16/03/2007

BANDOL & BAUX, suite et fin!

Je reviens sur cette dégustation pour vous présenter les appréciations générales:Pas de système de cotation compliqué, juste une appréciation simpliste, hédonique, animale presque. Après on peut disserter sur le potentiel de vieillissement, la race, la compréhension du vin, mais ici juste du j'aime et j'aime pas, le pourquoi étant décrit dans les CR plus bas!

Seuls les vins de la série monadique aveugle ont été noté, j'ai demandé à chaque participant de noter sur une échelle de 1 à 5: beurk-bof-bon-très bon-coupdecoeur.Alors on pourrait donner les moyennes, mais ce qui est intéressant, ce n'est pas de connaître le meilleur vin moyen, finalement le plus consensuel, mais les vins qui ont vraiment plu à 1 ou 2 dégustateurs. Evidemment si un vin fait l'unanimité c'est intéressant aussi;-)

Alors voilà ce que cela donne, en sachant que c'est une photographie au temps t, rien de ne dit que dans 20 ans les hiérarchies seront les mêmes (mais ou seront nous dans 20 ans ;-)

Trévallon: Dans le haut du panier, dommage que le prix ...

Coup de coeur: 11%

Très bon: 56%

Bon: 33 %

Bof: 0%

Beurk: 0%

Vannières: Les résultats parlent d'eux mêmes, mais attention, certains ont apprécié, donc à ne pas jeter tout de suite...

Coup de coeur: 0%

Très bon: 0%

Bon: 33 %

Bof: 56 %

Beurk: 11 %

Clos Milan: Rarement j'ai vu autant d'unanimité, la dernière fois, c'était pour le clos de Tart 2001, c'est tout dire ...

Coup de coeur: 100%

Très bon: 0 %

Bon: 0 %

Bof: 0%

Beurk: 0%

Saint Anne Collection: Intéressant, pas le vin consensuel, on va du très bon au beurk, la présence d'arômes "animaux" et d'encre, n'y est pas étrangère

Coup de coeur: 0%

Très bon: 44%

Bon: 44 %

Bof: 0 %

Beurk: 12 %

Pradeaux: Ici aussi c'est diversifié, mais avec une dominante de beurk, on peut espérer pour le château que nous soyons tombés sur une mauvaise bouteille. Il est intéressant de noter que la perte d'une étoile dans le guide vert de la RVF soit due à un mauvais goût de vieux bois (élevage en "trop" vieux foudres?) qui a été détécté par plusieurs de nos dégustateurs...

Coup de coeur: 0%

Très bon: 0%

Bon: 11 %

Bof: 33%

Beurk: 56 %

Valinière Barral: Autre grand vin de la soirée, qui fait une certaine unanimité

Coup de coeur: 45 %

Très bon: 33%

Bon: 22 %

Bof: 0%

Beurk: 0%

Rubrum Obscurum, Roquefort: Ici c'est intéressant, car on va du très bon au très mauvais, manifestement une question d'appréciation de style

Coup de coeur: 0%

Très bon: 33%

Bon: 45%

Bof: 11%

Beurk:11%

Coeur Quartus Romanin: Presque un grand vin, mais en tout cas celui qui après Milan récolte le plus haut pourcentage de "très bon" et "coup de coeur"

Coup de coeur: 22 %

Très bon: 67%

Bon: 11 %

Bof: 0%

Beurk: 0%

Pibarnon: Pas le grand frisson, mais apprécié quand même, rendez vous dans 10 ans?

Coup de coeur: 0%

Très bon: 34%

Bon: 33 %

Bof: 33%

Beurk: 0%

Voilà, j'espère que ces petites élucubrations gustatives vous ont un peu éclairé sur les styles des vins dégustés, certains sont encore à la vente;-)

Ah oui, j'oublie, j'ai aussi fait un concours de bouchon, et là aussi, c'est le clos Milan qui gagne, un sans faute donc. Voilà qui a fait très plaisir à Henri Milan et son bras droit Kader dont j'ai reçu la visite surprise hier. On a notamment dégusté un "grand blanc 2005" d'anthologie, d'une gourmandise mais d'une élégance rare. On l'aura bientôt..., en attendant, profitez des dernières quilles de clos milan 2001 ...

bbouchon

10:05 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

13/03/2007

BANDOL & BAUX, C'est la Provence BB!

Cela faisait longtemps que j'avais cette dégustation en tête, j'adore le mourvèdre et j'adore les vins de Provence. Ils sont largement sous-estimés, probablement associés aux vins de vacances et au rosé bas de gamme. Et par conséquent, ils sont injustement oubliés et ne passionnent pas les "amateurs", il suffit de voir les messages qui traitent de la Provence, ils sont rares.. . C'est dommage.

Et puis, suite à l'atelier Provence de l'année passée qui avait révélé les vins d'Henri Milan, j'avais envie d'élargir l'horizon aux grands ténors de l'appellation. C'était aussi l'occasion pour vous de vous procurer sur une base solide, car ces vins encore souvent disponibles à la vente.

Enfin, j'ai un faible pour cette région car son approche bio est assez intense, c'est en Provence, que l'on trouve un village 100% bio, à Correns. Et c'est en Provence qu'une appellation envisage d'inscrire dans son décret la culture biologique comme règle, ce sont les superbes Baux de Provence.

Il y avait suffisamment de raisons pour la faire cette dégustation, mais son annonce n'a pas rameuté les foules, c'est comme ça, mais comme souvent, les absents eurent tort!

Trêve de bavardage, voici le compte-rendu (un CR quoi;-) de la dégustation

- Les Mûres 2002-2003-2001

Après un petit rappel de la qualité des millésimes, nous comparons les vins suivants.Le 2002 offre un nez de groseille, pas très complexe mais très pur. La bouche, assez vive, fait saliver. Un peu jus de fruit, il sera super légèrement frais à l’apéro ou sur des viandes grillées.

La robe du 2003 est évidemment plus sombre. Le nez un peu torréfié, sur la cerise très mûre et la confirure de framboise. Des épices aussi. La bouche est vigoureuse, puissante, relativement longue. Les tannins ssont encore assez marqués. A attendre.

Le 2001 a une robe intermédiaire. Plus équilibré que les deux autres millésimes, fruité (un peu cerise, il pinote presque), épicé, très gourmand, mais avec de la classe. Très très bon!

bbmureNous avions donc bien choisi le millésime, c'était un peu le but de l'exercice ;-)

La deuxième série va nous permettre de comparer les appellations BAUX et BANDOL. Il y a des différences climatiques, de sol aussi, mais peut-être surtout d'encépagement. Bandol est dédié au mourvèdre, ce cépage intraitable dans les mauvais millésimes, car il mûrit tard. Alors que Baux peut faire la part belle au grenache, à la syrah et même au cabernet sauvignon. Du cabernet sauvignon, oui, mais pas trop, max 20% sinon vous vous retrouvez en vin de pays, comme le célèbre château Trévallon.

bbserie0Château Romanin 2001, Baux de Provence

Nez très ouvert, fruité, un peu floral, assez épicé, garrigue, un peu de viande, de lard fumé, d’olives et de poivron rôti. La bouche est puissante, certains la trouvent un peu rustique, d’autres (dont je suis) très consensuelle, polie, suave, enrobées par des tannins agréables qui se fondent tout doucement. L’équilibre est parfait et la longueur toute en saveur, avec des notes un peu chocolatées.

Château Saint Anne 2001 (90 % mourvèdre) Bandol

Le nez est plus violent, sur la violette mais aussi avec des notes animales et d’encre. En bouche, c’est du solide, avec des tannins agréables pour certains, un peu rustiques pour d’autres, mais une belle matière, plus stricte, moins suave que celle du Romanin. Le fruit et la violette sont encore plus marqués en bouche, une belle bouteille d’un bon rapport qualité prix pour dans 5 à 10 ans, pour la gastronomie.

Dégustation Monadique des meilleurs 2001

On passe aux choses encore plus sérieuses: le principe monadique, les vins sont dégustés un par un, pour eux mêmes et on se remet les papilles sur cale entre chaque vin. On limite ainsi les biais d'une comparaison par paire, où un vin plus flatteur peut "casser" un vin un peu plus austère.

L’ordre des vins a été tiré au sort par ma petite Eve;-) BBserie1et il y aura deux séries

Château Trévallon, Cabernet Sauvignon -Syrah, Vin de Pays des Bouches du Rhône

Nez assez ouvert, de fleurs, de mûre sauvage et de poivron roti. Sans le reconnaître, Philippe y voit une parenté avec le Romanin, c’est probablement le cabernet sauvignon. La bouche est fraîche, très équilibrée, très agréable, sans surprise et la longueur est bonne mais pas exceptionnelle. Beaucoup pensent au Clos Milan, mais c’est un des vins qui se devait être une des stars de la soirée, Trévallon. Attention, c’est un excellent vin pour les amateurs de cabernet, mais il n’est pas d’un rapport Q/P exceptionnel.

Château Vannières, Mourvèdre 80 %, Bandol

Nez assez discret, un peu de raisin, un peu de pruneau et d’épices. Certains apprécient relativement, d’autres le trouve assez éteint. La bouche est à l’avenant, avec des tannins pas trop secs, un peu de matière, mais sans vie, sans beaucoup d'éclat. Le vin qui a fait dire à Jérôme van der Putt que s’il s’agissait du Clos milan, il changeait de métier. Déception.

Clos Milan 2001, Grenache 80%, Baux de Provence

J’ai tout entendu sur la description de ce vin, mais elle a commencé par un long silence et puis un mmmmmmhhhhhhh général de satisfaction. Un peu floral (certain y voient une note de syrah et partent vers trévallon), mais de la cerise et de la framboise, de l’encens, du cuir, du romarin fraîchement écrasé. La robe claire ne laisse pas deviner que ce vin est d’une longueur exceptionnelle, et rappelle, modestement, mais incontestablement le château Rayas, avec lequel il partage des similitudes de terroir. Le grand vin de la soirée !

Château Saint Anne Collection,95% mourvèdre, Bandol

Il est dur passer après ce grand moment d’émotion. Mais la cuvée de Saint Anne tient très bien la route, on y retrouve les notes animales et d’encre de la cuvée générique. Si c’est moins marqué que pour la cuvée générique, ce l’est encore trop pour certains. Mais la chair du vin est plus grasse, les tannins plus mûrs, la finale plus longue, très typée mourvèdre (violette). C’est très bon et de grande garde!

