18/04/2009

EFFET MILLESIME (Les Rouges)

On passe aux rouges et nous abordons une de mes régions préférées, le Beaujolais. Dans cet océan de médiocrité, il y a quelques perles et nous allons nous lancer sans crainte dans l'appréciation d'une trilogie de Moulin à Vent, ceux de Michel Guignier. Découvert il y a quelques années, Michel travaille en bio(dynamie) et vinifie avec peu ou pas de sulfites. Conjugué à de petits rendements et un bon terroir, cela donne d'excellents vins, il me semble en progrès constant. Nous allons le vérifier. En terme de millésimes, ils sont proches en qualité de la Bourgogne. 2004 difficile, 2005 parfait, 2006 un peu généreux mais déjà très agréable.

BEAUJOLAIS, Moulin à Vent 2004-2005-2006, Michel Guignier (Groupe 1-2)

Les robes sont bien différentes, le 2004 étant sans surprise plus clair. Des arômes de poivre long, de terre et de sous bois s'en dégagent aisément. La bouche est assez acide, le fruit sur la groseille, les tannins encore présents mais souples. L'évolution est à la limite du végétal, agréable, mais végétal quand même, témoignant d'un léger ma,que de maturité. Un vin pour la table. Le 2005 est tout son contraire, fruit noirs, violette, graphite, légères notes animales, épicé. Bouche encore un peu fermée, avec un beau jus en milieu de bouche mais des tannins encore un peu bourrus. A attendre encore. Ah le plaisir de beaucoup de 2006, il est actuel. Son nez est plus subtil, avec des notes sanguines, de fer, de fleur. Une bouche élégante, fruitée, aux tannins plus veloutés. C'est moins puissant mais très bien équilibré, dans un style très nature. Beau vin. Mêmes appréciations dans le deuxième groupe excepté le 2006, légèrement bouchonné, mais nous 'lavons remplacé.

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BOURGOGNE, Marsannay Les Favières, 2003-2004, Olivier Guyot (Groupe 1-2)

Un terroir en bas de coteaux, le 2004 avait, à sa sortie, été sélectionné dans la revue des vins de France. La différence de robe est évidente, un peu plus colorée dans le 2003. So nez est aussi plus fin, avce des notes florales qui se mêlent à d'autres plus giboyeuses. la bouche est suave, il reste encore quelques tannins, mais il ne sont pas secs contrairement à beaucoup de vins de ce millésime. Une bouteille plaisir pour le moment. Le 2004 est plus poivré au nez, épicé, minéral, avec une petite note de fût. Il possède plus de mâche, plus d'acidité et un peu de dureté, mais l'équilibre est là. A attendre encore un peu et à réserver pour la table, mais le petit déficit de maturité ne sera jamais comblé.

Avec les fromages divers, nous goûtons deux pinot noir, un d'Alsace et un de Bourgogne, et de millésime différents, pour voir.

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ALSACE, Pinot Noir 2006, Bruno Schueller (Groupe 1-2)

Robe à peine évoluée, le vin est en pleine forme. Nez puissant de rose, d'encens, d'épices, très nature nature. la bouche est un peu perlante, mais cela ne fait qu'ajouter à la gourmandise. On aime ou pas ce style, moi j'adore, et au vu du degré d'évaporation du vin dans les verres, je ne suis pas le seul. Superbe.

BOURGOGNE, Pinot Noir 2004, Abbaye du Petit Quincy (Groupe 1-2)

Robe groseille et en trouvera aussi en bouche, Très tytpique du millésime 2004 dans un recoin encore plus septentrional, Dominique Gruhier limité bien les dégâts. Le vin est à la hauteur, même s'il n'évite pas les notes de rafles et une acidité tranchante. Sur les fromages, c'est toutefois parfait, car le fruit ressort et l'acidité nettoie la bouche.

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PROVENCE, Baux de Provence, Clos Milan 2001-2002-2004, Henri Milan (Groupe 1-2)

Un cuvée mythique pour moi, et dans 3 millésimes, le rêve!

