes de l'agriculture biologique ou biodynamique.

 

C'est vrai, et alors? Des chartes sont en cours de rédaction et devraient voir le jour d'ici peu, ça va pas changer grand chose. C'est ce qu'on appelle un abus de langage, pas de quoi fouetter un chat, ni de s'agacer. Essai manqué.

D'où les vins « nature » ?

Certains vignerons et leurs marchands, appuyés par une petite bande de prescripteurs sincères, mais illuminés, proposent donc des vins «nature» ou «authentiques». Mais, jusqu'à preuve du contraire, tout vin répondant aux normes légales de la législation européenne est forcément authentique ou nature, puisque issu de la fermentation naturelle d'un fruit qui l'est tout autant. Nous ne connaissons pas encore de culture de la vigne hors sol, d'ersatz de raisin ou de levure artificielle.

 

Avec ce genre de position, on ne risque pas de faire évoluer la moindre législation, imaginez MB au temps plus reculés de notre histoire... Plus sérieusement, la culture hors sol. Il faut avoir vu des vignes cultivées en chimie et toucher leurs racines flirtant avec la surface du sol. C'est pas du hors sol, mais c'est de la perfusion quand même. Sans leur dose de chimie, pas de sursis, la moindre carence en eau, et on les entendrait presque pleurer. 

Erzatz de raisin: entre un raisin gorgé d'eau, ou pas mûr, ou pourri, ou imbibé de pesticides et un raisin sain, mûr, bio, aucune différence? Moi j'y vois quand même un qui nous fait passer des vessies pour des lanternes, mais soit!

Levure artificielle. Même si les enzymes OGM sont déjà utilisés à grande échelle, les levures OGM sont prêtes, mais elles ne sont pas encore utilisées. Donc c'est vrai, pas encore de levure artificielle, mais pour MB, la levure 74 B ou la 56, sélectionnées pour typer un vin, comme celui du Beaujolais primeur par exemple, c'est quoi? Et bien pour nous, ce n'est pas très naturel. Même en brasserie, on sait différencier les levures industrielles des fermentations spontanées.  Tout faux, sauf si l'on joue sur l'ambiguïté et la méconnaissance des gens.

Petite conclusion, au pied de la lettre, rien de foncièrement faux dans ce qu'il dit, mais un bel exercice de désinformation. Avec de tels arguments, tous les vins sont bons et les pratiques respectueuses...

la suite bientôt ...

 

VIN "NATURE", VIN "NATUREL" (I)

VINATURE, mon blog, même si j'aime le prononcer "vie nature", c'est sans conteste une affirmation de mon goût pour ce type de vin. Oh pas par choix philosophique ou effet de mode bobo comme certains aiment à le croire, non, simplement par goût, par goût du plaisir.

Je ne vais pas refaire ici mon parcours gustatif (quoique;-), qui est tout d'abord passé par une étude systématique des petits vins à portée de ma bourse, puis, bien sûr, celle-ci se remplissant un peu, vu se faire vider par une attirance envers les grands crus classés du bordelais. Mais il y eut un jour, un premier déclic pour une autre évolution gustative, quand, affrontant la canicule de 2003, je dégustai, à Banyuls, les vins du Casot des Mailloles.  Des vins aux arômes et aux textures encore inconnus, évidents de sincérité, bouillonnants de terroir et de personnalité. C'est là que j'apprit qu'il était possible de faire des vins sans soufre et que je me mit dans la tête d'explorer pas à pas, verre après verre, cette terre encore inconnue, celle des vins dits "naturels".

J'y rencontrai de tout, des arômes d'écurie, voire de dégueuli, de l'excellent vinaigre, comme des finales au goût de souris crevée, mais j'y vécu aussi mais plus belles émotions, à répétition! J'y appris à mieux comprendre l'apport du raisin dans le vin, et aussi celui du sol, je chamboulai mes repères, bouleversai mes critères, revenant à une approche plus animale du vin. Je me souviens encore de cette première salade de fruits et de cailloux offerte par Bruno Schueller. Je me réconciliai aussi, par exemple, avec le champagne grâce à Jacques Beaufort; fut foudroyé par la personnalité et la qualité des vins naturels et des hommes du Jura, comme Stéphane Tissot, Fanfan Ganevat, et Pierre Overnoy; me noyai enfin, avec délectation, dans la mare grandissante du Beaujolais des Descombes, Lapierre ou Ducroux.

Je dût aussi me rendre à l'évidence, moi qui écumait salons sur salons, bios ou non, que la qualité des salons de vins naturels, comme celui de la Dive bouteille, était du plus haut niveau et correspondait en tout cas beaucoup plus à mes goûts évolutifs. Tant et si bien, qu'en avril 2006, j'avais complètement viré ma cuti et, après une belle dégustation des vins de René Mosse et de Mark Angeli aux caves Augé à Paris, j'écrivais sur ce blog, "Une conclusion pour cette dégustation, c’est mon goût pour les vins avec un minimum de soufre, voire sans soufre. Si cette absence chahute parfois un peu les arômes, on les retrouve admirablement en rétro-nasale et puis la finesse et le naturel en bouche sont si évidents ! Difficile de faire marche arrière quand on a goûté des vins de cette trempe, mais cela, vous le savez déjà non ?   

Et oui, entre déclics et claques, j'ai depuis décidé, avec un pincement au coeur je le reconnais, de revendre ma cave de "grands Bordeaux", et quand j'y descend, c'est de plus en plus souvent une quille de ces "bio-nature" que je remonte (pour la descendre aussitôt;-). Ma santé y gagne sans doute, mon portefeuille certainement ;-)!

Mais pourquoi remettre encore une louche de vin bio sur ce blog par un énième papier sur les vins naturels et sans soufre? Et bien, pour répondre posément, et en détail, aux articles parus récemment dans la presse, comme ce dossier du bon magazine belge In Vino Veritas, ou encore l'intervention récente de Bettane dans le journal l'Express, pour y relever les erreurs d'appréciation d'un monde qu'ils ne connaissent pas, et aider ceux qui le veulent à mieux comprendre cet univers.

Une première constatation déjà, si les vins naturels ne connaissent pas trop la crise, la prose qui les entoure en profite également et permet aux critiques pros, généralement contre, de faire parler d'eux. Ils auraient tort de se gêner, nous aussi;-). A bientôt