Petite pause ou l’on peut regoûter les vins avec des toasts au caviar d’aubergines maison. Les vins se comportent assez bien sur ce met bien régional, avec pour ma part une préférence pour le châtau Romanin et la cuvée les mûres 2003. Il faut une matière certaine pour dominer ce caviar suave mais puissant.

Nous sommes prêts pour la deuxième série qui comportera également un pirate.

BBserie2Château Pradeaux (Mourvèdre 90 %), Bandol

La grosse déception de la soirée pour certains, je serai plus indulgent. Le nez est fruité, sur le yaourt et la crème fraîche, certains détestent, je suis de ceux qui apprécie. L’attaque de la bouche est puissante, et laisse couler une sève à la chair plus juteuse que le Vannières. La finale est cependant peu agréable, sur l’alcool, le bois mouillé, le vieux fût, avec des tannins un peu secs et une finale trop amère. Grosse déception, incimpréhension, ou défaut de bouteille (achat Cora), on regoûtera à la première occasion.

Rubrum Obscurum, Côte de Provence, Château de Roquefort

Robe un peu plus claire que la précédente. Des arômes très fruités titillent nos neurones, le vin pinote agréablement, beaucoup de fruits rouges, c’est très frais, vivant, naturel, mais certains le trouvent peu complexe. La bouche est à la fois suave et stricte, mais à nouveau très naturelle ; Jérôme van de Putt le reconnaît sans faille. Un vin sur le raisin, le bon raisin. Les tannins encore présents mais pas du tout végétaux sont garants d’une belle garde. L’acidité plus marquée que dans les autres apporte énormément de fraîcheur et de digestibilité. Le vin pêche peut-être par un manque de longueur. Goûté à l’ouverture, c’est le seul qui n’en a pas vraiment profité.

Valinière (mourvèdre 90 %), Vin de table (ex-Faugères), Leon Barral

Déclassé en vin de table pour cause d'exces d'acidité volatile, et pourtant... Rien qu’au nez, on sait qu’on se trouve face à un monstre. Le premier nez est un peu sur le caoutchouc et l’oxo, mais laisse place petit à petit aux fleurs sauvages, au fruit mûr, aux épices, à la garrigue, la viande fumée. Complexité inouïe. La bouche est très suave, avec un chouia d’acidité volatile (raison pour laquelle il a été déclassé en vin de table). Il y a encore des tannins, mais le vin a encore gagné en chair et en complexité depuis un an. La finale est longue, très longue sur les épices et les fruits à l’alcool. Cette dernière note est le seul petit bémol d’une partition jusque là parfaite. Un deuxième grand moment dans cette dégustation.

Cœur Quartus, Château Romanin, Baux de Provence

La robe est sombre et le verre lâche de premiers arômes très floraux, de violette, d’œillet, un vrai bouquet. Il y a du fruit aussi, que l’on retrouve en retro-olfaction. Les tannins juteux apportent une belle structure à un vin très équilibré et très consensuel. Tout le monde pense à Pibarnon, mais c’est le cœur Quartus de Romanin. Superbe bouteille.

Pibarnon, >90 % Mourvèdre, Bandol

Toujours à l’aveugle, nous arrivons au vin qui aurait pu, qui aurait du être le sommet de la soirée. Cela commençait bien, son tirage au sort le plaçait en position finale. La robe est assez sombre, le premier nez est axé sur le caramel, à l’aération des notes fruitées apparaissent, pruneau, raisin sec, un peu de fruit noirs peut-être, mais les notes de caramel empêchent de l’apprécier totalement. On retrouve hélas cette dominante en bouche, les tannins sont marqués, un peu secs. Il y a du fond et le vin est peut-être dans une phase transitoire, mais si on lui reconnaît du potentiel, il ne délivre pas beaucoup de plaisir actuellement.

Vannières 1995, 80 % Mourvèdre, Bandol

Nous terminons cette dégustation avec un Bandol de plus de 10 ans. Contrairement au 2001 acheté chez un caviste, ce Vannières 1995 a été acheté en grande distribution (Carrefour). Il a une parenté indéniable avec son cadet, ce qui laisse penser qu’il n’y a pas de mises différentes, comme cela avait été suggéré ici. Nez épicé, beaucoup de raisin sec, un peu de pruneau. Les tannins se sont un peu civilisés depuis notre dernière rencontre (2000), mais ce n’est toujours pas l’excitation. Un vin un peu terne finalement. Dommage.

Les estomacs sont prêts pour la daube de boeuf et ses tagliatelles, que l’on parfume au poivre sauvage de Madagascar. Ensuite, une glace au matcha, et puis une tisane de verveine et de badiane. Une belle soirée je crois, avec son lot de surprise, d'émotions et de bonnes rigolade aussi. Merci à tous pour votre participation.

Pour d'autres avis, faites un tour sur LaPassionduVIn

Bon comme d'habitude, j'oublie de prendre les photos en direct, en voici donc quelques unes, après la fête ...

Mais tout d'abord, la star de la soirée. A carafer impérativement (4 heures pour nous) pour le max de frissons.

bbmilan

Elle était manifestement bonne la daube :-)

bbdaube

Et les pâtes aussi ...

bbpates

Et la glace au matcha? A vos souhaits;-)

bbglace

Verveine et anis étoilé, de quoi se remettre de ses émotions multiples...

bbtisane

Voilà, tout le monde est parti, on peut aller dormir... Et bien non, faut encore tout ranger...

bbtable

20:07 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

08/03/2007

ACHAT à l' AVEUGLE

On connaît les dégustations à l'aveugle, mais avez vous déjà acheté à l'aveugle? Sans références, sans étiquette et sans prix...juste en goûtant. Vous, face à votre propre goût! Non, très certainement, et bien c'est ce à quoi nous vous invitions il y a quelques semaines dans la boutique de l'Odyssée, qui une fois de plus portait tellement bien son nom.

Oui, vous avez bien lu, ce qui sont venus ne savaient pas à l'avance ce qu'ils allaient acheter, mais ils n'ont pas acheté un chat dans un sac, juste un vin dans une carafe;-)

Petit Rappel du Principe

"Vous venez, 6 carafes sont à votre disposition sur des tables, 3 blancs et 3 rouges.

Vous dégustez à votre aise; pas d'explication, pas de contexte, je me tairai, je le promets;-). Vous vous trouvez seul face à votre goût, sans influence extérieure.Et puis vous choisissez, le vin ou les vins que vous préférez.

Je vous fais le total et vous découvrez: ... le prix. Rassurez vous, pas d'arnaque, je choisirai des vins dans une fourchette assez étroite (+/-9 à max 15 €).Une deuxième barrière tombe, vous n'achetez pas en fonction du sempiternel rapport Q/P, mais en fonction de votre goût, uniquement!

Et puis vous découvrez les bouteilles achetées et leur origine. Ce pourrait être un vin de table ou une appellation plus prestigieuse; vous ne le saurez qu'après achat. Et la troisième barrière s'effondre, pas de repère rassurant de l'étiquette (Pomerol tu nous gâtes;-), pas de référence à une appellation, pas de réputation qui précède le producteur, juste un vin qui ne demande qu'à être très simplement acheté et bu!

Alors vous êtes joueurs? venez tenter l'expérience!"

Vous avez quand même été une bonne dizaine de téméraires à pousser la porte de la boutique pour vivre cette aventure unique, et qui était, n'ayons pas peur des mots, probablement une première mondiale;-)

D’après vos réactions, c’était une expérience intéressante, et même enrichissante (si j’ose dire), beaucoup m'ont demandé quand je recommençais; je ne vais pas me faire prier, car j'adore.

La première réflexion qui m’est venue, est qu’il n’est manifestement pas beaucoup plus simple de choisir à l’aveugle qu’à étiquette découverte. Un peu comme si on vous bandait les yeux et vous donnait une canne pour marcher, le dégustateur a parfois tendance à s’accrocher à un arôme ou un goût qu’il identifie. Et puis il a du mal à le lâcher… et à découvrir les autres.

De même, j’ai l’impression qu’il est plus critique, comme s’il avait peur de se tromper. Beaucoup ont acheté 1 ou 2 bouteilles, ...pour voir… Peu se sont laisser aller à l’achat aveugle par caisse, expérience difficile apparemment. J'ai déjà remarqué combien il était difficile de décortiquer un vin pour l'identifier et puis de l'apprécier avec ses tripes. L'appréciation d'un vin doit parfois être plus animale et instinctive que l'analyse

Les vins maintenant, je ne suis pas aussi vicieux qu'on le dit, voici quand même la solution :

J'avais choisi 3 blancs et 3 rouges, dans chaque série, un vin était plus difficile à situer, les autres étaient assez caractéristiques. - le premier était la cuvée de chardonnay Florine 2004 de Ganevat. Vous êtes plusieurs à l’avoir situé dans le Jura, j’ai apprécié le commentaire de Herman lui rappellant le lambic, quand on sait qu’il y a du saccharomyces bayanus dans l’air du jura comme dans celui de Bruxelles

- Ensuite, un piège, un assemblage original de chardonnay et de chenin de Loire, la cuvée Les clous du domaine Saint Nicolas. Mais en 2003, millésime de pauvre acidité. Et bien, un seul d’entre vous l’a bien situé, mais je le soupçonne d’avoir eu du bol ;-). Vous étiez pour la plupart en Alsace ou dans le Sud. Logique finalement.

- La série des blancs se terminait par le Hautes Côtes de Nuit de Verdet, en 2002 . Certains ont reconnus le chardonnay, d’autres sont partis sur le riesling, c’est vrai que le vin présentait beaucoup de minéralité. Un vin évolutif, qui présentait un peu de réduction à l’ouverture. La aussi, les réactions son amusantes. Par exemple le premier dégustateur l’a tout d’abord déclassé et puis en a pris une caisse.

Un des pièges de cette dégustation, c’est de risquer de commander un vin que l’on a déjà en cave, un autre, de ne pas reconnaïtre un vin que l’on a acheté auparavant. Les deux cas se sont présentés:-)

- Le premier rouge était un assemblage de syrah et de merlot. Un cabardès 2004, les Hautes Pierres du domaine Loupia, sous influence océanique et méditerranéenne. Très apprécié, dense mais frais, peu ont reconnu l’origine et l’encépagement. Merci à Claude pour l’identification de la betterave rouge au premier nez. Impressionnant (j'adore la betterave rouge;-).