Les 3 cuvées sont au top dans des registres très différents. En demi corps, mais très parfumé, le 2002 est sûr des notes tertiaires, de tabac, de sous bois, d'encens et d'épices. La bouche suave présente encore deux ou trois petits tannins, mais c'est envoutant et très agréable. Le 2003 est à l'opposé, une bombe et ce n'est pas moi qui le dit. Robe sombre nez typé Milan, mais avec des notes de liqueurs de fruit. C'est suave, long, équilibré, sans chaleur, mais encore marqué par des tannins. Rien à voir cependant à ce qu'il pouvait présenter à sa sortie. Encore 2-3 ans et ce sera parfait, mais on peut l'attendre plus. Enfin le 2001, carafé comme les autres quelques heures, il faudrait prendre son temps pour en analyser la complexité, mais là, nous l'avons simplement bu!

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Quelques conclusions rapides et sans prétention, suite à cet exercice passionnant:  

- l'effet millésime est une réalité, les différences entre les années sont vraiment marquées. Il faut donc goûter d'une année à l'autre.

- les années sont hétérogènes, on le savait, il ne fait pas le même temps partout en France qu'à Bordeaux. Les 2004 d'Alsace étaient largement au dessus des rouges de Bourgogne et du Beaujolais. Les blancs au dessus des rouges.

- ceux qui ont complètement brûlé 2003 ont eu tort. Bien sûr il faut choisir, mais les rouges présentés (Provence et Bourgogne) étaient très réussis au contraire du blanc, un peu fatigué.

 

Voilà, à refaire, très certainement.

 

 

 

 

 

 

 

17/04/2009

EFFET MILLESIME (Les Blancs)

2 soirées consacrées à des miniverticales, afin d'approcher un peu l'influence du "temps qu'il fait" sur nos breuvages préférés. Nous avons donc parcouru, sur quelques millésimes, diverses cuvées plus ou moins huppées. Tous les vins sont issus de vignerons "nature", c'est à dire qu'il recherche à donner le meilleur de l'année (principalement par le tri et des extractions justes) sans essayer de lisser l'effet millésime.

Même atelier à une semaine d'intervalle, quelques séries ont été dégustée deux fois.

ALSACE, Pinot Blanc 2004-2005-2006, Gerard Schueller (Groupe 1).

J'adore cette cuvée de Bruno Schueller, et je la prends sans hésiter chaque année. Mais je ne les avais jamais mises côte à côte. On commence par un 2004, le nez s'est un peu refermé avec des notes fumées qui fatiguent un peu le fruit. La bouche est par contre très belle, beaucoup de fruit (litchi, pêche, abricot), riche, gras, mais avec une finale sèche, saline et un bel équilibre. C'est un beau pinot blanc mais qu'il faut boire. Le 2005 a une robe plus claire, un nez floral (ylang ylang); il est moins concentré que le précédent, avec quelques petits amers en finale. Cela claque en bouche et c'est bon! La robe du 2006 est la plus dorée, le nez est sur la cire, avec des notes de miel et de pourriture noble. La bouche est dans le style du 2004, avec quelques sucres résiduels contrebalancés par une bonne acidité. Impossible de lui résister. Ces 3 vins sont le reflet parfait du millésime, le 2004 avec un bel été indien a produit une très belle maturité. Le 2005, difficile, a souffert un peu des pluies, tandis que le 2006; millésime pourri un peu partout en Alsace a vu chez Bruno un peu de pourriture noble, le tri faisant le reste. Fameux résultat dans les 3 cas, mais je ne m'attendais pas à de telles différences entre ces 3 années, comme quoi!

millesime1BOURGOGNE, Marsannay La Montagne 2003-2004-2005, Olivier Guyot (Groupe 1 et 2)

3 millésimes successifs, mais de qualité très différente. 2003 c'était l'exceptionnelle canicule; 2004, millésime très difficile, eut du mal à atteindre la maturité (surtout les rouges), et 2005 fut sans encombre, un millésime "facile"!

Le 2003 a la robe dorée, un nez puissant de -poire compotée, un peu de beurre, de pâtisserie, de poire william, mais aussi à l'aération, quelques notes de madère. La bouche st puissante, mais sèche, saline, pas très acide, mais sans carence. Un peu trop d'alcool en finale, et ces notes de madère qui font dire que ce vin devrait être bu. Pas de miracle. la deuxième bouteille sera conforme, à peine moins avancée.

