28/11/2008

LES GOUROUS NE SE GOURENT PAS TOUJOURS!

J'aime encore bien chambrer les dégustateurs pro ou amateurs qui croient détenir la "vérité" du vin et de la dégustation; surtout quand elle est plutôt éloignée de la mienne;-).

Mais soyons honnêtes, il arrive plus souvent qu'à mon tour d'être d'accord avec certains "gourous", alors il faut le signaler;-).

Un exemple tout récent, dégustation Pinot Noir , malgré la haute tenue des cuvées extérieures à la Bourgogne, de Ganevat, Schueller ou de Thierry Michon du Domaine St Nicolas, je place au sommet de mon top, le Nuits St Georges 1er cru les Vallerots 2006 de Chantal Lescure. Un nez très mûr, distingué, une densité mêlée de finesse, une belle qualité de tannins, une acidité comme j'adore, qui prolonge la finale infiniment. Jeune certes (c'est un 2006), mais d'un superbe équilibre. Pour moi, un grand vin, en devenir.

En préparant la dégustation sur la "Clé des Sols" (très belle conférence au demeurant), je compulse mes guides et tombe sur le commentaire de Michel Bettane à son sujet. Oh surprise, nous sommes d'accord: « Un des meilleurs nuits de notre dégustation à l’aveugle, splendide arôme de raisin mûr, corps généreux, tannin beaucoup plus harmonieux que la moyenne, grande longueur, vin de classe et de complexité, d’un niveau d’un grand cru . Et bien, qui l'eut cru? On avait déjà flashé l'année passée sur la même découverte dans le Jurançon et les très beaux vins de Gil Schefchen; et puis Fanfan Ganevat comme découverte de l'année 2009 (là je souris un peu quand même;-), avec cette dernière similitude d'appréciation, je dirais presque, que, à un ou deux biocons près, on peut difficilement être plus sur la même longueur d'onde, comme quoi!

Et pourtant, ce n'est pas si simple. Vous avez été plusieurs, hier soir, à préférer le Nuit St Georges Villages du même domaine. Très bon, plus immédiat peut-être, mais d'un potentiel inférieur. Comme quoi, les analyses peuvent se rejoindre et quand même être éloignées du rapport qualité-plaisir immédiat du consommateur... Bon c'est pas tout ça, si vous avez apprécié, il m'en reste un peu à la boutique ;-).

09:33 Écrit par Laurent dans Ateliers Dégustation | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bettane, sol, terroir, lescure |  Facebook |

24/11/2008

LA CLE DES SOLS

Une belle conférence à signaler, organisée par l'OENOKOT de Louvain-la-Neuve. Le Professeur Bruno Delvaux, doyen de la faculté d'agronomie de l'UCL, spécialiste des sols et passionné d'oenologie, nous présentera le comment et le pourquoi de l'influence du sol sur la qualité du vin. Ce sera passionnant! D'autant que la conférence sera suivie d'une dégustation animée par votre serviteur. Alors, en primeur (c'est la saison ;-),voici la liste des vins à déguster à prix coûtant, la conférence est gratuite:

Sur un terroir à dominante granitique, Jean Schaetzel (2* guide RVF) isole une partie sur argilo-calcaire. En plus d'être au sommet de la qualité alsacienne, les différences gustatives sont édifiantes.

Martin Schaetzel Riesling "Grand Cru" Kaefferkopf Granit 2006

Martin Schaetzel Riesling "Grand Cru" Kaefferkopf Nicolas 2006 (sur argilo-calcaire)

Georges Descombes, de la bande à Lapierre dépasse souvent son maître. Son Morgon VV 2005 a dominé la dégustation de cru Beaujolais de la semaine passée, faisant même beaucoup d'ombre au très bon, mais moins juteux, Côte de Py de Foillard

Georges Descombes Brouilly Vieilles Vignes 2005 (granit, sable)

Georges Descombes Morgon Vieilles Vignes 2005 (schistes)

Mon chouchou du moment, Michel Guignier, dans le Nord du Beaujolais, à Vauxrenard. Outre sa "mélodie d'automne" que je me repasse régulièrement, il propose des crus bien typés, vinifiés adroitement sans SO2.