- Là c’était un autre piège, la Mondeuse Harmonie 2005 de Trosset, nous avons bien voyagé, de Loire en passant par la Bourgogne et le Beaujolais, tout en n'oubliant pas le Rhône. L’indice était sa fraîcheur supplémentaire en comparaison aux deux autres vins plus sudistes ; et ses arômes rappelant la syrah. Je me serais attendu à plus de rhône Nord dans vos identifications. Certains l’avaient dégustée il y a une semaine, l’un d’entre vous l’a quand même finalement bien identifié.

- Le dernier a fait l’unanimité. Même si peu ont reconnu la dominance de grenache, vous l’avez tous situé dans le Languedoc-Roussillon. Malgré un petit perlant très naturel qui apportait une note fraîche pas désagréable, il n’a pas pu cacher son origine. C’était la cuvée André Mercier, du domaine Joliette en 2003.

Merci encore à tous ceux qui ont joué le jeu, et ... à l'année prochaine....

Quelques photos

Pas évident, pas évident ...

aveugle2

aveugle1

aveugle3

09:44 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/03/2007

ATELIER FONDUE: Vers les pistes de ski!

Je suis le roi du timing parfait. J'avais prévu de longue date un atelier fondue pour dépayser ceux qui ne vont pas aux sports d'hiver. Je l'avoue, je craignais un peu de devoir le faire parmi les fleurs et par une température estivale. Oui, le réchauffement climatique n'est décidément pas un leurre. Mais à 2 jours de mon atelier, vont tomber les seuls flocons de cet hiver 06-07 qui s'était fait tellement discret. Le temps était donc au rendez-vous pour cet atelier aux parfums de glisse (c'est une image;-). Merci bonhomme hiver de ne pas nous avoir complètement oublié. Allez quelques photos pour se remettre dans l'ambiance.

neigeeve

neigeje2

neigewil

Tout le monde est bien à l’heure, on peut commencer par un petit apéro; goûter les vins présentés à la dégustation du week-end, avec un morceau des fromages qui seront utilisés pour la fondue

APERO

Savoie, Chignin 2005, G. Berlioz

Berlioz; le fou du village, pourquoi faire de la qualité et se dépenser physiquement sans compter dans les vignes alors que les touristes s’abreuvent sans y regarder des hectolitres les plus insipides, pourquoi? Par amour de la vigne et de la terre pardi! Une cuvée toute en fraîcheur, fleurs et fruits blancs, pointe de minéralité, très sec ; je sens qu’il est idéal pour la fondue aux fromages, on va vérifier bientôt.

Jura, Grusses 2004, Chardonnay, JF Ganevat

Je garde parfois des atouts dans ma manche;-) Cette cuvée de fanfan, n’a pas été présentée au marché de Noël. Les Grusses, c’est souvent la cuvée la plus opulente des chardonnay ouillés, c’est aussi le cas en 2004. Mais ce n’est pas tout, quel fruit (presqu’exotique), quelle minéralité ; Fanfan devient de plus en plus intouchable pour ses vins ouillés!

Jura, Arbois, Graviers 2003, S. Tissot

Fanfan intouchable? Tout le monde n’est pas d’accord et Stéphane Tissot probablement le premier. Et il joint le geste au goulot avec cette cuvée, souvent aussi la plus opulente de sa gamme, issue d’un terrain calcaire. En plus c’est un 2003, qui a particulièrement bien réussi au Jura, sans faire dans l’atypicité! Arômes assez différents du Grusses, moins sur les fruits jaunes, complexe, un peu d’élevage, moins acide aussi, millésime oblige, mais quelle longueur.

Savoie, Chignin-Bergeron 2004, Roussane, G. Berlioz

Repéré par Michel “ex-RVF” Bettane, mais nous l’avions goûté avant. Il commence à s’ouvrir et pourrait dépasser le magique 2002. Les arômes d’abricot et de pêche se développent, la minéralité se lâche.La rondeur et la matière sont là, bien balancée par l’acidité. Belle longueur, grand vin en devenir, mais patience!!!

Savoie, Harmonie 2005, Mondeuse, Charles Trosset & Fils

Un bijou exposé à tous au pied des montagnes d’Arbin, plein Sud! Un prof qui cultive sa vigne comme un jardin, sur des terres blanches à la pente vertigineuse; des vins de soie et d’arômes qui rappellent un peu une syrah délicate mais profonde. Le vin entre dans une phase un peu intermédiaire et il faut maintenant l’attendre une bonne année. Un délice à ne pas manquer, dernière bouteilles!

Jura, Savagnin Prestige 2000, oxydatif, JF Ganevat

Voici un représentant du Jura oxydatif pour la gastronomie, élevé 4 ans sous voile, soutenu par une acidité qui prolonge la finale. Pour une volaille au vin jaune, des tourtes aux morilles, une fondue au comté (tiens tiens), ou plus audacieux, des plats épicés; cardamome et galanga l’appellent à gorge déployée.

FONDUE

Nous goûterons deux fondues ; une Fondue Franc-Comtoise (Comté uniquement) et une Fondue Savoyarde (Abondance –Beaufort – Gruyere de Savoie). Le tout sera accompagné de salade de blé (mâche) et d’un peu de charcuterie. Et puis en guest star, le pain maison, au levain d’Anne ! Je vous donnerai bientôt la recette et ses vertus

painlevain

Les fromages (Comté, Abondance, Gruyère de Savoie, Beaufort) proviennent principalement de la Casière à Wavre. Ils sont d’un bon niveau, surtout l’abondance, dont j’aime le goût bien piquant. Bon niveau, sauf peut-être le gruyère de Savoie ; gras, presque beurré, je n’accroche pas trop, manque de goût. Le Comté vient en partie du marché de LLN, d’un fromager bio.

Voici la recette de la fondue

On a « comté » 3kg 600 de fromage pour 11, faites le compte, cela fait quand même plus de 300 grammes de fromage par personne.

Répartis dans 3 caquelons, 2 seront consacrés à la Savoyarde et le troisième à la Franc-Comtoise.

La recette est simple, vous frottez le caquelon avec la gousse d’ail, vous versez environ 3 verres de vin blanc (pour la fondue savoyarde du chasselas de chez Frick et pour celle au comté, un peu de chardonnay oxydatif du Clos des Grives et de savagnin prestige 2000 de Ganevat ont été utilisés) et la gousse d’ail en purée (on peut en mettre un peu plus si on veut…), portez à ébullition. On rajoute les fromages découpés en cubes et on touille en faisant de 8. On rajoute un verre d’alcool, ce sera de la mirabelle de chez Binner (ils ont leurs propres arbres fruitiers bio) pour la savoyarde et une Fine du Grand Père Léon de Jean François Ganevat pour celle au Comté. Un tour de moulin du super poivre de Tellichery (Inde) et c’est joué, on passe à table et on peut commencer les joutes viniques paire par paire.

Les Vins

fondue

J’ai goûté les vins principalement avec la fondue savoyarde aux 3 fromages, mes commentaires se limiteront donc à celle là.

Paire 1

Chignin, Jacquère, 2004, Domaine Berlioz

L’accord avec la fondue fonctionne parfaitement, c’est sec et frais, mais le gras du fromage reste bien onctueux en bouche, très classique mais très bon.

Mondeuse Blanche sur Lie, Vin de Pays d’Allobrogie, 2005, Claude Subtil

Le vin est légèrement pétillant, premier nez de poivre blanc et puis c’est la rhubarbe, en bouche également. Ce n’est pas très dense et c’est court, mais c’est très agréable et frais. Pour moi le vin assèche le fromage qui devient un peu grumeleux, mais d’autres apprécient sa légèreté.

Paire 2

Côte du Jura, Chardonnay oxydatif, 2002, Clos des Grives

Le nez de ce chardonnay n’est pas très causant, un peu d’amande fraîche et de noisette peut-être, une touche de frangipanne . Par contre la bouche est bien dense et superbement équilibrée. L’effet avec la fondue est imparable, tout en harmonie, le vin développe plus de fruit et est magnifié par le plat. Très bel accord.

Arbois, Les Graviers, Chardonnay Ouillé, 2003, A&M Tissot

Effet rebond avec la fondue, les arômes de fruits sont exacerbés, il s’opère une danse langoureuse en bouche entre le fromage et le vin, avec peut-être un sursaut d’alcool. Certains trouvent dans l’accord une certaine perte de fraîcheur et d’autres adorent.

Paire 3

Côte du Jura, Savagnin Privilege, ouillé, 2000, JF Ganevat

Le vin a été ouillé pendant trois ans et hésite entre deux mondes, l’oxydatif et l’exotique. Tout cela se développe en bouche en harmonie avec le fromage et sans excès. C’est magnifique, mon coup de cœur !

Côte du Jura, Savagnin Prestige, oxydatif, 2000, JF Ganevat

Le vin passe un peu au dessus de la fondue savoyarde, masi officie parfaitement sur celle au Comté. Classique mais bon !

Paire 4

Côte du Jura, Pinot noir, Poulsard, Trousseau, 2003, Clos des Grives

Quel nez !, Fruit, herbes aromatiques, confiture de vieux garçon, c’est de la soie en bouche, tout en finesse. Et sur la fondue, cela fonctionne, le fruit rouge cerise se trouvant revigoré. Une belle surprise.

Arbin, Harmonie, Mondeuse, 2005, Charles Trosset & Fils

J’adore ce vin, mais force m’est de reconnaître que l’accord ne me plait pas, les arômes s’entrechoquent, le vin paraît trop puissant pour le fromage, bof ! L’accord avec une Tome de Savoie et une tartiflette l’année passée était, lui, d’anthologie.

fonduetable

DESSERT

Glace au Matcha (et vanille bourbon)

La glace Matcha est maison, le matcha est le thé vert de cérémonie des japonais. C’est un thé d’ombre, dont les meilleures feuilles sont broyées lentement à basse température. Celui utilisé est Tsuki, moins cher que le Kotobuki, un peu plus tannique et qui est pafait comme ingrédient de cuisine ; mais il est aussi largement au dessus de beaucoup de matcha du commerce.Un peu de ma vanille bourbon de Madagascar est utilisée dans la recette. Vous trouverez tous ces ingrédients dans ma boutique;-)

Par contre la glace vanille était une bête glace achetée, désolé….

POUSSE

Macvin, Clos des grives

Le Macvin est superbe, sur l’abricot, la noix, le sous-bois et le tabac, bel équilibre de sucre, d’acidité, et d’alcool, rien de trop. Une belle gâterie pour terminer.