Le 2004 est moins coloré, avec des reflets verts, un registre floral au nez, épicé, anisé, fruité entre les agrumes et l'ananas. Une bouche vive, salivante, moins concentrée que le précédent. les deux bouteilles sont conformes, c'est bon pour qui aime la vivacité.

La première bouteille du 2005 est très fermée (même après ouverture;-), la deuxième s'exprime mieux, c'est puissant, charnu, musclé, avec plus de tout, de corps, d'acidité et de longueur. Il faut par contre l'attendre pour avoir une future belle bouteille.

Là aussi, le vigneron a bien négocié les millésimes tout en les respectant; seul le 2003 aurait sans doute déjà du être bu, pas de miracle!

millesime2LOIRE, Anjou Rouchefer 2004-2005-2006, Rene Mosse (Groupe 2).

Encore une des mes cuvées fétiches; j'avais d'ailleurs présenté le 2003 lors de l'atelier oxydé-oxydatif ; et dans un millésime difficile (canicule), le vin semble encore s'améliorer à chaque dégustation, soutenu par une minéralité de bouche exemplaire. Ce sont les 3 millésimes suivants que nous avons cette fois dégustés avec grand plaisir.

2004 n'était pas évident, il y a eu "un peu d'eau" selon René et un mois d'août faible. 2005 et 2006 sont pour René des milléismes sans problèmes, un peu plus chaud en 2005. Les rendements ont été faibles, mais en 2005, carrément lilliputiens.

Le 2004 est épanoui, le nez ouvert, sur la poire, le coing et le tilleul, très fruit! Je lui avait déjà trouvé une finale un peu alcooleuse, ce n'est vraiment pas le cas cette fois; au contraire, on lui retrouve ce côté juteux très agréable, une petite salinité et une belle longueur. On peut le boire, je ne crois pas qu'il puisse s'améliorer, même s'il peut encore "tenir" quelques longues années. Le 2005, c'est le 2004 en plus de tout, mais également plus fermé au nez, mais plus complexe. Plus de mâche, de concentration, de matière sèche, de raisin quoi. On ne se lasse pas de ce vin sec mais dense, à la minéralité exacerbée, pour moi grande bouteille et grande garde; ça tombe bien il m'en reste! Le 2006 est plus lascif, très ouvert au nez avec des notes de miel, il paraît un peu moins dense, et plus à boire, ce que l'on fait sans difficulté.

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Exercice génial, car si comparaison n'est pas raison, elle permet de lire ces vins sous un éclairage différent, et sans doute plus objectif! Passionnant!

La suite et les rouges bientôt!

 

24/11/2008

LA CLE DES SOLS

Une belle conférence à signaler, organisée par l'OENOKOT de Louvain-la-Neuve. Le Professeur Bruno Delvaux, doyen de la faculté d'agronomie de l'UCL, spécialiste des sols et passionné d'oenologie, nous présentera le comment et le pourquoi de l'influence du sol sur la qualité du vin. Ce sera passionnant! D'autant que la conférence sera suivie d'une dégustation animée par votre serviteur. Alors, en primeur (c'est la saison ;-),voici la liste des vins à déguster à prix coûtant, la conférence est gratuite:

Sur un terroir à dominante granitique, Jean Schaetzel (2* guide RVF) isole une partie sur argilo-calcaire. En plus d'être au sommet de la qualité alsacienne, les différences gustatives sont édifiantes.

Martin Schaetzel Riesling "Grand Cru" Kaefferkopf Granit 2006

Martin Schaetzel Riesling "Grand Cru" Kaefferkopf Nicolas 2006 (sur argilo-calcaire)

Georges Descombes, de la bande à Lapierre dépasse souvent son maître. Son Morgon VV 2005 a dominé la dégustation de cru Beaujolais de la semaine passée, faisant même beaucoup d'ombre au très bon, mais moins juteux, Côte de Py de Foillard

Georges Descombes Brouilly Vieilles Vignes 2005 (granit, sable)

Georges Descombes Morgon Vieilles Vignes 2005 (schistes)

Mon chouchou du moment, Michel Guignier, dans le Nord du Beaujolais, à Vauxrenard. Outre sa "mélodie d'automne" que je me repasse régulièrement, il propose des crus bien typés, vinifiés adroitement sans SO2.