Michel Guignier, Moulin à vent 2005 (granit, argile, manganese)

Michel Guignier Beaujolais Villages 2005 (granit, sable)

On ne présente plus Olivier Guyot (3 *B&D), proche de regretté Denis Mortet. Ses vins sont toujours très fidèles au terroir, sans maquillage.

Olivier Guyot Gevrey Chambertin Vieilles Vignes Les Champs 2004 (coteaux calcaire)

Olivier Guyot Bourgogne Pinot Noir 2004 (plaine)

Et pour terminer, mon préféré de la dégustation récente de pinot noir, qui était de très haute volée. Je ne suis pas le seul à l'avoir apprécié, Bettane en personne considère ce 1er cru Vallerots au niveau d'un grand cru. Comme quoi les gourous ne se gourent pas toujours;-). Le village est super aussi, tout sur la gourmandise!

Chantal Lescure Nuit St Georges 2006 (bas de coteaux, argile, limon)

Chantal Lescure Nuit St Georges 1er cru les Vallerots 2006 (coteaux, calcaire dur de Comblanchien)

Voilà, ce sera le jeudi 27 novembre, à 20h30 place croix du sud, auditoire sud 03 à Louvain-la-Neuve, qu'on se le dise!

Et je me réjouis déjà de rencontrer ces jeunes passionnés du vin de l'oenokot.

13/11/2008

PINOT NOIR, La REVANCHE

Il y a quelques années, j'avais organisé une belle dégustation de pinot noir, consacrée au millésime 2003! Alors qu'il y a avait plusieurs crus réputés de Bourgogne, c'était un pinot noir d'Alsace, de chez Christian Binner, qui avait récolté tous les suffrages. Nous nous étions dit que c'était l'effet millésime, 2003 et sa canicule, et que la Bourgogne regagnerait sans doute le haut de la hiérarchie l'année suivante. Et bien c'est ce que nous avons aussi testé hier soir! Hier, c'était, la Revanche!

Une bonne quinzaine de vins en dégustation, devant un panel plutôt aguerri, on allait voir ce qu'on allait voir. Le vins étaient présentés par paire, juste ouverts une bonne heure à l'avance, et certains carafés juste avant service.

Effet Cépage: Pinot Noir vs Gamay

Bourgogne Pinot Noir 2006, Renaud Boyer

Renaud Boyer a repris les vignes de Thierry Guyot, vignes cultivées en biodynamie depuis une vingtaine d'années, un petit bijou! La robe est légèrement trouble, et semble un peu évoluée en comparaison du suivant. Le nez est très ouvert sur le fruit rouge mûr, les fleurs (rose) et l'encens; des notes d'épices aussi. Le plaisir est au rendez vous en bouche, avec une harmonie, une douceur des plus agréables. Les tannins sont polis, l'équilibre suave, la buvabilité excitante. Dieu que c'est bon!

Morgon Les Grands Cras 2006, Gamay, Domaine Grillet

Déjà un pirate, c'est un gamay! Robe plus brillante, plus colorée, moins évoluée. Par contre, le nez est dominé par les notes lactées, de caramel, qui cachent un peu le fruit. On le retrouve en bouche, plutôt porté vers la groseille, un peu de banane, et puis une finale assez poivrée aussi. L'acidité est un peu plus marquée, c'est plutôt sympa, mais la préférence va indubitablement au Bourgogne de Boyer.

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Effet Région: Bourgogne vs Alsace

Gevrey-Chambertin, Les Champs 2004, Olivier Guyot.