Cartagene

Un cadeau de Christophe Beau (domaine Beau-Thorey). C’est curieux, fruité, sucré et .. anisé, très anisé. Faut aimer l’anis… j’aime bien l’anis…

Marc du Jura de Fanfan Ganevat

Personne n’en a pris, c’est très bien, vous avez été raisonnables.

FINALE

Tisane Digestive Verveine - Badiane

Vraiment idéal pour terminer le repas, et surtout un repas aussi copieux que la fondue. Une petite poignée de verveine et une étoile de badiane, si on aime bien on peut en mettre deux. Le lendemain, j’étais frais comme une rose, et vous ?

Regardez bien, ils boivent de la tisane, pour certains c'était la première fois, une vraie odyssée aromatique;-)

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Voilà, grand merci à tous pour votre participation et à la prochaine…

La prochaine, c'est le 9 Mars à 20h. L'atelier c'est la Provence BB qui vous fera découvrir les meilleurs crus de Bandol et des Baux de Provence. A vous les Pibarnon, Trevallon, Pradeaux, Romanin, Milan et autres. Du bio, du pas bio, du nature, du moins nature, le tout à l'aveugle. A ne pas rater, il reste quelques places. Contactez moi par mail.

09:10 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

07/02/2007

1 OCTOBRE 2006: BALADE NATURE, CHAMPIGNON et ESCARGOT

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Voilà, je crois bien que ce fut une réussite, une forêt magnifique (on s'est même perdu, l'aventure quoi;-) des champignons (les bolets et les golmottes à la fête), des escargots, des recettes origniales et succulentes (2 Annes au fourneau), des vins plus qu'à la hauteur et puis surtout des participants super sympas (8 adultes et 7 enfants, mais on a géré;-)). C'est sûr, on va remettre cela au plus vite!

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Pour les absents qui ont, bien sûr, eu tort, voici le MENU

Menu 1er Octobre, Balade Nature, Champignons et Escargots

APERITIF

Tomate cerise dans son bain d’huile de noisette rencontre Monsieur Pavot et son Malabar

Odyssée de potimarron d’olives en jambon

La capucine s’en tapendade !

Ou courge, ou vais-je, on 100 patate, je suis grillé

Voir alliaire et restez lierre terrestre , tout un fromage

BELGIQUE « Vin d’épine noire »

ALSACE Cremant Sans Soufre « Hic Sine Sulfure Spuma » G. Schueller & fils

SANS ALCOOL, Hibiscus en verve et poivre long

LES TOASTS

Aux Golmottes, Bolets et clitos

ALSACE Pinot blanc 2004, G. Schueller & fils

LOIRE, Pineau d’Aunis, E. Heredia

LOIRE, Pétillant naturel, Chenin, L. Chatenay

LE VELOUTE

Petits gris nés à Pécrot, dégustés à Pécrot sur un lit d’herbes locales

ALSACE Pinot Gris d’Alsace, 2002, G.Schueller &fils

LES TOURTES

Aux champignons (on est bien d’accord, s’y en a !)

Aux herbes de nos jardins (surtout du mien, Onagre, Plantain, Ortie, Achillée)

Salade vraiment folle de roquette, capucine et pissenlit, vinaigre de grands vins

JURA, La Mailloche, 2003, Tissot Père et fils

BOURGOGNE, Chablis 2002 , La Boissoneuse

Du LANGUEDOC pour qui n’en veut !

LES DESSERTS

Glace à la poudre de Jade

Sorbet aux Poires

Voyage exotique en Potimarron

LOIRE, Rosé d’Anjou 2003, Mosse

LOIRE, Soleil de Chine 2003, St Nicolas

J'étais tellement pris par mon sujet que je n'ai pensé aux photos qu'en tout début et fin de journée, je les mettrai dès que possible.En vrac, un tout petit visuel de cette journée inoubliable. L'Onagre ou jambon du jardinier, il est un peu trop tôt pour récolter les racines un peu amères.

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Par contre les feuilles en tourtes, mélangées à l'achillée, aux orties, au lierre terrestre, l'alliaire et au plantain; c'était succulent!

Il faisait encore un peu sec, mais on a trouvé 1 girolle!

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Les chanterelles en tube c'était la semaine précédente

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mais nous avons réhabilité la qualité de la Golmotte (amanite rougissante), pas grand mais très bon!

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Fin de soirée, les quelques survivants terminent les tourtes aux nombreux bolets (bais, pieds rouges, ...),avec quelques bons vins du Languedoc

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21:17 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

28/01/2007

20 JUIN 2006 : Deux minutes, je tonds la pelouse et puis on mange!

Vous le savez (ou pas ;-), si j'adore les parfums lointains des grands thés du Fujian, des poivres rares ou des huiles essentielles, j'ai aussi un grand faible pour nos petites plantes plus trop sauvages. Et après l'ail des ours et ses amis le mois passé, j'enfonce le clou! Et oui, on l'a complètement oublié, mais nous foulons tous les jours des trésors de saveur et de santé. Au mieux on ne leur accorde même pas un regard, au pire on les traite de, et comme de mauvaises herbes. On les piétine, les arrache, les pulvérise, les extermine; on râle dessus, on s'acharne, on échafaude des plans machiavéliques pour les faire disparaître, à force de poisons bien plus violents que souhaités et puis beaucoup ne sont pas loin de les haïr.

Dommage, vraiment dommage car nous avons là d'une part quelques ingrédients qui permettent de repousser encore les limites de la gastronomie et d'autre part, des sources peu onéreuses de vitamines, minéraux, fibres, ... Pour les apprécier, pas besoin de casser sa tirelire et d'aller chez Marc Veyrat (quoique je ne refuserais pas l'invitation) juste un petit tour par Pécrot et ses ateliers de l'Odyssée des Arômes.

Le week-end passé, nous avions donc organisé, avec nos voisins, un de ces ateliers en version off, une sorte de répétition de ce qui vous attend pour les prochaines années. Et une invitée d'honneur pour nous aider à élargir encore nos connaissances; Nicole Collins, alias "Madame Nature". Ce petit bout de femme a un parcours très intéressant; c'est une vraie autodidacte, qui tire ses connaissances de son enfance pas toujours tendre et de ses rapports avec les gens, et souvent les petites gens. Une expérience considérable qui allie la reconnaissance des plantes sauvages, leurs propriétés médicinales et gastronomiques et enfin, une bonne dose d'humanité.

Nous avions lancé quelques invitations à des amis et connaissances susceptibles d'être intéressés par ce gendre de promenade nature et gustative, et force est de constater que la gent féminime est plus réceptive à ce concept que le sexe dit fort. J'étais en effet le seul "mâle" parmi la quinzaine de participants, dommage, mais je n'ai pas dit mon dernier mot! En attendant, je vous relate cette belle promenade.

Le soleil est de la partie et nous débutons par un tout d'horizon du jardin de Dominique (notre voisine) , et déjà cela regorge de portentiel gustatif; nous croquons les pétales de coquelicot (gôut subtil et agréable de noisette), nous repérons la livèche (un incontournable que tout jardinier nature se doit d'accueillir dans son jardin), nous préparons un sirop de fleurs de sauge et puis petite pause avant la vraie balade. On fait rapidement un petit tour de table de présentation et puis Nicole nous explique son parcours, truffé d'anecdotes, de conseils, de recettes. C'est dense, c'est touffu, détaillé, un peu long et parfois peu clair, mais la bougre a des connaissances, c'est sûr!

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On démarre la balade par l'Eglise Saint Antoine de Pécrot entourée de beaux tilleuls. On y cueille, au pied, quelques feuilles issues de jeunes pousses (photo ci-dessous). Si le goût est peu intéressant, la texture est surprenante, on machouille quelques secondes et puis la bouche devient agréablement grasse, presque visqueuse sous l'effet des mucilages si utiles pour notre bien-être intestinal, qui se libèrent dans la salive. Surprenant mais bon, il faudra, dans une salade, y incorporer d'autres feuilles un peu plus aromatiques (alliaire, lierre terrestre), et quelques gouttes de vinaigrettes et ce sera parfait.

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Cela tombe bien, l'alliaire pousse juste à côté, nous en faisons une petite provision tout en nous rappelant ce proverbe africain "la grenouille ne boit pas toute l'eau de la mare". Inutile de tout raser, juste ce qu'il faut de feuilles et même un peu moins. Nous remontons ensuite et longeons le cimetière. C'est désolant! Les bas côtés sont nus, régulièrement pulvérisés qu'ils sont (et à nos frais :-( par les ouvriers communaux.Nous rentrons dans le bois de Pécrot parsemé d'habitations, mais où la circulation est assez rare. Une découverte pour moi, la lampsanne, grande plante à petite fleurs jaunes; les jeunes feuilles possède une belle texture, on les utilise en salade, ou cuits comme des épinards ou en potages.

Un peu plus loin, le lierre terrestre, cela sent la lavande, les épices, ou tout simplement le lierre terrestre, tant ses arômes lui sont uniques; le top du biotope! Je l'ai utilisé récemment dans une bête salade de thon, quelle fraîcheur!

L'ortie que l'on trouve un peu plus loin mériterait que l'on s'y attarde longuement, tant ses propriétés sont nombreuses. Savez vous par exemple qu'elle contient des protéines et en fait donc un incontournable des menus végétariens? Je l'utilise de préférence avec des petit gris de mon jardin, récoltée au printemps, elle développe un parfum unique presque muscaté, génial!

Autre grande "mauvaise herbe", au propre comme au figuré, la berce . Egalement prisée par Marc Veyrat et je le comprends, c'est une de mes plantes préférées. On récolte principalement la jeune pousse centrale qui crue développe des arômes d'agrumes, de carotte et de noix de coco. Cuite à la vapeur, c'est le concombre complexe qui se manifeste.

Nous nous arrêtons un peu plus loin devant une étendue de feuilles panachées, vertes veinées de blanc, une vague ressemblance avec le lamier. Il s'agit probablement d'une plante ornementale couvrante qui s'est échappée d'un jardin. Elle couvre maintenant, toutes les bordures et on la retrouve même au sein du bois. Une mini catastrophe écologique, car elle ne tolère manifestement pas beaucoup de compagnie. Triste! Et apparemment, le désastre s'est fait en peu de temps, l'année passée elle n'était encore que peu répandue, et l'année prochaine?