Michel Guignier, Moulin à vent 2005 (granit, argile, manganese)

Michel Guignier Beaujolais Villages 2005 (granit, sable)

On ne présente plus Olivier Guyot (3 *B&D), proche de regretté Denis Mortet. Ses vins sont toujours très fidèles au terroir, sans maquillage.

Olivier Guyot Gevrey Chambertin Vieilles Vignes Les Champs 2004 (coteaux calcaire)

Olivier Guyot Bourgogne Pinot Noir 2004 (plaine)

Et pour terminer, mon préféré de la dégustation récente de pinot noir, qui était de très haute volée. Je ne suis pas le seul à l'avoir apprécié, Bettane en personne considère ce 1er cru Vallerots au niveau d'un grand cru. Comme quoi les gourous ne se gourent pas toujours;-). Le village est super aussi, tout sur la gourmandise!

Chantal Lescure Nuit St Georges 2006 (bas de coteaux, argile, limon)

Chantal Lescure Nuit St Georges 1er cru les Vallerots 2006 (coteaux, calcaire dur de Comblanchien)

Voilà, ce sera le jeudi 27 novembre, à 20h30 place croix du sud, auditoire sud 03 à Louvain-la-Neuve, qu'on se le dise!

Et je me réjouis déjà de rencontrer ces jeunes passionnés du vin de l'oenokot.

13/11/2008

PINOT NOIR, La REVANCHE

Il y a quelques années, j'avais organisé une belle dégustation de pinot noir, consacrée au millésime 2003! Alors qu'il y a avait plusieurs crus réputés de Bourgogne, c'était un pinot noir d'Alsace, de chez Christian Binner, qui avait récolté tous les suffrages. Nous nous étions dit que c'était l'effet millésime, 2003 et sa canicule, et que la Bourgogne regagnerait sans doute le haut de la hiérarchie l'année suivante. Et bien c'est ce que nous avons aussi testé hier soir! Hier, c'était, la Revanche!

Une bonne quinzaine de vins en dégustation, devant un panel plutôt aguerri, on allait voir ce qu'on allait voir. Le vins étaient présentés par paire, juste ouverts une bonne heure à l'avance, et certains carafés juste avant service.

Effet Cépage: Pinot Noir vs Gamay

Bourgogne Pinot Noir 2006, Renaud Boyer

Renaud Boyer a repris les vignes de Thierry Guyot, vignes cultivées en biodynamie depuis une vingtaine d'années, un petit bijou! La robe est légèrement trouble, et semble un peu évoluée en comparaison du suivant. Le nez est très ouvert sur le fruit rouge mûr, les fleurs (rose) et l'encens; des notes d'épices aussi. Le plaisir est au rendez vous en bouche, avec une harmonie, une douceur des plus agréables. Les tannins sont polis, l'équilibre suave, la buvabilité excitante. Dieu que c'est bon!

Morgon Les Grands Cras 2006, Gamay, Domaine Grillet

Déjà un pirate, c'est un gamay! Robe plus brillante, plus colorée, moins évoluée. Par contre, le nez est dominé par les notes lactées, de caramel, qui cachent un peu le fruit. On le retrouve en bouche, plutôt porté vers la groseille, un peu de banane, et puis une finale assez poivrée aussi. L'acidité est un peu plus marquée, c'est plutôt sympa, mais la préférence va indubitablement au Bourgogne de Boyer.

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Effet Région: Bourgogne vs Alsace

Gevrey-Chambertin, Les Champs 2004, Olivier Guyot.

J'aime beaucoup les vins d'Olivier Guyot, ils sont toujours très proches du terroir, sans concession; et le millésime 2003 avait démontré que l'on pouvait faire des vins sur la fraîcheur et sans sécheresse en pleine canicule. Le travail des vignes sans doute! Le millésime 2004, c'est évidemment une autre paire de manche. C'est un millésime à la maturité un peu juste et qui donnait des vins un peu plus dilués. Mais c'est aussi le type de millésime où le terroir se révèle!

Derrière un nez un peu trop marqué par la barrique par ses notes de torréfaction, se dévoile un très beau fruit, sur la griotte mûre, sans aucune trace végétale. La bouche est encore ferme, pas hyper concentrée, mais avec de la matière. L'acidité est marquée mais pas dérangeante. Un vin qu'il faut attendre, un peu trop muet à ce stade.