J'aime beaucoup les vins d'Olivier Guyot, ils sont toujours très proches du terroir, sans concession; et le millésime 2003 avait démontré que l'on pouvait faire des vins sur la fraîcheur et sans sécheresse en pleine canicule. Le travail des vignes sans doute! Le millésime 2004, c'est évidemment une autre paire de manche. C'est un millésime à la maturité un peu juste et qui donnait des vins un peu plus dilués. Mais c'est aussi le type de millésime où le terroir se révèle!

Derrière un nez un peu trop marqué par la barrique par ses notes de torréfaction, se dévoile un très beau fruit, sur la griotte mûre, sans aucune trace végétale. La bouche est encore ferme, pas hyper concentrée, mais avec de la matière. L'acidité est marquée mais pas dérangeante. Un vin qu'il faut attendre, un peu trop muet à ce stade.

Alsace Pinot Noir LN 012, Bruno et Gerard Schueller.

Ah voilà le représentant de l'Alsace! Et un vin sans sulfites en plus (12 est la cc en mg mesurée sur la première cuvée sortie en 1997). Les vignes proviennent du grand cru Eichberg, au terroir argilo-calcaire propice au pinot noir.

La robe est un peu plus dense, un peu trouble également. Dans le verre, les arômes sont dominés par la réduction. Ce n'est pas nouveau sur ce millésime, il faut juste un peu de patience. Assez rapidement, les plus habitués y découvrent des arômes de fraise mûre, de rose mature, d'encens, d'épices. C'est très complexe pour qui prise un peu les vins naturels! La bouche est rafraîchissante, sur une acidité salivante; la matière semble plus dense que celle du Gevrey, elle est en tout cas plus suave et la longueur meilleure. Cela reste toujours pour moi un beau moment très compatible, de gourmandise et d'émotion...

Effet appellation et hiérarchie

Marsannay Les Favières 2004; Olivier Guyot

Les Favières, c'est un bon terroir de Marsannay, situé dans le Nord de l'appellation et en bas de coteaux. Un bon, mais pas le meilleur; la Montagne par exemple, du même vigneron lui est nettement supérieur. Robe plutôt claire, nez délicat de fruit rouge groseille, mais assez timide. La bouche est ferme, fruitée, mais avec quelques notes végétales; les tannins sont un peu durs.

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Chambolle-Musigny 1er cru les Charmes 2004, Olivier Guyot

La robe est identique, le nez également timide. Plusieurs dégustateurs demandent si c'est le même vin! Et bien non, il y a même un facteur 2 dans le prix...;-). Il faut juste prêter un peu d'attention à la bouche. Je demande de redéguster. Et là, c'est évident. Le Chambolle est tout en dentelle, il y a une pureté de fruit à se damner, quelques notes florales à faire chavirer. Les tannins sont juste là pour apporter leur contribution à la matière légère mais suave, qui tapisse gentiment les parois de la bouche et structurent la longueur. Car c'est aussi en longueur que se marque la différence. Le Marsannay est ferme, et la finale se fait un peu dure, le Chambolle est tout le contraire, il emmène qui veut le suivre, loin, dans un voyage presque aérien. Typiquement le vin qui risque de passer inaperçu, calé entre deux Bourgogne "modernes"... Ce serait pourtant dommage de rester insensible à son ... charme... Les Charmes sont réputés pour leur délicatesse, apportée sans doute par un sol calcaire pauvre, caillouteux et très bien drainé. Le millésime 2004 exacerbe encore cet effet terroir; amateurs de finesse et pas de maigreur, vous allez vous régalez!!!