Bon, faut pas se laisser abattre, on continue, tout le monde fouine, le nez dans les herbes à la recherche d'une nouvelle espèce! Les fleurs sont également de la partie, celles de sureau (photo ci-dessous) serviront à la réalisation d'un sirop pour les crèpes ou les limonades; celles de pâquerettes apporteront de la couleur et leur petit goût particulier à la salade.

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Nous ne sommes pas encore au bout de nos trouvailles, car voici mon coup de coeur de la journée; l'épiaire des bois (photo ci-dessous). Amusant, car elle est plutôt réputée pour sa mauvaise odeur, on la surnomme même l'ortie puante ;-). Il ne me serait donc pas venu à l'idée de la cuisiner, mais le potage réalisé par Nicole était simplement fantastique et a séduit tout le monde, par ses parfums complexes rappelant le champignon et les herbes aromatiques fraîches.

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Nous récoltons aussi un autre incontournable, le pissenlit, en choisissant, à l'ombre, les feuilles les plus tendres. Mais ce n'est pas fini, de petites feuilles tapissent le sol dans un endroit un peu reculé; c'est la cardamine hirsute dont quelques plants s'élèvent au dessus des herbes (photo ci-dessous).

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Mais le temps passe et il est déjà l'heure de rentrer, et de préparer le repas avec toutes ces petites merveilles.

Tout le monde s'active à ses petites préparations, du beurre d'orties pour tartiner les toasts, deux salades; une croquante à base de feuilles de pissenlits et vinaigre balsamique et l'autre grasse à base de feuilles de tilleul, alliaire, lierre terrestre et fleurs de pâquerettes; et puis les fameuses falafelles de haricots rouges, de berce et autres plantes sauvages en version nature ou épicée (une superbe base pour s'amuser avec les épices et les poivres). On se régale!

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Vient ensuite le fameux potage d'épiaire des bois (j'en ai refais depuis, c'est toujours méga top slurp!) et pour terminer les crêpes au sirop de sureau. Et le vin me direz vous? Un bon Côte de Jura rouge 2003 de Claude Charbonnier, tout en fruit des bois, légèrement rafraîchi, pour se ... rafraîchir; et puis l'accord parfait des falafelles et des salades avec le pineau d'Aunis d'Emile Héredia (Domaine Montrieux 2004). Avec ses arômes de poivre long et d'herbes aromatiques, il jouait un cache-cache aromatique passionnant.Nous terminerons par une courte balade digestive dans mon jardin, pour permettre aux participants d'identifier d'autres plantes telles que l'angélique, la carotte sauvage, la tanaisie, la molène, la benoîte urbaine, l'achillée millefeuille, le plantain lancéolé, la campanule raiponce, la chélidoine et bien d'autres encore.Cette journée fut un pur moment de bonheur gustatif partagé et de rencontres; merci Nicole!

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10:50 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

6 JUIN 2006 : Allium ursinum, Urtica dioica, Tropaeolum majus, Taraxacum officinale, Plantago major et consorts!

Je lisais dans le dernier numéro de Terre sauvage (très belle revue!), une interview de François Couplan, spécialiste en botanique alimentaire. Il semblerait que la proportion de plantes inclues en alimentation humaine soit en diminution constante, parfois même dans des régions qui soufrent de famine. De mémoire il y aurait près de 30 000 espèces comestibles et seulement un infime pourcentage serait effectivement consommé.

Evidemment toutes ne sont peut-être pas bonnes gustativement. Probable, mais de là à passer à côté de l'Ail des Ours, de l'Ortie, de la Capucine, du Pissenlit ou du Plantain (oui oui, ce sont les invités printanniers de blog;-), il y a une marge que l'Odyssée des Arômes ne peut et ne veut franchir! Au contraire, originales, goûteuses, économiques, gorgées de bienfaits pour la santé, on compte bien les remettre au goût du jour.

Et cet article tombe bien, car ce début de printemps pourri fut pour nous l'occasion d'au moins profiter un peu de notre jardin bio en consommant les petites feuilles tendres qu'il nous proposait.

Pour la peine, je vous ai concocté un petit menu original (mais bon) à base de ces ingrédients on ne peut plus naturels et puis comme un plaisir de vient jamais seul, des accords mets/vins parfaits

Des petites Tomates cerises farcies au macérat d'Herbes des prés (Plantain, Capucine, Roquette, ...) et d'huile de Noisette

Le Crémant médaillé d'or de Vincent Stoeffler (Alsace)

Les herbes sont broyées et macérées pendant minimum 24h au frigo dans l'huile de noisette avec quelques pignons écrasés. Les petites tomates sont évidées et farcies avec le macérat.

Velouté d'Orties aux Petits Gris (également pensionnaires du jardin bio de l'Odyssée ;-)

Les Grusses 2002, Chardonnay ouillé, Côte du Jura blanc de Jean François Ganevat

On ne peut plus facile, les orties sont cueillies loin de tout compost (c'est une plante nitrophile, donc vaut mieux éviter l'excès de nitrates). Les meilleures feuilles développent un parfum intense évoquant la fleur de sureau. Les escargots, je les récolte 1 ou 2 fois par an seulement, pour ne pas entraver leur développement. Si je les fais jeûner, je ne les fais pas dégorger, inutile et un peu barbare non?

Chèvre et Pissenlit en salade tiède

Les Clous 2004 du domaine St-Nicolas (Fiefs vendéens)

Les feuilles de pissenlit, les plus tendres bien sûr, ou si vous préméditez votre acte, vous couvrez une belle rosette pendant 1 bonne semaine pour la blanchir. Les feuilles doivent être grossièrement hachées et puis vous pouvez ajouter tout végétal comestible de votre jardin (évitez quand même les tontes de gazon ;-). Même pas besoin la vinaigrette, juste un trait de vinaigre balsamique et une bonne louche d'huile de noix!

Hachis Parmentier à l'Ail des Ours

En Barberon 2002, Arbois de Stéphane Tissot (Jura)

L'ail des ours, il commence tout doucement à se plaire dans mon jardin, mais celui utilisé nous a été ramené des forêts françaises par notre voisin (attention, ne jamais tout cueillir et ne jamais complètement déplumer une plante!). Le gratin a été préparé par Anne et la recette est succulente, mais simple : de bons ingrédients; c'est à dire de la bonne viande et des bonnes pommes de terre, l'ai des ours fait le reste! (Et avec le reste de l'ail des ours, un délicieux potage le lendemain)

L'Agneau Pascal du Pape (gigot parfumé aux herbes et monnaie du pape)

L'Anjou rouge 2004 de René Mosse

La monnaie du pape, les fleurs sont jolies, les fruits (ces petites pièces de monnaie rondes qui lui donne aussi le nom de lunaire) sont bons (entre le haricot et le pois avec une délicate amertume), et puis ils sont encore décoratifs séchés et, non négliigeable, la plante n'est jamais malade. S'il fallait encore vous convaincre d'en semer chez vous, elle se resème tout seule et c'est un des repaires préférés de mes petits gris!

Beignets d'Acacia

Le Gewurztraminer Kaefferfopf 2004 de Jean Schaetzel

Un grand classique, mais ne faites pas confiance à l'aspect pour les récolter, ne tardez pas. Moi je les ai ratés (fleurs déjà légèrement sèches) alors que les arbres étaient encore resplendissants (photo). Ce n'est pas grave, au moins cette année je n'ai pas loupé mes jets de houblon!

Bon, ceci n'était qu'une répétition privée! Pour découvrir tout cela "in vivo", faudra venir à mon atelier, l'année prochaine!

10:18 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

6 MAI 2006 : PINOT NOIR 2003, Tharoul pour tous!

2003, millésime de la canicule, encensé, voire carrément légendaire pour certains critiques, décriés par d'autres pour manque de typicité et de fraîcheur, mais exceptionnel pour tous. L'envie était grande pour une petite dizaine d'irréductibles d'en découdre avec ce millésime. Une occasion unique aussi de comparer le pinot noir jeune dans différentes régions de France (surtout) et d’ailleurs (un peu).

Nous voilà donc réunis tout début d'après midi dans le petit village de Tharoul, sous un soleil radieux. A noter, le groupe est composé de quelques uns des meilleurs dégustateurs belges et suisse de ... bière ;-)

Le casting était de choix si on s’en réfère au guide vert de la RVF (ex Bettane et Desseauve) ; Les notes sur 10 proviennent du guide 2006, les étoiles aussi.La plupart des vignerons sont sélectionnés dans le classement 2006 RVF (de 0 à 3 ***):

Bourgogne

Confuron Cotetidot **

Sylvie Esmonin **

Chantal Lescure *

JM Pillot *

F. Lumpp*

Olivier Guyot

Claude Marechal

Jura

A&M Tissot *

JF Ganevat

Alsace

P. Frick

C. Binner

Loire

St Nicolas *

L’ Abbaye du Petit Quincy est sélectionnée dans les guides Bourgogne Aujourd’hui, Fleurus, .. mais c'est surtout mon coup de coeur des Grands Jours de Bourgogne

Un petit tour sur internet me confirme que Fontannaz et Magliacco sont présentés comme des valeurs sûres de Suisse

Les vins sont dégustés par paire ou triplette; les séries sont homogénes au niveau du prix. Les dégustateurs se relaient pour préparer chacun 1 ou 2 séries à l'aveugle. Les vins sont carafés juste avant la dégustation

Série 1 : Mise en bouche

Bourgogne Epineuil, Côte de Grisey, Domaine de l’Abbaye du Petit Quincy

Nez intense de groseilles et peut-être de rafle. Très beau fruit en bouche, beaucoup de fraîcheur, pointe de minéralité, tannins puissants qui demandent à s’assouplir. C’est déjà assez complexe, mais très très jeune, on pense au Jura

Bourgogne Pinot noir, Olivier Guyot

La frange est légèrement évoluée. Nez classique de pinot bourguignon, Quelques notes de cuir, léger boisé bien intégré, bonne suavité ; prêt à boire.

Deux styles très différents mais qui trouvent tout 2 leurs amateurs. Très bon avec fromages et saucisson.