Alsace Pinot Noir LN 012, Bruno et Gerard Schueller.

Ah voilà le représentant de l'Alsace! Et un vin sans sulfites en plus (12 est la cc en mg mesurée sur la première cuvée sortie en 1997). Les vignes proviennent du grand cru Eichberg, au terroir argilo-calcaire propice au pinot noir.

La robe est un peu plus dense, un peu trouble également. Dans le verre, les arômes sont dominés par la réduction. Ce n'est pas nouveau sur ce millésime, il faut juste un peu de patience. Assez rapidement, les plus habitués y découvrent des arômes de fraise mûre, de rose mature, d'encens, d'épices. C'est très complexe pour qui prise un peu les vins naturels! La bouche est rafraîchissante, sur une acidité salivante; la matière semble plus dense que celle du Gevrey, elle est en tout cas plus suave et la longueur meilleure. Cela reste toujours pour moi un beau moment très compatible, de gourmandise et d'émotion...

Effet appellation et hiérarchie

Marsannay Les Favières 2004; Olivier Guyot

Les Favières, c'est un bon terroir de Marsannay, situé dans le Nord de l'appellation et en bas de coteaux. Un bon, mais pas le meilleur; la Montagne par exemple, du même vigneron lui est nettement supérieur. Robe plutôt claire, nez délicat de fruit rouge groseille, mais assez timide. La bouche est ferme, fruitée, mais avec quelques notes végétales; les tannins sont un peu durs.

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Chambolle-Musigny 1er cru les Charmes 2004, Olivier Guyot

La robe est identique, le nez également timide. Plusieurs dégustateurs demandent si c'est le même vin! Et bien non, il y a même un facteur 2 dans le prix...;-). Il faut juste prêter un peu d'attention à la bouche. Je demande de redéguster. Et là, c'est évident. Le Chambolle est tout en dentelle, il y a une pureté de fruit à se damner, quelques notes florales à faire chavirer. Les tannins sont juste là pour apporter leur contribution à la matière légère mais suave, qui tapisse gentiment les parois de la bouche et structurent la longueur. Car c'est aussi en longueur que se marque la différence. Le Marsannay est ferme, et la finale se fait un peu dure, le Chambolle est tout le contraire, il emmène qui veut le suivre, loin, dans un voyage presque aérien. Typiquement le vin qui risque de passer inaperçu, calé entre deux Bourgogne "modernes"... Ce serait pourtant dommage de rester insensible à son ... charme... Les Charmes sont réputés pour leur délicatesse, apportée sans doute par un sol calcaire pauvre, caillouteux et très bien drainé. Le millésime 2004 exacerbe encore cet effet terroir; amateurs de finesse et pas de maigreur, vous allez vous régalez!!!

Effet Région: Jura vs Bourgogne

Côte de Jura, Cuvée Julien Ganevat 2005, Pinot Noir, Jean-François Ganevat

La robe est plus sombre que celles des séries précédente, elle est brillante. De très beaux arômes de cerise mûre percolent du verre, accompagnés de notes de café, de pierre chaude, de fleurs (violette). C'est très beau, distingué, complexe et évolutif. Le nez reste accroché, curieux de découvrir encore et encore, de nouvelles senteurs. Tout cela se retrouve en rétro-olfaction, la sève est présente, mais sans agressivité. L'acidité oriente certains vers les Fiefs Vendéens, d'autres restent en Bourgogne, personne ne pense au Jura, ni a Fanfan Ganevat, qui nous joue encore un tour de sorcier! Un pinot noir cependant très loin des dérives "putassières" que lui font subir de plus en plus d'oenologues. Un vin qui ira encore très loin!

Gevrey Chambertin, Billard 2005, Jérôme Galeyrand .

Un néo-vigneron, et déjà une des révélations pour beaucoup. J'avais eu un coup de coeur pour ses vins aux Grands Jours de Bourgogne et non sans difficulté, j'avais pu le mettre à ma carte. Jérôme possède 4 hectares en côtes de nuits (Gevrey, mais aussi Fixin, ...), qu'il travaille en lutte très raisonnée; en espérant qu'il évolue vers plus de naturel encore dans les années qui viennent, laissons lui un peu de temps. La robe est très sombre, très 2005! Le nez est très expressif, presque explosif. Des notes de cassis, de myrtille, avec des épices, du balsamique, presque de la garrigue jaillissent du verre. La bouche est suave, sans aspérités et d'un équilibre remarquable. Sans doute moins "terroir" que le Ganevat, il est certainement plus accessible; mais avec de la fraîcheur, et loin de sombrer dans les caricatures précitées. Gros miam pour beaucoup!