Effet Région: Jura vs Bourgogne

Côte de Jura, Cuvée Julien Ganevat 2005, Pinot Noir, Jean-François Ganevat

La robe est plus sombre que celles des séries précédente, elle est brillante. De très beaux arômes de cerise mûre percolent du verre, accompagnés de notes de café, de pierre chaude, de fleurs (violette). C'est très beau, distingué, complexe et évolutif. Le nez reste accroché, curieux de découvrir encore et encore, de nouvelles senteurs. Tout cela se retrouve en rétro-olfaction, la sève est présente, mais sans agressivité. L'acidité oriente certains vers les Fiefs Vendéens, d'autres restent en Bourgogne, personne ne pense au Jura, ni a Fanfan Ganevat, qui nous joue encore un tour de sorcier! Un pinot noir cependant très loin des dérives "putassières" que lui font subir de plus en plus d'oenologues. Un vin qui ira encore très loin!

Gevrey Chambertin, Billard 2005, Jérôme Galeyrand .

Un néo-vigneron, et déjà une des révélations pour beaucoup. J'avais eu un coup de coeur pour ses vins aux Grands Jours de Bourgogne et non sans difficulté, j'avais pu le mettre à ma carte. Jérôme possède 4 hectares en côtes de nuits (Gevrey, mais aussi Fixin, ...), qu'il travaille en lutte très raisonnée; en espérant qu'il évolue vers plus de naturel encore dans les années qui viennent, laissons lui un peu de temps. La robe est très sombre, très 2005! Le nez est très expressif, presque explosif. Des notes de cassis, de myrtille, avec des épices, du balsamique, presque de la garrigue jaillissent du verre. La bouche est suave, sans aspérités et d'un équilibre remarquable. Sans doute moins "terroir" que le Ganevat, il est certainement plus accessible; mais avec de la fraîcheur, et loin de sombrer dans les caricatures précitées. Gros miam pour beaucoup!

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Effet Exposition: Sud vs Nord-Est

Le pinot noir se plaît pas trop mal sur les terroirs froids; il ne nécessite en effet pas une période de maturation trop longue et il bénéficie parfois d'une certaine lenteur dans celle-ci (pour autant qu'elle soit complète bien sûr.). On le trouve d'ailleurs en Loire, mais aussi en Allemagne, ou en Autriche. Son exposition de prédilection est sans doute l'Est, mais nous avons choisi ici de comparer deux vins issu d'un terroir très similaire (marnes blanches) mais aux expositions radicalement opposées, sur un millésime plus difficile que le 2005, mais à mon avis très sous-estimé, le 2006!

Pommard Les Vignots 2006, Chantal Lescure

Exposé au Sud, nous avons en face de nous un pommard assez corpulent, à la robe noire, au nez fruité (myrtille, fraise), à peine boisé, à la bouche charnue, mais tannique, ferme, très puissante (certains y trouve un petit déséquilibre d'alcool). C'est très bon, mais il faut un peu le garder pour qu'il s'équilibre et s'affine; il y a une matière que seul le temps pourra dompter.

Pommard Les Vaumuriens 2006, Chantal Lescure

Sur un terroir plus froid, exposé Nord-Est; François Chavériat (le maître de Chai qui sera présent à notre marché de Noël le samedi 14 décembre;-), nous propose une superbe cuvée. Bien sûr, les tannins sont encore un peu présent, mais quel jus en milieu de bouche, quelle fraîcheur, et déjà quelle complexité. C'est nettement moins massif que les Vignots, et pour beaucoup, un cran au dessus au niveau plaisir actuellement. Je suis d'accord, en bon millésime, les Vaumuriens à souvent ma préférence. Rendez vous toutefois dans 10 ans ;-).

Effet Hiérarchie et Sol: 1er cru vs Villages; Calcaire vs "pas"calcaire;-).

La Bourgogne, c'est avant tout une diversité de sols. Il était intéressant d'y plonger, modestement, afin de mettre en évidence son effet potentiel. Et comme le pinot noir, c'est le calcaire, c'est donc sur sa présence qu'il fallait jouer, et comme nous aimons jouer, nous avons joué, et gagné!

