11/04/2008

VINS DINGUES! (I)

Hier soir, atelier "Vendanges de Vins Dingues", avec comme objectif : lavage et écartement des papilles! Des divins breuvages enfantés par des vignerons passionnés, mais il faut le reconnaître, un peu déjantés. Le but était donc d'étonner des papilles pourtant aguerries, qui au "grand vin" (tussen haakjes, je n'ai pas oublié tout mon flamand;-), qui au "vin nature", qui "entre les deux". Ce fut, je crois, une réussite et je vais vous la conter ici en plusieurs épisodes.

L'étonnement, la surprise, vient souvent d'un changement d'habitudes, d'un bouleversement de repères. J'avais assisté dans mon autre vie, à un séminaire sur l'innovation; où on y apprenait comment susciter la créativité. Une des seules choses que j'ai retenue, c'est le renversement des dogmes. Vous listez, dans votre secteur d'activité, ces fameux dogmes, et puis vous en prenez le contraire. Exemple, "la bière ne se conserve pas"; et bien vous créez une bière qui peut vieillir. Simple, amusant et il faut bien l'avouer parfois efficace.

Et bien les vignerons présentés hier soir étaient donc les Monsieur Jourdain de l'innovation;-) Un exemple pour le vin? Les vins du Jura! Le vin du Jura est par essence oxydatif, et bien deux vignerons, Fanfan Ganevat et Stéphane Tissot, suivant les pas de Pierre Overnoy, ont un jour décidé de faire du grand vin blanc ouillé, à la bourguignonne, de chardonnay, et même de savagnin. Certains d'entre vous le savent, le résultat est génial, et il y a maintenant une bande de suiveurs, de "me too" qui tente vainement de les rattraper, mais les élèves dépassent difficilement les maîtres;-). Et ce n'est même pas grave, ces 3 larrons (avec Manu Houillon qui succède à Pierre Overnoy), ont plus d'un tour dans leur chai. La créativité, on peut la stimuler, mais il y a une bonne part d'inné...

Il est donc possible de surprendre, simplement en prenant le contre-pied des habitudes, qu'elle soient de vinification, de cépages (intrus, rares, oubliés ou interdits), de sol, ou parfois même de "packaging". Mais tout cela ne serait-il pas vain, si le goût, les arômes restaient dans le commun connu? Et bien si! Le but d'une telle dégustation était aussi d'ouvrir de nouveaux horizons gustatifs, de bousculer nos propres habitudes, tout en se régalant, bien sûr!

ganevat-vignesPour se mettre les papilles sur cale, rien de tel qu'un petit Délire. la bouteille, de ce délire de Jean-François Ganevat, déjà étonne. C'est une bouteille de limonade, à l'ancienne! Le vin? C'est ce que l'on appelle un Pet' Nat' ou pétillant naturel. Contrairement au crémant ou au champagne qui nécessitent manipulations, liqueur de tirage et de dosage, ici, le vin est simplement partiellement fermenté. Quand il ne reste plus qu'un peu de sucres, on met en bouteilles sans filtration; les levures achèvent le travail, ou pas;-). Celui-ci est issu de savagnin, très légèrement pétillant, encore un peu sucré, il ne fait que 8% d'alcool et c'est non seulement un délire mais aussi un délice. Fruité pomme poire, légère douceur en bouche, contrebalancée par une acidité bien citronnée, c'est rafraîchissant en diable! Un vin qui attend impatiemment vos apéros de soleil. Bio, sans sulfites, succès garanti, faut juste se rendre compte que 8% d'alcool, c'est peu pour du vin, mais c'est encore beaucoup. Pour vous situez, pensez à boire l'équivalent en Leffe 8°; bon d'accord la digestibilité n'est pas la même;-). A boire avec modération quand même !

ganevat_delireComme nous en étions à bouleverser les habitudes, et nous souvenant du dicton vigneron "Blanc sur rouges, rien ne bouge" et "Blanc devant, tout fout le camp"; et bien nous avons débuté notre dégustation par les rouges, et pas par les blancs!

Le premier allait déjà bien surprendre. Toujours en Jura, c'est le "J'en veux", du même Jean-François Ganevat. Dans les années 30, quand les premières AOC se répandent, le Jura balaye la plupart de son patrimoine ampélographique pour ne garder que 5 cépages, chardonnay et savagnin en blanc; pinot noir, trousseau et poulsard en rouge. Au revoir le Peurion! Salut l'Enfariné! Va te faire voir Gros Béclan! Bye le Gueuche! Au diable l'Argant! Disparus tous ces cépages? Pas tout à fait, il en reste de ci de là; et Fanfan nous en sort une composition chaque année, il y a eu le "rosé de la Combe", puis le "vin préféré du tonton Casa", il y a maintenant le "J'ai Soif", et l'année passée? l'année passée, il y avait le "J'en veux! ". Si le premier vin était plutôt délire, celui-ci nous mène droit vers l'internement! A base d'enfariné, récolté à haute maturité, sans machine, cela va sans dire, et puis égrappé à la main, grain par grain. Un travail de dingue, pour donner (c'est bien le mot vu le prix, +/- 11 euros) un vin d'une fraîcheur extraordinaire. Robe pourpre, nez de cerise, (certains partent sur le pinot noir, d'autres sur le gamay), de prunelle, de fruits rouges mûrs mais frais. La bouche est gourmande, dotée d'une acidité revitalisante, la finale sur les petits fruits et les épices, que quelques amers structurent avec grâce, est étonnante. Et ceux qui n'apprécient pas ce chouïa d'amertume peuvent toujours aider Fanfan à retirer les pépins à la pince à épiler la prochaine fois;-).

vins_etonnants11Etonnant, aussi, sa teneur en alcool, seulement 11%, alors que la mode est plutôt aux vins riches; et pas que dans le Languedoc, même les bordeaux et bourgognes osmosés font plus de 13%! Ici, le vin est frais, mais loin d'être léger; il a de la mâche et une certaine puissance, mais sur la matière, pas sur l'alcool. Sans sulfite ajouté, il bonifie encore en cave, inutile de dire que j'adore!

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, mais la suite est pour bientôt; les Bogus, Ultime, ou Bacco Noir arrivent ...

Et si un tel atelier de dégustation vous intéresse, chez vous ou à la boutique de l'Odyssée, laissez moi un petit message à laurent@truegreatwines.com; à bientôt!