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Effet Exposition: Sud vs Nord-Est

Le pinot noir se plaît pas trop mal sur les terroirs froids; il ne nécessite en effet pas une période de maturation trop longue et il bénéficie parfois d'une certaine lenteur dans celle-ci (pour autant qu'elle soit complète bien sûr.). On le trouve d'ailleurs en Loire, mais aussi en Allemagne, ou en Autriche. Son exposition de prédilection est sans doute l'Est, mais nous avons choisi ici de comparer deux vins issu d'un terroir très similaire (marnes blanches) mais aux expositions radicalement opposées, sur un millésime plus difficile que le 2005, mais à mon avis très sous-estimé, le 2006!

Pommard Les Vignots 2006, Chantal Lescure

Exposé au Sud, nous avons en face de nous un pommard assez corpulent, à la robe noire, au nez fruité (myrtille, fraise), à peine boisé, à la bouche charnue, mais tannique, ferme, très puissante (certains y trouve un petit déséquilibre d'alcool). C'est très bon, mais il faut un peu le garder pour qu'il s'équilibre et s'affine; il y a une matière que seul le temps pourra dompter.

Pommard Les Vaumuriens 2006, Chantal Lescure

Sur un terroir plus froid, exposé Nord-Est; François Chavériat (le maître de Chai qui sera présent à notre marché de Noël le samedi 14 décembre;-), nous propose une superbe cuvée. Bien sûr, les tannins sont encore un peu présent, mais quel jus en milieu de bouche, quelle fraîcheur, et déjà quelle complexité. C'est nettement moins massif que les Vignots, et pour beaucoup, un cran au dessus au niveau plaisir actuellement. Je suis d'accord, en bon millésime, les Vaumuriens à souvent ma préférence. Rendez vous toutefois dans 10 ans ;-).

Effet Hiérarchie et Sol: 1er cru vs Villages; Calcaire vs "pas"calcaire;-).

La Bourgogne, c'est avant tout une diversité de sols. Il était intéressant d'y plonger, modestement, afin de mettre en évidence son effet potentiel. Et comme le pinot noir, c'est le calcaire, c'est donc sur sa présence qu'il fallait jouer, et comme nous aimons jouer, nous avons joué, et gagné!

Nuits Saint Georges 2006, Chantal Lescure

Robe encore plus sombre, c'est la côte de nuit, nez expressif, très myrtille bien mûre, au boisé sympathique car non dominant. La pulpe est bien présente, la bouche est ronde, aux tannins plus civilisés que les Pommard. C'est une vraie petite bombe de fruit, que l'on apprécie sans aucune difficulté. Très charmeur.

Nuits Saint Georges, 1er cru les Vallerots 2006, Chantal Lescure

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Les Vallerots est un terroir très calcaire, assez ancien et en coteaux. C'est un des tout bons 1er crus de Nuits St Georges. Sa robe tout aussi sombre que le villages, mais le nez se fait déjà plus précis, plus de finesse sans doute. Si le Villages faisait grosse impression, c'est pourtant presque sans combattre, que le premier cru va l'écraser. Par sa finesse, par la qualité de ses tannins, par son acidité, par sa longueur; c'est un KO debout et une belle leçon à ceux qui ne croient pas au terroir. Un cas d'école. D'école, car il est facile de présenter un mauvais villages contre un bon premier cru, non, le challenge était ici d'impressionner par le villages et puis de renverser la situation avec le 1er cru, pari gagné! Et à nouveau Bravo à François Ca-Chavériat et son équipe. Ils nous font déjà oublier le millésime 2005...

Il est temps de se restaurer, et grâce aux fromages de la Casière, à Wavre. Evidemment, sur un bel Epoisses, de l'ami de Chambertin, ou les St Félicien et Marcellin, il faut choisir un vin qui sera mis en valeur et non pas une grande cuvée qui risque d'être dénaturée. Il ne faut donc pas hésiter à descendre un peu dans la hiérarchie et rechercher la fraîcheur et la vivacité. C'est ce que nous avons fait en visitant l'Yonne.