Nuits Saint Georges 2006, Chantal Lescure

Robe encore plus sombre, c'est la côte de nuit, nez expressif, très myrtille bien mûre, au boisé sympathique car non dominant. La pulpe est bien présente, la bouche est ronde, aux tannins plus civilisés que les Pommard. C'est une vraie petite bombe de fruit, que l'on apprécie sans aucune difficulté. Très charmeur.

Nuits Saint Georges, 1er cru les Vallerots 2006, Chantal Lescure

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Les Vallerots est un terroir très calcaire, assez ancien et en coteaux. C'est un des tout bons 1er crus de Nuits St Georges. Sa robe tout aussi sombre que le villages, mais le nez se fait déjà plus précis, plus de finesse sans doute. Si le Villages faisait grosse impression, c'est pourtant presque sans combattre, que le premier cru va l'écraser. Par sa finesse, par la qualité de ses tannins, par son acidité, par sa longueur; c'est un KO debout et une belle leçon à ceux qui ne croient pas au terroir. Un cas d'école. D'école, car il est facile de présenter un mauvais villages contre un bon premier cru, non, le challenge était ici d'impressionner par le villages et puis de renverser la situation avec le 1er cru, pari gagné! Et à nouveau Bravo à François Ca-Chavériat et son équipe. Ils nous font déjà oublier le millésime 2005...

Il est temps de se restaurer, et grâce aux fromages de la Casière, à Wavre. Evidemment, sur un bel Epoisses, de l'ami de Chambertin, ou les St Félicien et Marcellin, il faut choisir un vin qui sera mis en valeur et non pas une grande cuvée qui risque d'être dénaturée. Il ne faut donc pas hésiter à descendre un peu dans la hiérarchie et rechercher la fraîcheur et la vivacité. C'est ce que nous avons fait en visitant l'Yonne.

Effet Millésime et effet Fromage

Bourgogne Epineuil, Côte de Grisey 2003, Abbaye du Petit Quincy

Robe brillante, assez dense, le nez est tout sur le fruit rouge (groseille, fraise), assez simple sans doute, mais bien net. La bouche est gourmande et le fruit se révèle encore avec le fromage; accord classique mais bon!

Bourgogne Epineuil, Côte de Grisey 2004, Abbaye du Petit Quincy

Dominique Gruhier a vraiment fait progresser les vins du coin. Il en récolte maintenant les fruits puisqu'il rentre dans le guide de la RVF 2009, bravo! J'étais curieux de regoûter ce difficile millésime 2004, et ma foi, sans prétention, il se comporte bien sur le fromage, lui apportant toute la fraîcheur nécessaire. Bien sûr, la robe est plus claire, bien sûr la matière est moins dense; le fruit se fait aussi plus frais (groseille), agrémenté de notes de poivre vert, un peu végétales sans doute, mais cela reste friand et très sympathique. Pour le plaisir, et parce que vous avez cru la découvrir à presque chaque paire, j'ai ouvert une bouteille de

Fiefs Vendéens, La Grande Pièce 2002, Pinot noir, Domaine St Nicolas (Loire)

Carafée pour éliminer quelques bulles de CO2, le nez se fait immédiatement très ouvert. Mûre, cerise du nord, épices, fumée, graphite, minérale; c'est très beau. La bouche est juteuse comme un vin de Barral (le schiste?, le peu de SO2), tout en finesse mais aussi en belle maturité. La gourmandise fait que le vin s'évapore trop rapidement; je ne l'avais plus goûtée récemment, coup de coeur pour moi et je ne suis probablement pas le seul ;-)!

Il fallait terminer par un Bourgogne à maturité, je me suis donc plongé dans mes réserves, constituées, à l'époque où j'écumais les foires au vins. Je me suis arrêté sur:

Gevrey-Chambertin 1er cru Lavaux St Jacques 1995, JP. Marchand.

Honnêtement, à l'époque, il était plutôt dense, charnu, j'avais l'impression d'avoir fait une bonne pioche. Le 1er cru Lavaux St Jacques, est bien situé, pas loin de du réputé Clos St Jacques, voyons voir. Il ne faut pas être grand dégustateur pour constater l'évolution de la robe qui garde cependant une belle profondeur. Le nez combine les arômes de fruit et ceux plus évolués de viande, d'épices douces, de cèdre et de tabac. La bouche est fine, mais finit un peu court. Sans être désagréable, il manque un petit je ne sais quoi de profondeur pour vraiment plaire et tenir son rang. Peut-être l'apogée est-elle un peu dépassée, peut-être sommes nous trop formatés aux vins jeunes, peut-être ce vin manque-t-il aussi un peu de naturel...

Alors voilà, un atelier qui a tenu ses promesses, et où les pinot noirs hors Bourgogne se sont très bien comportés. Difficile de donner des préférences, tant les vins sont différents, mais voici pourtant ceux qui, pour moi, sortent du lot:

8. Gevrey-Chambertin En Billard 2005, Jérôme Galeyrand: quelle accessibilité!

7. Bourgogne 2006, Renaud Boyer: quelle buvabilité!

6. Chambolle Musigny 1er cru 2004, O. Guyot: quelle dentelle!

5. Pommard Vaumuriens 2006, Chantal Lescure: quelle potentiel!

4. Alsace LN 012 2004, Schueller: quelle suavité et quel naturel!

3. Côte de Jura, Cuvée Julien Ganevat 2005, JF Ganevat: quel terroir!

2. Loire, Fiefs vendéens, Grande Pièce 2002, Domaine St Nicolas: quel jus!

1. Nuits St Georges, 1er cru les Vallerots, Chantal Lescure: grand!

L'honneur est sauf, la Bourgogne remporte ma palme de justesse, mais les pinot noirs "hors bourgogne" trustent les accessits, alors que le niveau était très, très relevé! Bon on remet cela quand vous voulez!pinot_noir1

19/06/2007

Domaine CHANTAL LESCURE, François s’affirme, le style s’affine!

Voyage éclair en Bourgogne et dans le Beaujolais, il y a une bonne semaine, pour ramener quelques cuvées réservées depuis quelque temps déjà et bien sûr, déguster! Au programme, le domaine Chantal Lescure, les frères Bret du domaine de la Soufrandière et l’Abbaye du Petit Quincy en Bourgogne ; Christian Ducroux et Georges « le noune » Descombes dans le Beaujolais. Du beau monde !

J'étais content de retrouver le domaine Lescure que je suis depuis 5 ans maintenant. Je me souviens vous avoir proposé à mes tout débuts et avec succès, le Pommard Vaumuriens 2000 qui est maintenant à son apogée; dégusté tout récemment, il est très aromatique, avec des notes d'évolution, de cuir, d'encens et des tannins très fondus pour un corps svelte (c'est un 2000) mais suffisamment charnu pour notre plaisir.

C'est donc avec une certaine excitation que j’arrive au domaine Lescure à Nuit St Georges vers 14 heures, pas trop crevé et le palais émoustillé à l’idée de goûter ces vins. François Chavériat s’était excusé au préalable. Ce n’est pas grave, je suis moi aussi assez pressé par le temps. Je voulais surtout déguster deux vins que je ne connaissais pas. Le Bourgogne Taupe Maison Dieu 2005, issu d’un terroir argileux de la plaine de Pommard. La robe est concentrée, c’est bien du 2005, le nez offre de beaux arômes de framboise et de cerise. La bouche est dense, un peu tannique mais gourmande. C’est très bon, et ce sera un rapport Q/P exceptionnel. Le suivant, c’est un Côte de Beaune 2005, à peine plus cher, il est aussi plus concentré mais plus dur en finale. Un vin qu’il faudra attendre un peu mais qui fera aussi une belle bouteille d’ici 2-3 ans. Il faut avoir que le domaine situé en cote de Nuits, possède également beaucoup de vignes en côte de beaune et surtout à Pommard. Ceci nous donne donc à chaque fois une belle vue d'ensemble de la qualité d'un millésime, les deux côtes confondues.

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Petite verticale des Pommard 1er cru les Bertins ensuite. Les Bertins, c’est un beau premier cru, aux sols bruns calcaire, exposé plein Est et situé près de Volnay. Le 2004 est d’un bel équilibre assez structuré Pommard sur les tannins et l’acidité, mais avec de la finesse, beau. Le 2005 est plus dense, plus aromatique, plus long, plus de tout quoi, mais surtout bien meilleur encore. Un côté gourmand qui se propose à boire et un côté profond qui incite à la garde. J’ai l’impression aussi d’un boisé déjà fondu, ce que je préfère nettement. Très très bon vin. Et les prix de ces 2005 restent très raisonnables, ce qui est à souligner ! A côté, le 2003 fait un peu ampoulé et rustique, sur des tannins trop durs et un nez un peu confituré, la bouteille ouverte depuis quelque temps est à mon avis passée. Pas le meilleur 2003 de Lescure qui avait pourtant offert de très belles réussites dans ce millésime (les cuvées que j’avais sélectionnées quoi ;-).

Je suis prêt à partir quand arrive François, en tenue de combat, T-shirt taché, short et grosses bottines. « J’ai une demi-heure, on fait un tour en cave pour goûter les 2006? ». Si lui a une demi-heure, moi aussi bien sûr.

lescure

Je ne prends pas de notes, et les malos ne sont pas encore finies, mais ce que je retiens, c’est l’expression qui se dégage de ces 2006. Ce n’est évidemment pas le 2005, mais on est loin ici de la berezina attendue. Après un juillet sec, un août mouillé, septembre a tenté de réparer les pots cassés. Et puis, il a fallu trier et comme de plus en plus, les vignes travaillées en bio ont tendance a équilibrer ces données climatiques. Alors, ce qui ressort de cette dégustation, c’est un sentiment de naturel qui me comble. Un fruit pur, des tannins fins et une concentration plus que raisonnable pour un pinot noir, et surtout pas de surextraction ; la grenouille 2006 n’a pas essayé de se faire plus grosse que le bœuf 2005.

Manifestement, François Chaveriat qui a converti le domaine à la culture biologique est est maintenant en certification, continue la révolution à la cave. Egrappage complet pour un meilleur fruit (on se rappelle l’expérience de Peynaud qui avait fait macérer des rafles pour prouver leur peu d’intérêt, même si ce n’est pas aussi enfantin ;-), diminution des doses de sulfite (mais il ne croit pas au sans soufre ;-), plus de chaptalisation depuis 5 ans, et un boisé également beaucoup moins insistant. Toutes les actions sont inscrites dans recherche primordiale du terroir et surtout pas de l’imposition d’une quelconque « patte» du vigneron. Mais François de continuer d’expérimenter, comme avec cette cuvée de base où il teste l’égrappage. Le fût non égrappé est fruité, dense, avec de la mâche ; celui complètement égrappé « pète » littéralement de fruit très pur, et se fait plus digeste, vraiment coulant. J’ai toujours un faible pour la minéralité du Pommard Vaumuriens, au terroir un peu plus froidn ce qui engendre des maturité plus tardives, mais quelle classe ; ceci-dit, le Pommard les Vignots bien mûrs sont aussi très élégants en 2006. Nous goûtons aussi le Vosne-Romanée les Suchots, et le Clos Vougeot, le Vosne tout en rondeur et densité, le Clos avec, encore, un supplément de classe dans sa texture et de finesse. Beaucoup attendent d’un grand cru un plus de concentration, mais les meilleurs ont plutôt ce plus de touché et de longueur.

Au final, plus d’une heure en cave et une discussion à bâtons rompus sur son approche de plus en plus précise du vin. Merci François et qui sait à bientôt peut-être en Belgique.