Série 2 : France contre le reste du monde (et Angleterre-Suisse ;-)

Vin de Pays des Côteaux de Verdon, Domaine de Valmoissine, Louis Latour

Robe claire et clairement évoluée. Nez floral (jasmin) et fruité (framboise, fraise), pas désagréable du tout. Bouche lisse, gourmande, se laisse boire maintenant.Kentish Regional Wine, Sandhurst, UK

Robe noire, nez intense de bois, noix de coco, vanille, notes de vernis également. On le situe aisément hors France ; Andy le situe immédiatement en UK, quel talent !. Le nez évolue ensuite clairement sur le cognac. La bouche est polluée par l’excès de bois, c’est tout simplement Inbevable…;-)

Pinot Noir de Vetroz, AOC Valais, A. Fontannaz

Robe encore un peu plus foncée, nez intense d’agrumes, citronnelle, verveine citron. Original au début, il lasse rapidement, l’impression citronnée évoluant vers les produits de nettoyages (Vim, savon), voire sanitaires (cube urinoir). La bouche est simple et présente peu d’intérêt.

Il y a unanimité pour le premier qui est franchement agréable à boire. Angleterre-Suisse ; match nul, très nul ;-)!

Série 3 : 3 pinot, 3 origines

Marsannay, Les Favières, Olivier Guyot

Robe rubis clair, nez très pur de cerise mûre. Plus charnu en bouche que les précédents. Bel équilibre. Stéphane le trouve trop simple, Philippe l’aime beaucoup ; inutile de dire que moi aussi.

Pinot Noir Julien Ganevat Vieilles Vignes, Côte du Jura, Domaine Ganevat. (RVF: 8/10)

Le nez un peu réduit masque le fruit et perturbe les dégustateurs. Beau fruité en bouche, grande minéralité ; mais acidité puissante qui fait grincer les dents de Jérôme qui reconnaît le Jura. Un vin dans une phase très austère, à oublier en cave

Pinot Noir de Chamoson, D. Magliacco, Suisse

Robe plus intense, nez un peu dominé par le boisé à ce stade. Bouche intéressante, très fondue et pourvue d’une belle concentration. Serait déjà agréable à boire maintenant si le boisé était moins appuyé, mais l’honneur des petits suisses est sauf !Les suffrages s’équilibrent bien entre le Marsannay et le Chamoson. Mais un irréductible apprécie beaucoup la minéralité du Jura ;-)

Série 4 : 3 pinot, 3 origines (bis)

Pinot Noir Strangenberg, Alsace, Domaine Frick

Belle robe sombre, nez puissant de cuir, notes animales masquant un peu le fruit. Parfums complexe qui évolue bien à l’aération, violette, mûre. Encore beaucoup de tannins en bouche, mais belle chair de raisin, goût de sang et d’encre. A carafer impérativement 1 ou 2 heures, superbe pour un Alsace nous dit Stéphane.Petite Marole, Givry, F. Lumpp (RVF: 8/10)

Robe moins intense, Nez plus classique, notes florales et boisées. Densité moyenne mais bel équilibre. Belle suavité en bouche sur un corps moyen. Le nez évolue vers le pruneau ou l’abricot sec à l’aération mais quelques notes végétales apparaissent également. Très bien à boire maintenant.

Cuvée Jacques, Fiefs vendéens, Domaine St Nicolas (RVF: 8/10)

Robe sombre, nez puissant de cerise et de banane mûre, légère pointe volatile rafraîchissante. Très belle matière et longueur, corpulente, très mûre ; on le situe sans hésiter en Bourgogne, mais ce n’est qu’un VDQS de Loire ; -). Une belle surprise pour ceux qui ne connaissaient pas et ceux qui connaissaient n’ont pas reconnu (vous suivez ?). Il recueille toutes les préférences pour boire d’ici quelques années.Très belle série, on s ‘accorde à dire que l’on est monté d’un cran ; des bouteilles de dimanche selon Stéphane !

Série 5 : Les canons du Maréchal, Beaune, Beaune, Beaune

Santenay, Les Champs Claude, J-M. Pillot (RVF: 8/10)

Robe rubis foncé, nez typiquement bourguignon de cerise mûre soutenu par un boisé correctement intégré. Assez tannique, mais relativement charnu en bouche. Petit déficit d’acidité et longueur correcte. C’est pas mal, mais on redescend d’un cran par rapport à la série précédente.

Savigny les Beaune Vieilles Vignes, Claude Maréchal (RVF: 7,5/10)

Robe rubis sombre, on commence à s’habituer. Nez opulent de fruits noirs (mûre), peut-être trop flatteur, mais qui déteste être flatté ? ;-) Bouche suave, mais peu acide. Très bon vin à boire maintenant, préférence unanime pour ce vin dans cette série.

Volnay, Claude Maréchal (RVF: 7,5/10)

Nez de cerise mais voilé par des notes grossières de caramel et de vanille. Là ce n’est plus flatteur, c’est racoleur et cela ne plait apparemment pas à grand monde. La matière est là, mais la bouche est encore moins acide et l’alcool ressort trop en finale. Le 2003 dans tous ses défauts ! Enfin, il recueille quand même un demi suffrage…

Série inférieure à la précédente nettement dominée par le Savigny !

Petite pause, une balade dans la campagne et les bois de Tharoul a vite fait de nous revirginiser pour la suite qui s'annonce d'un niveau particulièrement élevé!

Série 6 : Nuit – Beaune - Pirate

Pommard la Chanière, Claude Maréchal (RVF: 8/10)

Nez assez boisé, presque brûlé et notes dominantes de caramel, de fruit confit. Pas génial. La bouche est à l’avenant, très douce, trop douce, lisse, sans structure (pas de tannins et pas d’acidité). A l’aération le nez ne s’améliore pas puisque des notes végétales apparaissent rappelant pour Philippe le céleri. Déception.

En Barberon ST, Arbois, André et Mireille Tissot (RVF: 9,5/10)

Robe très sombre, nez très animal, serait-on encore devant un vin sans soufre de chez TGW? ;-)L’attaque en bouche est puissante mais très fraîche, dotée d’une belle acidité. Les tannins sont un peu rustiques en dégustation pure, mais devraient se fondre. Le nez évolue bien à l’aération, réglisse pour Philippe, écorce d’orange pour Andy ou Jérôme, je ne sais plus ; floral pour Laurent et pointe végétale pour Stéphane. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’on s’accorde au moins sur la complexité !

Nuit St Georges Les Damodes, Chantal Lescure (RVF: 8/10)

Robe sombre, tiens tiens ! Nez intense de myrtille, de cacao, de graphite. Attaque charnue, beaucoup de pulpe, belle mâche et acidité correcte. Le vin est également structuré par des tannins poudreux pas asséchant du tout. Déjà très bon maintenant, il est parti pour une longue garde.

Le NSG recueille tous les suffrages même si le Jura est très apprécié par certains et ne dénote pas du tout parmi ces vins de plus grande réputation. Troisième vin avec peu ou pas de soufre et troisième nez qui doit attendre une aération pour se révéler.

Série 7 : Côtes de Nuits versus Vin naturel venu d’ailleurs

Nuit St Georges Confuron Cotetidot (RVF: 8/10)

Robe relativement claire, c’est curieux. Peu d’arômes, à peine un peu de fleurs. A l’aération, c’est un peu d’acidité volatile qui se détache. En bouche c’est sympa, mais pas édifiant, un vin qu’il faudrait attendre, mais qui manque quand même de structure.

Cuvée Excellence, Alsace, Christian et Audrey Binner

Retour à une robe plus 2003, nez intense de cerise fraîche, de pomme (acetaldehyde). A l’aération, ce sont des fruits plus mûrs qui apparaissent (fraise) et des épices. Très complexe. La bouche est d’un superbe équilibre et incite à boire. Longue finale complexe. Un coup de cœur pour beaucoup et une révélation quand on dévoile l’étiquette ; c’est un Alsace !

Gevrey Chambertin Vieilles Vignes, Sylvie Esmonin (RVF: 8,5/10)

Nez de vanille, de cire, de beurre gras (c’est sérieux, à ne pas confondre avec du beurre allégé type « balade » ou autre… ;-). Très alcooleux en bouche et peu acide, tout le monde passe à côté. Grosse déception, à revoir, mais nous ne sommes quand même pas d’aussi mauvais dégustateurs!

L’Alsace qui domine deux pointures (2 x 2 étoiles dans le guide vert !) de la côte de Nuits, c’est tout à fait inattendu. Ne serais-je plus le seul à adorer les vins naturels, est-ce parce que 2003 le permet ? On se met à rêver d’une revanche avec les mêmes en 2004 ou en 2005, où les écarts risquent à nouveau de se resserrer. Passionnant ! À noter aussi l’excellent ragoût aux aubergines de Philippe.

09:56 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

27/01/2007

21 AVRIL 2006 : Domaine MILAN, Un Iconoclaste sous le soleil, Exactement!

Ce vendredi 21, l’événement principal c’était évidemment l’anniversaire de mon fils William (8 ans, et que du bonheur !). Anniversaire égaillé par l’arrivée encore plus « grains nobles » que tardive de températures printanières, et celle d’un soleil enfin radieux ... mais envahissant la pièce et m’obligeant à relaver tous les verres 1/4 h avant la dégustation (ah ces petites traces de calcaire, on les préfère dans le sous-sol du clos Milan). Mais ce vendredi, c’était aussi cette dégustation d’un domaine trop peu connu en Belgique, que plusieurs courageux, de ceux qui ont les papilles bien écartées, auront pris le temps de découvrir en se déplaçant dans ce petit bled perdu de Pécrot. Et oui, l’événement, ce vendredi, se déroulait à Pécrot et non pas au Parc Astrid !

Je ne connaissais gustativement que peu ce domaine. En fait, j’en avais dégusté une cuvée qui m’avait beaucoup séduite. Et puis après quelques recherches, des commentaires élogieux du guide Fleurus et de certains dégustateurs de LPV m’en confirmèrent l’intérêt et me poussèrent à investiguer ce domaine. Très bon contact avec Henri dès le premier coup de fil, et à chaque fois, une passion qui transpire ; quelques heures avant la dégustation, il me détaillait encore les caractéristiques de ses crus.

Pas beaucoup de théorie, mais je commence quand même par une petite présentation de l’appellation Baux de Provence. Environ 70 % des vignerons sont en bio, il était même question d’inscrire dans le décret d’AOC la culture biologique. Hélas, 1 domaine, sur les 14 qui la compose, aurait bloqué l’initiative; dommage! (j’ai son nom ; inscrit en gras sur ma liste noire ;;;;-). Non, sans rire, les prétextes avancés (du genre « et si le phylloxéra revient, que fera-t-on? ») sont ridicules.