Effet Millésime et effet Fromage

Bourgogne Epineuil, Côte de Grisey 2003, Abbaye du Petit Quincy

Robe brillante, assez dense, le nez est tout sur le fruit rouge (groseille, fraise), assez simple sans doute, mais bien net. La bouche est gourmande et le fruit se révèle encore avec le fromage; accord classique mais bon!

Bourgogne Epineuil, Côte de Grisey 2004, Abbaye du Petit Quincy

Dominique Gruhier a vraiment fait progresser les vins du coin. Il en récolte maintenant les fruits puisqu'il rentre dans le guide de la RVF 2009, bravo! J'étais curieux de regoûter ce difficile millésime 2004, et ma foi, sans prétention, il se comporte bien sur le fromage, lui apportant toute la fraîcheur nécessaire. Bien sûr, la robe est plus claire, bien sûr la matière est moins dense; le fruit se fait aussi plus frais (groseille), agrémenté de notes de poivre vert, un peu végétales sans doute, mais cela reste friand et très sympathique. Pour le plaisir, et parce que vous avez cru la découvrir à presque chaque paire, j'ai ouvert une bouteille de

Fiefs Vendéens, La Grande Pièce 2002, Pinot noir, Domaine St Nicolas (Loire)

Carafée pour éliminer quelques bulles de CO2, le nez se fait immédiatement très ouvert. Mûre, cerise du nord, épices, fumée, graphite, minérale; c'est très beau. La bouche est juteuse comme un vin de Barral (le schiste?, le peu de SO2), tout en finesse mais aussi en belle maturité. La gourmandise fait que le vin s'évapore trop rapidement; je ne l'avais plus goûtée récemment, coup de coeur pour moi et je ne suis probablement pas le seul ;-)!

Il fallait terminer par un Bourgogne à maturité, je me suis donc plongé dans mes réserves, constituées, à l'époque où j'écumais les foires au vins. Je me suis arrêté sur:

Gevrey-Chambertin 1er cru Lavaux St Jacques 1995, JP. Marchand.

Honnêtement, à l'époque, il était plutôt dense, charnu, j'avais l'impression d'avoir fait une bonne pioche. Le 1er cru Lavaux St Jacques, est bien situé, pas loin de du réputé Clos St Jacques, voyons voir. Il ne faut pas être grand dégustateur pour constater l'évolution de la robe qui garde cependant une belle profondeur. Le nez combine les arômes de fruit et ceux plus évolués de viande, d'épices douces, de cèdre et de tabac. La bouche est fine, mais finit un peu court. Sans être désagréable, il manque un petit je ne sais quoi de profondeur pour vraiment plaire et tenir son rang. Peut-être l'apogée est-elle un peu dépassée, peut-être sommes nous trop formatés aux vins jeunes, peut-être ce vin manque-t-il aussi un peu de naturel...

Alors voilà, un atelier qui a tenu ses promesses, et où les pinot noirs hors Bourgogne se sont très bien comportés. Difficile de donner des préférences, tant les vins sont différents, mais voici pourtant ceux qui, pour moi, sortent du lot:

8. Gevrey-Chambertin En Billard 2005, Jérôme Galeyrand: quelle accessibilité!

7. Bourgogne 2006, Renaud Boyer: quelle buvabilité!

6. Chambolle Musigny 1er cru 2004, O. Guyot: quelle dentelle!

5. Pommard Vaumuriens 2006, Chantal Lescure: quelle potentiel!

4. Alsace LN 012 2004, Schueller: quelle suavité et quel naturel!

3. Côte de Jura, Cuvée Julien Ganevat 2005, JF Ganevat: quel terroir!

2. Loire, Fiefs vendéens, Grande Pièce 2002, Domaine St Nicolas: quel jus!

1. Nuits St Georges, 1er cru les Vallerots, Chantal Lescure: grand!

L'honneur est sauf, la Bourgogne remporte ma palme de justesse, mais les pinot noirs "hors bourgogne" trustent les accessits, alors que le niveau était très, très relevé! Bon on remet cela quand vous voulez!pinot_noir1