Voilà, tout le monde est arrivé, on peut lancer la machine dont le principe est maintenant bien rodé. On procède par paire, en 3/4 aveugle (en gros, c’est moins que du tout aveugle, mais c’est plus que du semi-aveugle ;-). Pour certaines paires, nous comparons des millésimes du même cru, pour d’autres, le domaine Milan sera mis en "compétition" avec ses pairs, nous sommes joueurs !

Tous les vins ont été épaulés 1 à 2 heures avant, et les rouges sont carafés une petite demi-heure.

milanbout1

Série 1: MISE EN BOUCHE : BLANCS

- Ma Terre Blanc 2003, Chardonnay, Muscat petit grain, Vin de pays des portes de la Méditerranée , Domaine Milan

- PIRATE 1: Blanc de Blanc 2004, Ugni, Grenache, Rolle, Sauvignon, Côteaux d’Aix en ProvenceDomaine Terres Blanches

- PIRATE 2 : Blanc 2004, Côtes de Provence, Château du Thouar

Le premier vin ouvert est le pirate N°1, un Terres Blanches « blanc de blanc » 2004. Pour dégager l’épaule du vin, moi je pratique l’épaulé-goûté. Un sport qui nécessite une certaine adresse mais dans lequel j’ai, en toute modestie, un certain talent. Le premier nez me rappelle le sauvignon, pas mal, mais très vite le spectre du TCA se manifeste. On doit se situer ici au niveau de la dizaine de ppt, mais ce vin est légèrement bouchonné, voilé, définitivement gâché. Tant pis, on est joueur je vous dis; je vais le garder dans la sélection. Par honnêteté pour mes hôtes, je prépare quand même un second « chalengeur ». Ce sera le blanc 2004 du domaine de Thouar, un vin très gras relativement bien apprécié par l’assemblée, mais manquant à mon avis de caractère et de longueur. A sa décharge, il n’est pas très cher non plus. Peu sont ceux qui reconnaissent le Terres Blanches comme bouchonné sauf Anne bien sûr dont le threshold pour ce défaut doit se situer au ppq! Un vin qui n’aurait pas manqué d’intérêt je crois sans cela, mais les deux sont écrasés par le vin d’Henri Milan, Ma Terre 2003. Et pourtant, on est dans la même gamme de prix, pas de traîtrise;-).

Le "Ma Terre 2003" est un assemblage assez original de 80 % de Chardonnay et 20% Muscat petit grain. Henri est un novateur et un expérimentateur, ce premier exemple le démontre déjà ! Après un nez superbe, sur la mandarine très mûre, presque confite, Marc nous dit «mais ce vin a du tannin!! » Tout à fait ! Nous sommes en 2003, millésime de la canicule et manque d’acidité généralisé, déjà dans le Nord, alors en Provence, on imagine aisément. Alors, pour donner un peu de structure à son vin, Henri Milan a décidé de le vinifier en rouge ce qui lui donne une assise tannique très originale, mais qui se fond admirablement bien dans la grosse matière. Évidemment, ce n’est pas un vin d’apéro, mais un vin de viande blanche, de volaille, préparées aux épices par exemple. Un coup de coeur pour quelques-uns (Terrible!! Comme dirait Marc) et également pour moi.

Série 2 : Le GRAND BLANC

- Le Grand Blanc 2003, Rolle, Grenache blanc, vin de table, Tuilière Vieille, Domaine Milan

- Le Grand Blanc 2002, Rolle, Grenache blanc, Roussane (30%), AOC Coteaux d’Aix en Provence, Tuilière Vieille, Domaine Milan

Le nom du vin serait-il présomptueux, nous allons bien sûr le vérifier. Le 2003 est déclassé en vin de table en raison de la présence de Roussanne qui n’est pas admise dans l’encépagement de l’appellation. Étonnant alors qu’elle est beaucoup plus qualitative que la Marsanne qui, elle, est autorisée…

Le 2002 souffre d’une réduction assez importante (Henri Milan m'avait prévenu) qui n’a pas disparu au rapide carafage. Elle s’atténue nettement dans le verre et dévoile alors des arômes intenses de chèvrefeuille ou de jasmin. La bouche est nette, droite et possède une belle longueur, l’acidité est remarquable pour un vin du Sud. J’aime beaucoup, mais certains ont du mal à apprécier le vin en raison de cette réduction, dommage. Nettement meilleur le lendemain.

Le 2003 fait par contre l’unanimité malgré son originalité et la présence rafraîchissante d’une légère note volatile. On y retrouve au nez des notes florales, de la cire d’abeille, un peu de vanille. Et puis on enchaîne sur une bouche puissante, très grasse, peut-être enrobée de quelques grammes de sucres résiduels, mais Dieu que c’est bon ; un grand blanc et aussi un super rapport qualité prix.

Série 3 : LES ROSES

- Ma Terre, Rosé 2004, Grenache 80%, Syrah 20%,Vin de pays des bouches du Rhône , Domaien Milan

- Rosé 2002, Grenache dominant, Cinsault, , AOC les Baux de Provence, Tuilière Vieille, Domaine Milan

Les rosés ont une réputation malheureuse, mais souvent bien méritée. J’étais curieux de voir si le domaine Henri Milan était capable de rehausser un peu leur réputation comme y arrive à mon avis Romanin, mais surtout le Bandol de Saint Anne. Ma terre 2004 est un vin de grenache avec une pointe de syrah et libère des arômes puissants de groseille, de framboise supportés par un peu de banane. La bouche est fraîche et le vin possède une belle mâche, un rosé d’apéro saucisson ou de cuisine provencale ; c’est le moment de sortir le pain frais et la tapenade maison, ce que nous ne tardons pas à faire! Très sympa avec ce vin !

Le Tuilière vieille 2002 est un rosé moins exubérant ; légèrement perlant, plus en finesse, peut-être plus en longueur. Peu aromatique (rose séchée, fraise et léger boisé), il manque un peu de caractère et de vivacité après le vin précédent. A revoir dans un millésime plus favorable, les derniers millésimes seront fait de grenache pur, et Henri semble en être fier ; on redégustera.

Série 4 : La TUILIERE VIEILLE

-2002 AOC les Baux de Provence, Syrah (35%) Grenache (50%), Cabernet Sauvignon (25%), La Tuilière Vieille , Domaine Milan

-2001 AOC les Baux de Provence, Syrah (35%) Grenache (50%), Cabernet Sauvignon (25%), La Tuilière Vieille , Domaine Milan

Le 2002 est très agréable, souple, aromatique sur la violette et le fruit noir, pas très long, mais bon ! Avec le 2001, on monte nettement d’un cran, très suave (genre pipi de Jésus en culotte de velours) sur des arômes de fruits mûrs (cerise), violette, léger cuir. Très équilibré et avec encore du potentiel. Avis unanime et excellent rapport Q/P de surcroît.

Série 5 : MA TERRE rouge

- Ma Terre Rouge 2004, Grenache 80, Merlot 20, Vin de pays des bouches du Rhône , Domaine Milan

- Ma Terre Rouge 1999, Grenache dominant, Vin de pays des bouches du Rhône , Domaine Milan

J’ai placé cette série derrière la Tuilière en raison de la présence du 1999 ; j’ai bien fait, mais c’est le 2004 qui a un peu souffert de la succession. Il dévoile des arômes de pommes mûres et possède une bonne mâche. C’est un vin qui est encore un peu rustique actuellement, mais on sent le potentiel. Ce sera un très bon vin plus que sympa de viande grillée. Le 1999 est une belle surprise, son nez est fabuleux, très complexe, sur l’écorce d’orange, la cerise et la violette. Beaucoup de finesse en bouche et un coup de cœur pour plusieurs d’entre nous.

Avant d’attaquer le Clos Milan, il est bon de faire une seconde pause gastronomique et Anne nous dévoile son talent grâce à ses « Lasagnes de crêpes à la Provençale ». C’est délicieux, je vous donnerai la recette bientôt.

Série 6-7-8 : CLOS MILAN

- Clos Milan 2002 , Grenache 80%, Syrah 20%, AOC les Baux-de-Provence, Domaine Milan

- PIRATE 3 : Terres Blanches 2002, Grenache, syrah, cinsault, counoise, cabernet-sauvignon, mourvèdre, AOC les Baux-de-Provence , Domaine Terres Blanches

Le Clos Milan 2002 propose un nez séducteur immédiat, floral sur l’œillet et la violette et puis fruité sur la cerise bien mûre. On y retrouve une grande finesse en bouche et une très belle longueur pour le millésime. A ce stade, tout le monde reconnaît déjà la patte du domaine, c'est génial. Le nez du Terres Blanches 2002 est beaucoup plus fermé, dévoilant des notes timides de camphre et de fruits noirs. La bouche est à l’avenant, un peu simple ; il est simplement écrasé par le clos, d’une finesse incroyable.

- 2000 Duo Milan, Grenache 80%, Syrah 20%, AOC les Baux-de-Provence, Domaine Milan

- PIRATE 4 : Cuvée Bérengère, Mourvèdre, AOC les Baux-de-Provence, Domaine Terres Blanches

Duo Milan 2000 est une sélection du clos qui est vinifiée en fût de chêne, mais cela est déjà complètement intégré. Par contre, le nez rappelle un peu les embruns, les algues et pour certains, la choucroute ! La bouche par contre met tout le monde d’accord, sur la cerise bien mûre, quelques notes florales et puis suave, gourmande, on se régale. Un carafage plus long aurait été nécessaire pour évacuer le premier nez un peu dérangeant. La cuvée Bérengère présente un nez plus austère et plus simple, un peu de raisin sec et de truffe, des notes d'encre ou de fer en bouche, il y a du potentiel, on y retrouve le mourvèdre, mais il a très difficile à soutenir la comparaison de la sensualité du clos.On me demande de comparer les deux Clos Milan (2002-2000) entre eux, je m’exécute. La différence se fait surtout en bouche, où le 2002 ne peut rivaliser avec la profondeur et la concentration du 2000, typicité du millésime oblige. Les arômes de choucroute ont entre-temps complètement disparu et le vin dévoile maintenant un beau nez épicé légèrement cacaoté, coup de cœur général ou presque.

Avant d’attaquer la dernière paire, nous nous recueillons devant le « Tian de courgettes et kamut » concocté par Anne. Un autre régal, une autre recette bientôt disponible!

- 2001 Clos Milan, Grenache 80%, Syrah 20%, AOC les Baux-de-Provence, Domaine Milan

- PIRATE 5 : Château Romanin 2001, Grenache, Syrah, Mourvèdre, Cabernet-Sauvignon, AOC les Baux-de-Provence, Domaine Romanin

Le nez du Clos Milan 2001 est reconnaissable entre tous, par sa finesse, la présence d’arômes de cerise mûre qui rappelle les meilleurs pinots et, il est vrai, un peu le château Rayas. On y distingue également de beaux parfums de pain d’épices, un nez très complexe. Le Château Romanin 2001 est beaucoup plus porté vers les arômes chocolatés, fruits noirs et herbes aromatiques.

En bouche, le Clos est très fin et tout en longueur. Romanin n’est pas dénué de finesse, mais plus carré, plus en largeur. Les deux sont excellents, mais manifestement la finesse du Clos Milan recueille un peu plus de suffrages.

Quand j’avais expliqué le principe des paires à Henri Milan, il m’avait répondu en clin d’œil, je ne crains rien ! Il avait manifestement raison. Pour les absents, amateurs de football, fan d’Anderlecht ou du Standard, je n’aurai qu’un message, ce vendredi, c’était encore Milan le plus fort !

Mais je n'ai pas fini avec les comparaisons oiseuses entre notre soirée et le foot. Pour fêter cette victoire de Milan, Marc propose comme troisième mi-temps d’offrir une bouteille de sa cave virtuelle qu’il possède chez moi (un peu comme Albert Frère qui a une cave personnelle dans ses meilleurs restaurants). Ce sera un Casot des Mailloles blanc 2003 ! Issu de grenaches, la robe est très dorée, étincelante, impressionnante dans le verre. Le nez est très appétissant, sur des arômes intenses de miel, d’abricot et d’épices. La bouche voluptueuse mais sèche met tout le monde d’accord, c’est simplement génial et impeccable pour terminer la soirée. Merci Marc!

16:41 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

26/01/2007

MARS 2006: Méandres et Terroirs des "Riesling Grand Cru" d'Alsace

Malgré l'invitation tardive, vous étiez 8 à participer à ce premier "Atelier de l'Odyssée" concentré sur la diversité des Grands crus d'Alsace et principalement des Riesling. Première dégustation d'un vaste programme qui nous verra naviguer vers toutes les régions viticoles de France et d'ailleurs mais aussi aborder les côtes passionnantes de la diversité des arômes et des saveurs par le biais de préparations à base de thés, d'huiles et d'épices

Mise en bouche

* Mer et coquillages 2004, Riesling, Pinot gris et sylvaner, Julien Meyer

Pour se mettre les papilles sur cale, un vin sec où le pinot gris domine au nez, léger fumé et le riesling en bouche. C’est bon, rafraîchissant, un vin de soif. Peu de commentaires toutefois, manifestement les participants ne sont pas venus pour boire mais pour déguster les grands crus !

les deux séries de Riesling Grand Cru sont servies à l'aveugle par couple de 2 vins

Riesling Grand Cru 2001

Couple 1

** Pirate : Pinot blanc vieilles vignes, Martin Schaetzel

Robe dorée, premier nez sur la truffe ; ensuite les fruits blancs mûrs (pêche) s’imposent. La bouche est étoffée, c’est assez rond, la finale courte est sur une minéralité plaisante. Le pirate est reconnu de suite, bon mais pas au niveau d’un grand cru ; et on le situe plutôt en Loire (chenin) qu’en Alsace, une belle surprise !

Grand Cru Pfersigberg sans soufre, non filtré, 2001 (Terroir calcaro-gréseux), Gérard Schueller & Fils

Dégusté à l’aveugle, il ne faut pas être grand clerc pour identifier que le vin est non filtré et sans soufre. La robe est opalescente, dorée et s’assombrira au cours de la dégustation. Le premier nez sur la pomme blette est un peu caricatural. On y distingue aussi des notes grillées, de thé, tisane ou de café selon les dégustateurs. A l’aération, des agrumes confits et des épices apparaissent. L’attaque est perlante ce qui gêne un peu certains dégustateurs (moi ;-). Une bouteille jumelle, dégustée chez Luc il y a quelques semaines, mais vinifiée plus traditionnellement présentait un peu de sucres résiduels. Le perlant est donc peut-être dû à un regain de fermentation. Ce n’est pas grave, mais un carafage aurait dû s’imposer. Si le nez était controversé dans son appréciation, il en est de même pour la bouche, pas par les mêmes dégustateurs, amusant! Si certains lui reconnaissent une acidité fine, nette et très intéressante, d’autres la trouvent trop verte (acide malique ?). Le vin, sec, a une belle longueur et une belle matière et la finale est à l’avenant. Mais il est loin de plaire à tout le monde, ce qui était attendu. J’entendrai cependant dire « heureusement que Bruno Schueller ne fait que quelques rares cuvées totalement sans soufre… ». Pas consensuel !

Couple 2

Grand Cru Steinert 2001 (Terroir Calcaire), Pierre Frick

Beaucoup plus d’unanimité pour celui-ci qui présente un nez très pur et très mûr. Une belle déclinaison d’agrumes frais et confits; une touche de menthol ou de camphre et une minéralité naissante. Les fruits blancs mûrs voire exotiques apparaissent à l’aération et en retro-nasale. En bouche c’est gras mais fin sur une légère présence de sucres résiduels qui gêne un peu 1 ou 2 dégustateurs. Très bon.

Grand cru Muenchberg 2001 (Terroir gréso-volcanique caillouteux), Julien Meyer

La robe plus dorée laisse penser que ce vin est élevé sans ou avec très peu de soufre. C’est le cas ! Le nez est totalement différent du Steinert, plus discret, sur la mie de pain, le toast, légèrement minéral et fumé ; un nez intrigant. L’attaque est puissante et le vin développe un corps massif mais superbement équilibré par une acidité que certains trouveront « mûre ». Le tout est taillé dans la roche, sans sucres résiduels. Un coup de cœur pour certains, une découverte à apprivoiser pour d’autres.

Riesling Grand Cru 2004

Couple 3

Grand Cru Schlossberg 2004 (Terroir de Granit) Martin Schaetzel

Un nez floral très ouvert qui fait immédiatement penser certains dégustateurs au Schlossberg (Bravo Anne !). Ensuite des fruits mûrs, un peu de miel et une minéralité naissante. Un corps svelte mais bien fait ; quelques grammes de sucres résiduels qui se fonderont au vieillissement. De l’avis général, très bon.

Grand Cru Kirchberg de Barr 2004 (Terroir Argilo-calcaire), Vincent Stoeffler

Celui-ci est beaucoup plus fermé et semble moins puissant. C’est la marque du Kirchberg qui nécessite quelques années pour débrider son austérité. Le nez est toutefois minéral et légèrement fumé, la bouche plus sèche que le vin précédent est toutefois assez ronde et équilibrée par une belle acidité. Il recueille les suffrages de quelques dégustateurs pour cette droiture. Un riesling de facture plus classique peut-être. C’est en tout cas un superbe rapport qualité prix, une belle petite facture en quelque sorte.

Couple 4

Kaefferkopf Nicolas 2004 (Terroir Argilo-Calcaire), Martin Schaetzel

Nez puissant de mandarine et d’épices (gingembre), très mûr et parsemé de notes de miel floral. Moi j’adore ! La bouche est puissante, mais sa confrontation avec le Rangen laisse croire que le Schlossberg l’était plus. Je ne crois pas que ce soit le cas, la confirmation sera apportée par une comparaison ultérieure, le Schlossberg plus en dentelle et moins acide, le Kaefferkopf plus puissant et gras; les deux reflétant bien leur terroir. Par deux fois j’avais préféré le Schlossberg, cette fois mes faveurs vont au Kaefferkopf, qui mérite amplement de rejoindre le cercle des grands crus.

Grand cru Rangen de Thann 2004 (Terroir Volcanique), Martin Schaetzel

Pas de doute, c’est le Rangen qui devrait se déguster à genoux tellement c’est grand. Le nez est typiquement fumé et déborde déjà d’épices. C’est massif, chaleureux, mais le tout est superbement intégré dans la chair du raisin et son acidité. Hors norme, il effraie même certains dégustateurs.

Au final, une très belle revue de la diversité des grands crus, point de vue terroir (calcaire, granit, volcanique, argile, ..), géographie (Haut et Bas-Rhin) et vinification (peu, très peu, pas de soufre).

Pinot Gris 2002

Couple 5

Pinot Gris Rosenbourg 2002 (Terroir de Granit), Martin Schaetzel

Pinot Gris Oberberg 2002 (Terroir Argilo-calcaire), Martin Schaetzel

Ces deux excellents vins, au rapport Q/P très intéressant, reflètent bien les différences attendues. Le premier propose un nez ouvert fruité, légèrement mielleux et fumé tandis que le second développe un peu de minéralité qui apporte une complexité bienvenue. Les différences se retrouvent également à l’oral. Le Rosenbourg plus en dentelle, et l’Oberberg tout en puissance et d’une longueur plus importante. Deux très bons vins, chacun dans leur catégorie, même si la préférence générale semble s’orienter sur l’Oberberg.

Un peu de solide

Le pain bio concocté par Anne a permis de sautiller de couple en couple sans mal, mais il est temps de manger un petit bout, deux tourtes préparées par Anne également. Je laisse Georgy au commentaire.

Couple 6

Quiche aux oignons : une harmonie parfaite entre le fondant de la pâte et le croquant de la croûte, un subtil équilibre entre le sucre résiduel des oignons et une pointe d'acidité et d'épicse relevant le tout

Quiche aux bettes : fit l'objet de nombreuses discussions lors de la dégustation à l'aveugle; on a longtemps hésité entre des poireaux et des épinards : il s'agit en fait de bettes dont certains citadins ignares n'avaient jamais entendu parler : à retester certainement dès le beau temps revenu avec des bettes fraîches du jardin bio de TGW

Comme dessert

Muscat Cuvée Béatrice 2000, Audrey et Christian Binner

Les dégustateurs pourtant si brillants jusque-là sont désorientés par ce vin et énumèrent les différents cépages d’Alsace avant d’atteindre le muscat. Il faut dire que ce vin n’est pas une caricature du cépage. On y retrouve de la fleur, mais du fruit mûr aussi, des épices également. La bouche bien structurée autour d’une acidité salivante est légèrement moelleuse et se boit facilement. La longueur n’est pas d’anthologie mais très satisfaisante. Un très bon muscat, ce qui est assez rare, mais un peu cher peut-être.

20:38 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |