28/10/2009

VINS BLANCS de CHAMPIGNONS

Dégustation à thème le week-end passé à la boutique de l'odyssée. Comme d’habitude, direz vous! Oui, mais cette fois pas de région, pas de cépage, pas de vigneron, juste une recherche d'harmonie avec la saison, et l'occasion aussi de se prendre un bon bol d'oxygène. Et puis une harmonie culinaire aussi, via bien sûr, les champignons! Pas de longues balades, donc, mais belle récolte!

J’ai pris quelques unes de mes recettes préférées et tenté d’y coller un accord parfait, en tout cas l’accord que je ferais sans hésiter. Ensuite, à vous d’essayer. Pas le temps de rédiger ces recettes souvent réalisées à l'inspiration; alors, je vous propose de consulter celles que j'ai tirées du net. A vous de les adapter selon votre goût, envie et expérience.

Les Blancs

Avec tourtestourtes ou quiches, comme certains d’entre vous les ont dégustées à nos journées balades champignons et escargots, j’adore déguster un pinot gris bien sec, mais musclé, qui champignonne ou mousseronne gentiment au nez, et ce fut le pinot gris 2002 de Bruno Schueller; c'était les dernières caisses, et il était parfait. 

Avec un risotto, (dans lequel vous n'hésiterez pas à tester quelques épices ;-), j'aime bien aller à la rencontre d'un chenin, voire si l'envie d'aventure me prend, à la recherche d'un blanc sans soufre à belle tendance oxydative (par exemple ceux de Pierre Frick).

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De même, si vous cuisinez les pieds bleus, champignons goûteux mais très puissants, il faut un vin qui assure derrière. Là aussi, un chenin bien mûr ou un léger oxydatif fera merveille.

Comme exemple, nous avons dégusté l’Anjou blanc 2007 de René Mosse, aux arômes de crumble au coing, à la bouche grasse mais équilibrée, suffisamment puissant, mais également frais pour pouvoir accueillir ces plats.

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Et puis, même si ce n’est pas la saison, un thème champignon sans morilles et donc sans vins du Jura, ce serait une insulte aux bonnes convenances. On ne va donc pas louper l’occasion de se régaler avec un poulet de Bresse au morilles et vin jaune. Pour l’occasion, j'ai sorti mon millésime préféré de fanfan en vin oxydatif, le 2002, à nous le Savagnin Prestige 2002 de Jean-François Ganevat, et ses arômes de morilles et de lichen séchés, de raisin et d’abricot sec, de curry de Sambhar, et sa bouche onctueuse. Un vin riche, superbe, plus adéquat pour un repas qu’un vin jaune, quoiqu’il soit aussi idéal pour une bonne méditation ;-).


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07/10/2009

PARFUM DE VENDANGES 2009

Un beau petit reportage sur les vendanges 2009 chez les Schueller, ne loupez pas non plus la recette qui suit, de quoi faire saliver et donner l'envie d'ouvrir un vieux pinot gris de cette belle maison!

Et je ne résiste pas à vous mettre en lien le reportage d'envoyé spécial sur le vin est-il encore un produit naturel. Bien sûr il y a une part énervante de sensationnalisme (ben oui soyons pas naïf, c'est de la télé!), mais les boutons vont sans doute surtout germer chez ceux qui ne veulent se remettre en question... Et ils vont tirer à boulets rouges sur le messager (l'envoyé spécial) plutôt que de réfléchir... Car le fond est là, et la différence entre le vin industriel (majoritaire) et le vrai vin de terroir, de préférence bio et nature, s'accentue encore... et les vessies ressemblent de plus en plus à des lanternes ...

17:41 Écrit par Laurent dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vendanges, vin nature, schueller |  Facebook |

18/04/2009

EFFET MILLESIME (Les Rouges)

On passe aux rouges et nous abordons une de mes régions préférées, le Beaujolais. Dans cet océan de médiocrité, il y a quelques perles et nous allons nous lancer sans crainte dans l'appréciation d'une trilogie de Moulin à Vent, ceux de Michel Guignier. Découvert il y a quelques années, Michel travaille en bio(dynamie) et vinifie avec peu ou pas de sulfites. Conjugué à de petits rendements et un bon terroir, cela donne d'excellents vins, il me semble en progrès constant. Nous allons le vérifier. En terme de millésimes, ils sont proches en qualité de la Bourgogne. 2004 difficile, 2005 parfait, 2006 un peu généreux mais déjà très agréable.

BEAUJOLAIS, Moulin à Vent 2004-2005-2006, Michel Guignier (Groupe 1-2)

Les robes sont bien différentes, le 2004 étant sans surprise plus clair. Des arômes de poivre long, de terre et de sous bois s'en dégagent aisément. La bouche est assez acide, le fruit sur la groseille, les tannins encore présents mais souples. L'évolution est à la limite du végétal, agréable, mais végétal quand même, témoignant d'un léger ma,que de maturité. Un vin pour la table. Le 2005 est tout son contraire, fruit noirs, violette, graphite, légères notes animales, épicé. Bouche encore un peu fermée, avec un beau jus en milieu de bouche mais des tannins encore un peu bourrus. A attendre encore. Ah le plaisir de beaucoup de 2006, il est actuel. Son nez est plus subtil, avec des notes sanguines, de fer, de fleur. Une bouche élégante, fruitée, aux tannins plus veloutés. C'est moins puissant mais très bien équilibré, dans un style très nature. Beau vin. Mêmes appréciations dans le deuxième groupe excepté le 2006, légèrement bouchonné, mais nous 'lavons remplacé.

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BOURGOGNE, Marsannay Les Favières, 2003-2004, Olivier Guyot (Groupe 1-2)

Un terroir en bas de coteaux, le 2004 avait, à sa sortie, été sélectionné dans la revue des vins de France. La différence de robe est évidente, un peu plus colorée dans le 2003. So nez est aussi plus fin, avce des notes florales qui se mêlent à d'autres plus giboyeuses. la bouche est suave, il reste encore quelques tannins, mais il ne sont pas secs contrairement à beaucoup de vins de ce millésime. Une bouteille plaisir pour le moment. Le 2004 est plus poivré au nez, épicé, minéral, avec une petite note de fût. Il possède plus de mâche, plus d'acidité et un peu de dureté, mais l'équilibre est là. A attendre encore un peu et à réserver pour la table, mais le petit déficit de maturité ne sera jamais comblé.

Avec les fromages divers, nous goûtons deux pinot noir, un d'Alsace et un de Bourgogne, et de millésime différents, pour voir.

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ALSACE, Pinot Noir 2006, Bruno Schueller (Groupe 1-2)

Robe à peine évoluée, le vin est en pleine forme. Nez puissant de rose, d'encens, d'épices, très nature nature. la bouche est un peu perlante, mais cela ne fait qu'ajouter à la gourmandise. On aime ou pas ce style, moi j'adore, et au vu du degré d'évaporation du vin dans les verres, je ne suis pas le seul. Superbe.

BOURGOGNE, Pinot Noir 2004, Abbaye du Petit Quincy (Groupe 1-2)

Robe groseille et en trouvera aussi en bouche, Très tytpique du millésime 2004 dans un recoin encore plus septentrional, Dominique Gruhier limité bien les dégâts. Le vin est à la hauteur, même s'il n'évite pas les notes de rafles et une acidité tranchante. Sur les fromages, c'est toutefois parfait, car le fruit ressort et l'acidité nettoie la bouche.

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PROVENCE, Baux de Provence, Clos Milan 2001-2002-2004, Henri Milan (Groupe 1-2)

Un cuvée mythique pour moi, et dans 3 millésimes, le rêve!

Les 3 cuvées sont au top dans des registres très différents. En demi corps, mais très parfumé, le 2002 est sûr des notes tertiaires, de tabac, de sous bois, d'encens et d'épices. La bouche suave présente encore deux ou trois petits tannins, mais c'est envoutant et très agréable. Le 2003 est à l'opposé, une bombe et ce n'est pas moi qui le dit. Robe sombre nez typé Milan, mais avec des notes de liqueurs de fruit. C'est suave, long, équilibré, sans chaleur, mais encore marqué par des tannins. Rien à voir cependant à ce qu'il pouvait présenter à sa sortie. Encore 2-3 ans et ce sera parfait, mais on peut l'attendre plus. Enfin le 2001, carafé comme les autres quelques heures, il faudrait prendre son temps pour en analyser la complexité, mais là, nous l'avons simplement bu!

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Quelques conclusions rapides et sans prétention, suite à cet exercice passionnant:  

- l'effet millésime est une réalité, les différences entre les années sont vraiment marquées. Il faut donc goûter d'une année à l'autre.

- les années sont hétérogènes, on le savait, il ne fait pas le même temps partout en France qu'à Bordeaux. Les 2004 d'Alsace étaient largement au dessus des rouges de Bourgogne et du Beaujolais. Les blancs au dessus des rouges.

- ceux qui ont complètement brûlé 2003 ont eu tort. Bien sûr il faut choisir, mais les rouges présentés (Provence et Bourgogne) étaient très réussis au contraire du blanc, un peu fatigué.

 

Voilà, à refaire, très certainement.

 

 

 

 

 

 

 

17/04/2009

EFFET MILLESIME (Les Blancs)

2 soirées consacrées à des miniverticales, afin d'approcher un peu l'influence du "temps qu'il fait" sur nos breuvages préférés. Nous avons donc parcouru, sur quelques millésimes, diverses cuvées plus ou moins huppées. Tous les vins sont issus de vignerons "nature", c'est à dire qu'il recherche à donner le meilleur de l'année (principalement par le tri et des extractions justes) sans essayer de lisser l'effet millésime.

Même atelier à une semaine d'intervalle, quelques séries ont été dégustée deux fois.

ALSACE, Pinot Blanc 2004-2005-2006, Gerard Schueller (Groupe 1).

J'adore cette cuvée de Bruno Schueller, et je la prends sans hésiter chaque année. Mais je ne les avais jamais mises côte à côte. On commence par un 2004, le nez s'est un peu refermé avec des notes fumées qui fatiguent un peu le fruit. La bouche est par contre très belle, beaucoup de fruit (litchi, pêche, abricot), riche, gras, mais avec une finale sèche, saline et un bel équilibre. C'est un beau pinot blanc mais qu'il faut boire. Le 2005 a une robe plus claire, un nez floral (ylang ylang); il est moins concentré que le précédent, avec quelques petits amers en finale. Cela claque en bouche et c'est bon! La robe du 2006 est la plus dorée, le nez est sur la cire, avec des notes de miel et de pourriture noble. La bouche est dans le style du 2004, avec quelques sucres résiduels contrebalancés par une bonne acidité. Impossible de lui résister. Ces 3 vins sont le reflet parfait du millésime, le 2004 avec un bel été indien a produit une très belle maturité. Le 2005, difficile, a souffert un peu des pluies, tandis que le 2006; millésime pourri un peu partout en Alsace a vu chez Bruno un peu de pourriture noble, le tri faisant le reste. Fameux résultat dans les 3 cas, mais je ne m'attendais pas à de telles différences entre ces 3 années, comme quoi!

millesime1BOURGOGNE, Marsannay La Montagne 2003-2004-2005, Olivier Guyot (Groupe 1 et 2)

3 millésimes successifs, mais de qualité très différente. 2003 c'était l'exceptionnelle canicule; 2004, millésime très difficile, eut du mal à atteindre la maturité (surtout les rouges), et 2005 fut sans encombre, un millésime "facile"!

Le 2003 a la robe dorée, un nez puissant de -poire compotée, un peu de beurre, de pâtisserie, de poire william, mais aussi à l'aération, quelques notes de madère. La bouche st puissante, mais sèche, saline, pas très acide, mais sans carence. Un peu trop d'alcool en finale, et ces notes de madère qui font dire que ce vin devrait être bu. Pas de miracle. la deuxième bouteille sera conforme, à peine moins avancée.

Le 2004 est moins coloré, avec des reflets verts, un registre floral au nez, épicé, anisé, fruité entre les agrumes et l'ananas. Une bouche vive, salivante, moins concentrée que le précédent. les deux bouteilles sont conformes, c'est bon pour qui aime la vivacité.

La première bouteille du 2005 est très fermée (même après ouverture;-), la deuxième s'exprime mieux, c'est puissant, charnu, musclé, avec plus de tout, de corps, d'acidité et de longueur. Il faut par contre l'attendre pour avoir une future belle bouteille.

Là aussi, le vigneron a bien négocié les millésimes tout en les respectant; seul le 2003 aurait sans doute déjà du être bu, pas de miracle!

millesime2LOIRE, Anjou Rouchefer 2004-2005-2006, Rene Mosse (Groupe 2).

Encore une des mes cuvées fétiches; j'avais d'ailleurs présenté le 2003 lors de l'atelier oxydé-oxydatif ; et dans un millésime difficile (canicule), le vin semble encore s'améliorer à chaque dégustation, soutenu par une minéralité de bouche exemplaire. Ce sont les 3 millésimes suivants que nous avons cette fois dégustés avec grand plaisir.

2004 n'était pas évident, il y a eu "un peu d'eau" selon René et un mois d'août faible. 2005 et 2006 sont pour René des milléismes sans problèmes, un peu plus chaud en 2005. Les rendements ont été faibles, mais en 2005, carrément lilliputiens.

Le 2004 est épanoui, le nez ouvert, sur la poire, le coing et le tilleul, très fruit! Je lui avait déjà trouvé une finale un peu alcooleuse, ce n'est vraiment pas le cas cette fois; au contraire, on lui retrouve ce côté juteux très agréable, une petite salinité et une belle longueur. On peut le boire, je ne crois pas qu'il puisse s'améliorer, même s'il peut encore "tenir" quelques longues années. Le 2005, c'est le 2004 en plus de tout, mais également plus fermé au nez, mais plus complexe. Plus de mâche, de concentration, de matière sèche, de raisin quoi. On ne se lasse pas de ce vin sec mais dense, à la minéralité exacerbée, pour moi grande bouteille et grande garde; ça tombe bien il m'en reste! Le 2006 est plus lascif, très ouvert au nez avec des notes de miel, il paraît un peu moins dense, et plus à boire, ce que l'on fait sans difficulté.

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Exercice génial, car si comparaison n'est pas raison, elle permet de lire ces vins sous un éclairage différent, et sans doute plus objectif! Passionnant!

La suite et les rouges bientôt!

 

18/03/2009

MINERALITE, nous l'avons rencontrée pour vous!

La Minéralité , vous la lisez partout, pas un compte rendu d’amateur qui n’y fasse allusion, pas une description de professionnel qui n’y fasse référence ; et vous l’entendez partout, pas un vigneron qui ne place ce mot magique sur un salon ou dans sa cave, pas un caviste qui ne vante la Minéralité de sa dernière cuvée en promo. Elle est à la mode, et puis elle fait débat, , ou encore , ou encore encore , ou encore et encore et encore et encore . Elle est donc partout, mais l’avez vous rencontrée.

Et bien, nous avons mis nos papilles en bandoulières et sommes partis à sa rencontre. Mais attention, elle est fourbe, la minéralité, elle peut vous jouer des tours, vous piéger, vous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Comme nous sommes courageux, mais pas téméraires, nous nous sommes limités aux blancs, pour cette fois.

Nous avons commençé par des eaux, car qui dit minéralité, dit minéraux, et qui dit minéraux, dit eau minérale. J’avais choisi quelques eaux minérales connues, de salinité différente. Le contratse entre Evian et Spa est frappant. Spa est une eau qui semble dure au goût, elle serre les muqueuses, laors que l’Evian glisse sans se faire remarquer. La différence : 300 mg de sels dans l’Evian, 30 dans le Spa. Si vous prenez la Vittel et que vous la comparre avec la Contrexeville, c’est à nouveau le grand écart. Vittel semble proche d’Evian, mais la Contrexéville est plus ronde, elle enrobe la bouche, paraît plus consistante. La différence, 300 mg dans l’Evian, près de 3000 dans la Contrexéville. Gpûter la Badoit et la Vichy St Yorre permet de faire la différence entre les minéraux et le sel NaCl (ou sel de cuisine) contenu dans la Vichy. Enfin (quoi, certains ont trouvé le temps long en dégustant les eaux, mais non !;-), nous avons aussi goûté l’Hépar, qui contient un peu plus de Magnésium ce qui lui donne un goût particulier, et un peu d’amertume. Nous avons aussi goûté une eau dans laquelle j’avais ajouté une bonne clouche de craie. Dure en bouche, et un nez très caractéristique « calcaire » qui restera ancré dans nos mémoires, je crois !

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Nous avons fait un dernier essai, avec ajout de sucre (5 grammes) dans du Spa et dans la Contrex (+1 gramme de sel) ; la différence était notable. La deuxième paraissait moins sucrée que la première. Le même test l’année passée avec l’alcool avait été encore plus édifiant édifiant.

Comme ces variations minérales naturelles sont comparables à celles mesurées dans le vin, il n’est pas impensable que la perception du vin soit grandement influencée par les minéraux, ceux-ci jouant sur l’équilibre et l’harmonie des constituants.

Revenons au vin, j’avais choisi une bonne douzaine de cuvées exprimant, à mon sens, différents types de minéralté, voire son absence !

Alsace Riesling or, Vincent Stoeffler, 2006

Robe jaune, reflets verts. Au nez, on peut distinguer une note un peu fumée (allumette) et silex entrechoqués, qui est sans doute due à la perception du sulfite. Heureusement, il y a aussi pas mal de fruit jaunes (pêche, poire, citron confit..) et un peu de minéralité typiquement alsacienne (pétrôle). Le vin est légèrement sucré, avec une certaine puissance et longueur. A attendre.

On peut distinguer dans ce vin 2 types d’arômes minéraux. D’une part de la minéralité typiquement alsacienne due à la présence de TDN et puis une impression de silex sans doute due à la présence de sulfite.

Alsace Riesling Bild de Table, Schueller, 2004

Le nez est sur l’oxydo-réduction, notes de pain grillé, de pomme, quelques arômes lactés, mais aussi une sensation calcaire intense. Un nez évolutif mais qui ne déploie pas les arômes classiques du riesling (le binôme pétrôle/agrumes). La bouche est dense, mais tout à fait sèche. Elle est tenue par une belle acidité juteuse qui prolonge le vin et par ce que l’on pourrait nommer la minéralité de bouche, cette délicieuse impression de sucer le caillou bien mûr. La finale est longue, sur le pamplemousse bien mûr et la pomme au four.

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Ici, la sensation minérale se fait au nez comme en bouche. Après avoir respirer une eau très calcaire, la parenté est évidente. On retrouve le même type de sensation en bouche, avec ce calcaire qui tient une matière bien mûre. L’image qui me vient est une paroi calcaire autour de fruits bien mûrs que transperce l’acidité qui fait couler le jus !

Il faut être bien conscient à ce stade que si le raisin vient bien d’un terroir calcaire, que des notes de calaciare sont reconnaissables, au nez comme en bouche, le lien entre les deux n’est pas prouvé.

Fiefs Vendéens, Hauts de Clous, Chenin, Domaine Saint Nicolas, 2005

Le nez est un peu discret et nécessite un peu d’aération pour libérer des notes assez classiques de coing et de tilleul. C’est l’attaque de ce vin qui surprend souvent, elle est typiquement salée. Le vin est juteux, mais encore un peu tenu, fermé, il doit vieillir un peu.

Ici la minéralité est vraiment due à des minéraux, c’est de la salinité sans doute due à la proximité des vignes et des marais salants. J’adore !

Le verre est dans le fruit 2003, Riesling Pfersigberg déclassé, G. Schueller & fils

Une belle robe dorée, un nez puissant, envoûtant, de résine, de lavande et quelques notes d’amandes. Une sève puissante, grasse, mais tout à fait sèche. Le vin est peu acide, millésime de la canicule oblige, mais tient par une structure de bouche intense, encore cette impression de sucer le caillou. Quelques amers en finale sont là pour garder la finale vive.

Pas vraiment de minéralité petrôlée, mais une minéralité de bouche, qui tient le vin en faisant oublier son manque d’acidité. On peut donc être minéral et peu acide !

Pouilly Fumé, Sauvignon, Domaine Dutarte, 2005

Le nez oscille entre le fruit de la passion et un côté fumé typique de l’appellation. Intéressant, c’est le même type d’arôme que dans le riesling. Sulfite ou silex, ce n’est pas franchement agréable. La bouche est un peu fruitée, mais courte et sans jus. Très bof !

La minéralité d’un « bon » Pouilly Fumé devrait se percevoir autant en bouche qu’au nez, trop de Pouilly Fumé ne sont fumés que par la présence de SO2. Encore un beau contre-exemple tout récemment avec le Pouilly Fumé Mademoiselle M 2007 d’Alexandre Bain. Nez d’ortie et de fleur de sureau, sensation calcaire en bouche, qui entoure un fruit très mûr, que dis-je un verger !

Pouilly Fuissé, La Roche, Chardonnay, Bret Brothers, 2004

Il est issu du terroir de Vergisson, sur une roche très calcaire, exposée Est-Sud-est. Sa robe est bien jaune, son nez causant, sur les notes iodées, le fruit mûr. La bouche est puissante, mais dotée d’une acidité marquée qui contrebalance le gras et la mâche. Le fruit se livre plus en bouche, très belle longeuuuuur. Très beau vin !

On confond souvent fumé et fuissé, d’où cette association. D’autre part, nous sommes ici en face de deux sensations minérales perçues au nez, mais bien différente. L’iode rappelle la mer qui rappelle le sel qui est un minéral !

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Mâcon-Uchizy La Martine, Chardonnay, Bret Brothers, 2006

Le sol de cette parcelle est argilo-calcaire, assez profond, et contient de nombreux petits cailloux calcaires. La bouche est d‘une belle puissance, gorgée de fruit (ananas). Une bouche à peine boisée, et une finale correcte, équilibrée par une bonne acidité.

Pouilly-Vinzelles Les Quarts, Chardonnay, Domaine de la Soufrandière, 2006

Nez totalement différent, un peu sur la réserve qui lui livre des arômes d’herbes aromatiuques, de fruits délicats et de caillou, désiolé, pas de’autree nom pour le qualifier. Et le vin a les mêmes caractéristiques, ce petit plus de minéralité qui entoure le fruit, qui apporte du claquant, de la complexité et qui n’est ni de l’acidité ni du tannin.Et si ce n’est pas de la minéralité due aux minéraux, la différence vient bien du sol.

Intéressant, ces eux vins sont issus de vieilles vignes, cultivés et vinifiés selon des méthodes identiques ; seul le terroir change. Ce n’est pas un soop, mais quand même, la minéralité ou son absence peut donc bien venir du terroir. De plus le terroir des Quarts est moins profond, caillouteux, et contient de’l’oxyde de fer….

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Anjou Chenin, René Mosse, 2004

Nez fruité, typique du chenin, mais un peu sur la retenue par rapport à l’année passée, où il était plus explosif et un peu lacté. La bouche est dense, fruitée, avec un peu de sensation minérale . Ce n’est pas très long, mais c’est bon !

Anjou Les Bonnes Blanches, Chenin, René Mosse, 2004

Le nez n’est pas très différent du précédent, peut-être un peu plus précis. Par contre, l’impression en bouche est édifiante. Tant par la perception minérale que par la longueur, une mâche intense, sur du fruit présent mais tenu, et tout cela se maintient longtemps. Un vin qui n’est pas au bout de son parcours.

Différence principale, l’âge des vignes. Dans le sencond cas, elles révèlent le terroir ; dans le premier, on est sur un vin de fruit, mais qui évolue bien. Le contraste aromatique est moins patent que l’année passée. Par contre au niveau de l’intensité de corps et de la longueur, pas photo ! C'est aussi là que l'on se dit que si les arômes fruités pourraient être reproduits ailleurs, la minéralité gustative de cette cuvée ou de celle des Quarts du domaine de la Soufrandière, est vraiment unique. Et c'est peut-être cela, le Graal à chercher!

Vouvray, Chenin, Vincent Raimbault, 2005

Nez peu expressif, légèrement fruité, notes de poires, un peu de miel, de champignon. La bouche est agréable, avec un chouia de sucre, mais peu expressive, un peu de fruit, ce n’est pas long, ce n’est ni mauvais ni bon. Un peu passe partout. Pas de minéralité, mais pas d’explosion de fruit non plus. Electrocardiogramme plat.

Cour-Cheverny Les Acacias, Romorantin, Hervé Villemade, Domaine du Moulin, 2005

La robe n’est pas d’une densité exceptionnelle, le nez n’est pas explosif mais il est entêtant, un mélange d’épices, de fruit jaunes, d’herbes aromatiques et de minéral. La bouche est à l’avenant, dense, très dense, une mâche incroyable qui donne le entiment d’avoir matière sérieuse en bouche. Tout cela est tendu, droit et juteux à la fois, la finale est longue, un peu salline. Un de mes coups de cœur 2008 et il continue à boniifer. Pas un vin facile, mais un vin de jouisseur intellectuel !

Pas de sensation minérale dans le Vouvray, alors que son sol calcaire le permettait, mais pas de sulfte rédhibitoire non plus ; par contre, je ne sais pas si c’est le terroir des acacias (sable à silex) qui confère à ce vin cette minéralité, mais c’est un exemple d’école de minéralité de nez et de bouche.

En conclusion, nous avons bien rencontré la minéralité, sous diverses formes, au nez, comme en bouche. De là à dire que c'est chaque fois le terroir qui en est responsable, qu'un sol calcaire donne des arômes calcaire, que le silex donne un nez de silex, il y a un pas qu'il ne faut évidemment pas franchir. Ce qu'il faut surtout retenir, c'est que la minéralité peux caractériser un vin, ou simplement participer à sa complexité, qu'il ne faut pas prendre des vessies pour des lanternes et qu'un nez fumé de silex peut aussi être dû à l'excès de sulfites. Et puis, nous l'avons vu avec les eaux, la minéralité peut aussi jouer derrière la scène, en harmonisant les constituants. Que ce soit pour cette raison, ou pour obtenir une expression plus complexe ou plus unique, la recherche de la minéralité passe manifestement par une viticulture exigeante, respectueuse de son environnement et vivante. On imagine mal une vigne sous perfusion d'engrais chimiques avoir la capacité de retirer les éléments minéraux de son sol pour les retranscrire dans la palette aromatique du raisin. D'autant, que les micro-organismes semblent bien indispensables pour ces échanges. Pas étonnant que de plus en plus de bons vignerons réfléchissent au bio ou même, osent franchir le pas!

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Et avant de partir, un anniversaire, et une dernière bouteille offerte pour cette occasion. Je propose un de mes tout derniers coup de coeur, un chenin de Xavier Caillard, du vignoble de l'Esmeraldine, du côté de Brézé. Ce vin, un 1999, est élevé en grand contenant et ouillé pendant des années. Le vin pétille allègrement, il ne m'en voudra pas de l'avoir secoué car il est magnifique, sec mais ample, sur les herbes aromatiques, thym, mêlées à des notes de miel et de poire. C'est de toute beauté, mais à cette heure tardive, mes notes se font rares, à bientôt...

13/11/2008

PINOT NOIR, La REVANCHE

Il y a quelques années, j'avais organisé une belle dégustation de pinot noir, consacrée au millésime 2003! Alors qu'il y a avait plusieurs crus réputés de Bourgogne, c'était un pinot noir d'Alsace, de chez Christian Binner, qui avait récolté tous les suffrages. Nous nous étions dit que c'était l'effet millésime, 2003 et sa canicule, et que la Bourgogne regagnerait sans doute le haut de la hiérarchie l'année suivante. Et bien c'est ce que nous avons aussi testé hier soir! Hier, c'était, la Revanche!

Une bonne quinzaine de vins en dégustation, devant un panel plutôt aguerri, on allait voir ce qu'on allait voir. Le vins étaient présentés par paire, juste ouverts une bonne heure à l'avance, et certains carafés juste avant service.

Effet Cépage: Pinot Noir vs Gamay

Bourgogne Pinot Noir 2006, Renaud Boyer

Renaud Boyer a repris les vignes de Thierry Guyot, vignes cultivées en biodynamie depuis une vingtaine d'années, un petit bijou! La robe est légèrement trouble, et semble un peu évoluée en comparaison du suivant. Le nez est très ouvert sur le fruit rouge mûr, les fleurs (rose) et l'encens; des notes d'épices aussi. Le plaisir est au rendez vous en bouche, avec une harmonie, une douceur des plus agréables. Les tannins sont polis, l'équilibre suave, la buvabilité excitante. Dieu que c'est bon!

Morgon Les Grands Cras 2006, Gamay, Domaine Grillet

Déjà un pirate, c'est un gamay! Robe plus brillante, plus colorée, moins évoluée. Par contre, le nez est dominé par les notes lactées, de caramel, qui cachent un peu le fruit. On le retrouve en bouche, plutôt porté vers la groseille, un peu de banane, et puis une finale assez poivrée aussi. L'acidité est un peu plus marquée, c'est plutôt sympa, mais la préférence va indubitablement au Bourgogne de Boyer.

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Effet Région: Bourgogne vs Alsace

Gevrey-Chambertin, Les Champs 2004, Olivier Guyot.

J'aime beaucoup les vins d'Olivier Guyot, ils sont toujours très proches du terroir, sans concession; et le millésime 2003 avait démontré que l'on pouvait faire des vins sur la fraîcheur et sans sécheresse en pleine canicule. Le travail des vignes sans doute! Le millésime 2004, c'est évidemment une autre paire de manche. C'est un millésime à la maturité un peu juste et qui donnait des vins un peu plus dilués. Mais c'est aussi le type de millésime où le terroir se révèle!

Derrière un nez un peu trop marqué par la barrique par ses notes de torréfaction, se dévoile un très beau fruit, sur la griotte mûre, sans aucune trace végétale. La bouche est encore ferme, pas hyper concentrée, mais avec de la matière. L'acidité est marquée mais pas dérangeante. Un vin qu'il faut attendre, un peu trop muet à ce stade.

Alsace Pinot Noir LN 012, Bruno et Gerard Schueller.

Ah voilà le représentant de l'Alsace! Et un vin sans sulfites en plus (12 est la cc en mg mesurée sur la première cuvée sortie en 1997). Les vignes proviennent du grand cru Eichberg, au terroir argilo-calcaire propice au pinot noir.

La robe est un peu plus dense, un peu trouble également. Dans le verre, les arômes sont dominés par la réduction. Ce n'est pas nouveau sur ce millésime, il faut juste un peu de patience. Assez rapidement, les plus habitués y découvrent des arômes de fraise mûre, de rose mature, d'encens, d'épices. C'est très complexe pour qui prise un peu les vins naturels! La bouche est rafraîchissante, sur une acidité salivante; la matière semble plus dense que celle du Gevrey, elle est en tout cas plus suave et la longueur meilleure. Cela reste toujours pour moi un beau moment très compatible, de gourmandise et d'émotion...

Effet appellation et hiérarchie

Marsannay Les Favières 2004; Olivier Guyot

Les Favières, c'est un bon terroir de Marsannay, situé dans le Nord de l'appellation et en bas de coteaux. Un bon, mais pas le meilleur; la Montagne par exemple, du même vigneron lui est nettement supérieur. Robe plutôt claire, nez délicat de fruit rouge groseille, mais assez timide. La bouche est ferme, fruitée, mais avec quelques notes végétales; les tannins sont un peu durs.

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Chambolle-Musigny 1er cru les Charmes 2004, Olivier Guyot

La robe est identique, le nez également timide. Plusieurs dégustateurs demandent si c'est le même vin! Et bien non, il y a même un facteur 2 dans le prix...;-). Il faut juste prêter un peu d'attention à la bouche. Je demande de redéguster. Et là, c'est évident. Le Chambolle est tout en dentelle, il y a une pureté de fruit à se damner, quelques notes florales à faire chavirer. Les tannins sont juste là pour apporter leur contribution à la matière légère mais suave, qui tapisse gentiment les parois de la bouche et structurent la longueur. Car c'est aussi en longueur que se marque la différence. Le Marsannay est ferme, et la finale se fait un peu dure, le Chambolle est tout le contraire, il emmène qui veut le suivre, loin, dans un voyage presque aérien. Typiquement le vin qui risque de passer inaperçu, calé entre deux Bourgogne "modernes"... Ce serait pourtant dommage de rester insensible à son ... charme... Les Charmes sont réputés pour leur délicatesse, apportée sans doute par un sol calcaire pauvre, caillouteux et très bien drainé. Le millésime 2004 exacerbe encore cet effet terroir; amateurs de finesse et pas de maigreur, vous allez vous régalez!!!

Effet Région: Jura vs Bourgogne

Côte de Jura, Cuvée Julien Ganevat 2005, Pinot Noir, Jean-François Ganevat

La robe est plus sombre que celles des séries précédente, elle est brillante. De très beaux arômes de cerise mûre percolent du verre, accompagnés de notes de café, de pierre chaude, de fleurs (violette). C'est très beau, distingué, complexe et évolutif. Le nez reste accroché, curieux de découvrir encore et encore, de nouvelles senteurs. Tout cela se retrouve en rétro-olfaction, la sève est présente, mais sans agressivité. L'acidité oriente certains vers les Fiefs Vendéens, d'autres restent en Bourgogne, personne ne pense au Jura, ni a Fanfan Ganevat, qui nous joue encore un tour de sorcier! Un pinot noir cependant très loin des dérives "putassières" que lui font subir de plus en plus d'oenologues. Un vin qui ira encore très loin!

Gevrey Chambertin, Billard 2005, Jérôme Galeyrand .

Un néo-vigneron, et déjà une des révélations pour beaucoup. J'avais eu un coup de coeur pour ses vins aux Grands Jours de Bourgogne et non sans difficulté, j'avais pu le mettre à ma carte. Jérôme possède 4 hectares en côtes de nuits (Gevrey, mais aussi Fixin, ...), qu'il travaille en lutte très raisonnée; en espérant qu'il évolue vers plus de naturel encore dans les années qui viennent, laissons lui un peu de temps. La robe est très sombre, très 2005! Le nez est très expressif, presque explosif. Des notes de cassis, de myrtille, avec des épices, du balsamique, presque de la garrigue jaillissent du verre. La bouche est suave, sans aspérités et d'un équilibre remarquable. Sans doute moins "terroir" que le Ganevat, il est certainement plus accessible; mais avec de la fraîcheur, et loin de sombrer dans les caricatures précitées. Gros miam pour beaucoup!

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Effet Exposition: Sud vs Nord-Est

Le pinot noir se plaît pas trop mal sur les terroirs froids; il ne nécessite en effet pas une période de maturation trop longue et il bénéficie parfois d'une certaine lenteur dans celle-ci (pour autant qu'elle soit complète bien sûr.). On le trouve d'ailleurs en Loire, mais aussi en Allemagne, ou en Autriche. Son exposition de prédilection est sans doute l'Est, mais nous avons choisi ici de comparer deux vins issu d'un terroir très similaire (marnes blanches) mais aux expositions radicalement opposées, sur un millésime plus difficile que le 2005, mais à mon avis très sous-estimé, le 2006!

Pommard Les Vignots 2006, Chantal Lescure

Exposé au Sud, nous avons en face de nous un pommard assez corpulent, à la robe noire, au nez fruité (myrtille, fraise), à peine boisé, à la bouche charnue, mais tannique, ferme, très puissante (certains y trouve un petit déséquilibre d'alcool). C'est très bon, mais il faut un peu le garder pour qu'il s'équilibre et s'affine; il y a une matière que seul le temps pourra dompter.

Pommard Les Vaumuriens 2006, Chantal Lescure

Sur un terroir plus froid, exposé Nord-Est; François Chavériat (le maître de Chai qui sera présent à notre marché de Noël le samedi 14 décembre;-), nous propose une superbe cuvée. Bien sûr, les tannins sont encore un peu présent, mais quel jus en milieu de bouche, quelle fraîcheur, et déjà quelle complexité. C'est nettement moins massif que les Vignots, et pour beaucoup, un cran au dessus au niveau plaisir actuellement. Je suis d'accord, en bon millésime, les Vaumuriens à souvent ma préférence. Rendez vous toutefois dans 10 ans ;-).

Effet Hiérarchie et Sol: 1er cru vs Villages; Calcaire vs "pas"calcaire;-).

La Bourgogne, c'est avant tout une diversité de sols. Il était intéressant d'y plonger, modestement, afin de mettre en évidence son effet potentiel. Et comme le pinot noir, c'est le calcaire, c'est donc sur sa présence qu'il fallait jouer, et comme nous aimons jouer, nous avons joué, et gagné!

Nuits Saint Georges 2006, Chantal Lescure

Robe encore plus sombre, c'est la côte de nuit, nez expressif, très myrtille bien mûre, au boisé sympathique car non dominant. La pulpe est bien présente, la bouche est ronde, aux tannins plus civilisés que les Pommard. C'est une vraie petite bombe de fruit, que l'on apprécie sans aucune difficulté. Très charmeur.

Nuits Saint Georges, 1er cru les Vallerots 2006, Chantal Lescure

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Les Vallerots est un terroir très calcaire, assez ancien et en coteaux. C'est un des tout bons 1er crus de Nuits St Georges. Sa robe tout aussi sombre que le villages, mais le nez se fait déjà plus précis, plus de finesse sans doute. Si le Villages faisait grosse impression, c'est pourtant presque sans combattre, que le premier cru va l'écraser. Par sa finesse, par la qualité de ses tannins, par son acidité, par sa longueur; c'est un KO debout et une belle leçon à ceux qui ne croient pas au terroir. Un cas d'école. D'école, car il est facile de présenter un mauvais villages contre un bon premier cru, non, le challenge était ici d'impressionner par le villages et puis de renverser la situation avec le 1er cru, pari gagné! Et à nouveau Bravo à François Ca-Chavériat et son équipe. Ils nous font déjà oublier le millésime 2005...

Il est temps de se restaurer, et grâce aux fromages de la Casière, à Wavre. Evidemment, sur un bel Epoisses, de l'ami de Chambertin, ou les St Félicien et Marcellin, il faut choisir un vin qui sera mis en valeur et non pas une grande cuvée qui risque d'être dénaturée. Il ne faut donc pas hésiter à descendre un peu dans la hiérarchie et rechercher la fraîcheur et la vivacité. C'est ce que nous avons fait en visitant l'Yonne.

Effet Millésime et effet Fromage

Bourgogne Epineuil, Côte de Grisey 2003, Abbaye du Petit Quincy

Robe brillante, assez dense, le nez est tout sur le fruit rouge (groseille, fraise), assez simple sans doute, mais bien net. La bouche est gourmande et le fruit se révèle encore avec le fromage; accord classique mais bon!

Bourgogne Epineuil, Côte de Grisey 2004, Abbaye du Petit Quincy

Dominique Gruhier a vraiment fait progresser les vins du coin. Il en récolte maintenant les fruits puisqu'il rentre dans le guide de la RVF 2009, bravo! J'étais curieux de regoûter ce difficile millésime 2004, et ma foi, sans prétention, il se comporte bien sur le fromage, lui apportant toute la fraîcheur nécessaire. Bien sûr, la robe est plus claire, bien sûr la matière est moins dense; le fruit se fait aussi plus frais (groseille), agrémenté de notes de poivre vert, un peu végétales sans doute, mais cela reste friand et très sympathique. Pour le plaisir, et parce que vous avez cru la découvrir à presque chaque paire, j'ai ouvert une bouteille de

Fiefs Vendéens, La Grande Pièce 2002, Pinot noir, Domaine St Nicolas (Loire)

Carafée pour éliminer quelques bulles de CO2, le nez se fait immédiatement très ouvert. Mûre, cerise du nord, épices, fumée, graphite, minérale; c'est très beau. La bouche est juteuse comme un vin de Barral (le schiste?, le peu de SO2), tout en finesse mais aussi en belle maturité. La gourmandise fait que le vin s'évapore trop rapidement; je ne l'avais plus goûtée récemment, coup de coeur pour moi et je ne suis probablement pas le seul ;-)!

Il fallait terminer par un Bourgogne à maturité, je me suis donc plongé dans mes réserves, constituées, à l'époque où j'écumais les foires au vins. Je me suis arrêté sur:

Gevrey-Chambertin 1er cru Lavaux St Jacques 1995, JP. Marchand.

Honnêtement, à l'époque, il était plutôt dense, charnu, j'avais l'impression d'avoir fait une bonne pioche. Le 1er cru Lavaux St Jacques, est bien situé, pas loin de du réputé Clos St Jacques, voyons voir. Il ne faut pas être grand dégustateur pour constater l'évolution de la robe qui garde cependant une belle profondeur. Le nez combine les arômes de fruit et ceux plus évolués de viande, d'épices douces, de cèdre et de tabac. La bouche est fine, mais finit un peu court. Sans être désagréable, il manque un petit je ne sais quoi de profondeur pour vraiment plaire et tenir son rang. Peut-être l'apogée est-elle un peu dépassée, peut-être sommes nous trop formatés aux vins jeunes, peut-être ce vin manque-t-il aussi un peu de naturel...

Alors voilà, un atelier qui a tenu ses promesses, et où les pinot noirs hors Bourgogne se sont très bien comportés. Difficile de donner des préférences, tant les vins sont différents, mais voici pourtant ceux qui, pour moi, sortent du lot:

8. Gevrey-Chambertin En Billard 2005, Jérôme Galeyrand: quelle accessibilité!

7. Bourgogne 2006, Renaud Boyer: quelle buvabilité!

6. Chambolle Musigny 1er cru 2004, O. Guyot: quelle dentelle!

5. Pommard Vaumuriens 2006, Chantal Lescure: quelle potentiel!

4. Alsace LN 012 2004, Schueller: quelle suavité et quel naturel!

3. Côte de Jura, Cuvée Julien Ganevat 2005, JF Ganevat: quel terroir!

2. Loire, Fiefs vendéens, Grande Pièce 2002, Domaine St Nicolas: quel jus!

1. Nuits St Georges, 1er cru les Vallerots, Chantal Lescure: grand!

L'honneur est sauf, la Bourgogne remporte ma palme de justesse, mais les pinot noirs "hors bourgogne" trustent les accessits, alors que le niveau était très, très relevé! Bon on remet cela quand vous voulez!pinot_noir1

11/10/2008

LIVE: Le VIN SANS SOUFRE (V) Dégustation sur 30 heures

Salut à tous, j’ai été heureux de voir votre enthousiasme le week-end passé, face à ces vins “hors norme”. Peu de grimaces, beaucoup de sourires, et des bouteilles vides en fin de week-end. J’aurais renouvelé, de toutes façons cette dégustation visant à montrer ce à quoi il est possible de tendre en matière de vinification; c’est à dire le minimum de sulfites, voire, pour ceux qui aiment emprunter de nouvelles voies gustatives, le zero sulfites. Mais là, c'est avec enthousiasme que nous repartons pour un Tour de France sans sulfites ni EPO, en visitant d’autres régions, telles que la Loire, le Roussillon, le Sud-Ouest, ou le Jura. Cette dégustation tombe à pic, car c'est justement le thème choisi par le président Olif pour les vendredis du vin . Je crois que vais y participer, et vous? C'est l'occasion, non? ;-). Bon, en tout cas, Santé, au propre, comme au figuré!

A nouveau, nous compléterons ce post avec nos impressions de dégustation, à l'ouverture (vendredi 14h), le vendredi soir à 20h et le samedi vers 19 heures. C'est ce week-end des 10 et 11 octobre, venez faire un tour à la boutique de l'Odyssée et remplissez votre cave de vins nature!

Voilà, déjà les commentaires des deux premières dégustations, ce vendredi à 14h et puis 6 heures plus tard, à 20h00.

Blancs

Alsace, Riesling Katzental Non Filtré 2004, Audrey et Christian Binner

L’absence de filtration permet de diminuer sensiblement les doses de SO2 dans les vins blancs. C’est le cas de celle-ci qui n’a donc reçu qu’une bonne dizaine de mg/l, soit ce que la levure peut, elle-même produire. Le vin est magnifique, la robe un peu dorée, le nez loin des caricatures pétrolées du riesling immature. Non, ici, vous avez de la minéralité, terpénique, mais pas seulement, un peu évolutive aussi. En bouche, il y a un peu d’ananas, du citron confit en finale, une acidité nette et une longueur qui vous fera saliver. Un vin qui arrive gentiment à maturité, et d’un rapport Q/P exemplaire. Vraiment impeccable à tout niveau. à 20h00, cela n'a pas vraiment bouger, un peu plus de fruit sans doute, au top!

Le lendemain 20 heures, le vin est toujours aussi bien, pas de traces dévolution, ni au nez, ni en bouche. Super!

Alsace, Gewurztraminer, Grand Cru Eichberg 2003, sans sulfite, Bruno et Gerard Schueller

. Tout d'abord, une petite video des vendanges 2008 chez Bruno. Mais revenons à notre cuvée. Très peu de récolte sur cette parcelle, Bruno le met dans un petit fût, et le garde sans ouillage, sans sulfite. Après la mise en bouteille, il le fait goûter dans un salon, et les bouteilles partent comme des petits pains. Je le goûte à mon tour, et j’adore. Les arômes plus classiques du gewurz se marient admirablement avec d'autres plus originaux, comme l'orange, le muscat, le safran, le gingembre. Le nez est simplement fantastique. La bouche, plus que perlante, est aussi étonnante. Complètement sèche, mais grasse et puis, ce qui est extra, c’est que l’on retrouve ce côté juteux du sans soufre, cette digestibilité, et qui plus est, sur un cépage qui n’est pas réputé pour ces qualités. Un vin de belle gastronomie. Ce fut un coup de coeur pour certains hier. 6 heures plus tard, le vin a pris un peu de couleur, le gaz est presque parti, je dois me retenir de ne pas me servir un petit verre, attendons demain!

24 heures plus loin, ce vin est toujours aussi magnifique, il n'a pas évolué, mais on y découvre d'autres arômes, encore d'agrumes, mais d'épices aussi, de fruits secs, que sais-je encore. Le gaz est complètement dissipé, et la bouche n'en est que plus agréable, suave, grasse, mais jamais lourde; à peine une pointe d'amertume qui se marie bien avec les arômes d'agrumes et structure encore mieux le tout. Bravo Bruno!

Rouges

Rhône, Pas à pas 2007, vdp Ardèche, Carignan, alicante, sans sulfite, Domaine des Clapas

Neo-vigneron, c’est son second millésime, Jérôme Jouret avance pas à pas, mais à grand pas! Les vignes viennent d’un terroir argilo-calcaire et le vin n’est ni filtré ni sulfité. Derrière quelques arômes animaux loin d’être dominants, c’est une explosion de fruit sureau, mûre sauvage. C’est, comme la cuvée “En avant doute”, d’une fraîcheur insolente. C’est une cuvée plus structurée, moins “glissante”, mais quelle bonheur! Après 6 heures, le vin est nettement plus en place, un peu plus rond, on attend avec impatience la petite côte d'agneau grillée au romarin qui se mariera avec cette cuvée.

Et ce vin tient sans problèmes 24 heures supplémentaires; il ne se bonifie plus, mais garde beaucoup de fraîcheur. A peine quelques notes animales supplémentaires peut-être, mais bien noyée dans le fruit et la garrigue. Belle réussite.

Jura, Pinot Noir, Cuvée Z 2006, sans sulfite, Fanfan Ganevat

Bruno et Fanfan se sont rencontrés pour la première fois chez moi, lors d’un de nos marché vignerons. Depuis, ils ne se quittent plus. Et que croyez vous qu’ils se racontent, des histoires sulfureuses sans aucun doute;-). Fanfan, comme Bruno, n’est pas le taliban du sans soufre, il l’utilise avec grande parcimonie, et sur quelques cuvées qui le permettent, il l’évite tout simplement, sans dogmatisme aucun. C’est le cas avec ce pinot noir issu de vignes plantées en 1977 sur terroir argilo-calcaire. Elevé 18 mois sans SO2 et embouteillé de même, d’où le Z! C’est très minéral au nez, très fumé, empyreumatique, mêlés aux arômes de cerise fraîche, une note boisée, florale et animale. Le vin est très tendu en bouche, les quelques tannins se fondent, doté d’une acidité jurassienne, un peu kriek, mais qui garde une belle gourmandise. La longueur est épatante, très minérale, très salivante. A nouveau, la buvabilité est superlative. Une cuvée qui divise, sans concession, loin des canons denses et sirupeux issus de l’osmose inverse, mais qui ravira les fans du Jura et du vin naturel. Le soir, pas beaucoup de changement, un peu plus de volume, un peu plus de fruit, mais les différences sont peu marquées. Là, on attend la saucisse de Morteau au Mont d'or!

Le fruit s'est encore développé au cours du temps; les arômes fumés et grillés se sont dissipés pour laisser place à un fruit net, cerise groseille et de la minéralité. La bouche reste intransigeante, mais trsè gouleyante. Un vin que certains devront apprivoiser pendant que d'autres se régaleront/

Beaujolais, Régnié sur fût 2005, Gamay, sans sulfite, Christian Ducroux

Nous avons goûté la cuvée de base sans SO2 2006, la semaine passée, voyons cette fois le Régnié fût 2005. Rassurez vous, pas de fût neuf dans cette cuvée, même si le nom y fait souvent découvrir du boisé par certains dégustateurs. Par contre, comme pour la cuvée de base sans SO2, le premier nez est sur le fromage, le deuxième sur la choucroute. Il faut patauger dans tout cela pour dénicher le fruit. C'est en bouche qu'il faut le chercher. Et là, on y trouve de la mûre, de la myrtille, des notes plus originales, peut-être minérales, de graphite. A l'ouverture, la bouche parait cependant plus mince que dans mon souvenir, encore tannique, et plutôt dure. Pas beaucoup de succès pour ce vin. Les tannins, c’est normal, il s’agit en fait du vin de presse et c’est pour affiné ceux–ci que ce vin est élevé en vieux foudre. J'en ouvre une deuxième pour vérifier, elle est très semblable. A 20h00, les arômes de choucroute se sont un peu atténués, je fait goûter Anne, elle adore. La bouche s'est bien arrondie et l'on déguste avec avidité la deuxième bouteille sur une tranche de limousin aux cornes de gattes et champignons des bois récoltés la veille, chanterelles en tube, trompettes de la mort, pieds de mouton, bolets, ... Une alliance parfaite, quelle présence dans ce vin pour qui sait surmonter le premier nez. Jamais l'image du lait cru et du lait UHT n'aura été tant validée. Bon en attendant, je n'en ai pas encore vendu une seule...

Le lendemain soir, le côté "choucroute" s'est un peu atténué", mais ne laisse pas assez place au fruit. Ce n'est heureusement pas le cas en bouche, où il est bien présent. Comme les tannins se sont arrondis, il devient vraiment friand. Un vin à attendre encore.

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Sud-Ouest, vdt “Buzet”, le Pech abusé 2003, 1/4 CF, 1/4 CS, 1/2 Merlot, sans sulfite, Domaine du Pech

David contre Goliath, Ludovic et Magali contre la grande coopérative de Buzet qui dégueule, euh pardon, déverse, 95% de la production, le plus souvent insipide de cette appellation. Et David a perdu le combat de l’agrément; son vin est refusé à la dégustation, et n’a pas droit à l’AOC. Avec humour, il appellera cette cuvée, le Pech abusé ;-). Mais David prend déjà une première revanche aux Vinalies 2007, où son vin de table reçoit le prix des oenologues (amazing, isn’t it?). Mais le coup de grâce à Goliath, c’est vous qui allez l’asséner lors de notre marché vigneron de printemps. En effet, chez Ludovic, c’est toute la gamme qui sort du lot, et vous avez manifestement apprécié, tant le personnage, que ses vins. Revenons à ce 2003, année de la canicule, des rendements minimes (16hl/ha), il a été élevé pendant trois ans pour parvenir à l’équilibre voulu. Mais la patience est une vertu et le résultat en vaut la peine. Le nez est puissant, cassis, prune, noyau de cerise, graphite, très belle complexité. Bouche charnue, attaque moelleuse, mais les tannins sont encore très présents, pas trop secs pourtant, et l’équilibre est là, grâce au pH bas que peuvent donner des raisins bios. Je tiens aussi à souligner le rpt Q/P hallucinant quand on voit celui des “bonnes” bouteilles aux foires aux vins actuelles...

Sud-Ouest, vdt “Buzet”, le Pech abusé 2003, 1/4 CF, 1/4 CS, 1/2 Merlot, avec +/-15 mg/l de sulfite, Domaine du Pech

Attention, la même cuvée, mais avec un chouia de so2. En Avril, le tout sans soufre avait été plébiscité. Cette cuvée-ci était fermée au nez et les tannins féroces en bouche; Qu’en est-il quelques mois plus tard, nous allons le découvrir ensemble, suspense!!!

A 14 heures, le vin est très conforme à la description ci-dessus. Les différences entre les deux cuvées sont beaucoup moins nettes qu'en avril. Toutefois, c'est encore la cuvée sans SO2 qui récolte les suffrages, moins serrée en bouche, un peu plus ouverte au nez. Mais les différences sont ténues. Pas de différence notable à 20 heures

Le samedi soir, après 30 heures, je demande à Anne de me les servir à l'aveugle. Je goûte le premier verre qu'elle me sert, et je crois reconnaître sans problème le sans sulfites. Le deuxième confirme mon impression, nez fermé, un peu réduit même, moins expressif, et puis ces tannins un peu durs qui ne bougent toujours pas, alors que le premier se fait déjà plus aimable. Ouf, Anne confirme! Les deux vins se sont donc rapprochés depuis Avril 2008 où ils étaient tellement différent alors que seuls quelques 15 mg/l de sulfites les sépare. Mais la différence reste cependant notable au point de vue fruit , tannins, et milieu de bouche. Rendez vous dans 5 ans! Le dimanche,soit 48 heures après ouverture, à peine un peu de fruits confit au nez dans le sans sulfites, mais surtout des tannins qui enfin s'amadouent et un vin qui prend de la longueur, avec des notes de chocolat au cassis. A garder encore quelques années en confiance.

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Loire, Saumur-Champigny, Le vin d’une oreille 2005, Cabernet Franc, sans SO2, Sébastien David

L’hurluberlu est de retour. Vous avez apprécié ses rouges et rosés friands du même nom, vous avez été charmé par l'alliance de fraîcheur et de suavité de sa cubée Orion, voici le petit joyau qu’il nous cachait jusqu’à présent, le vin d’une oreille, une merveilleuse partition jouée sans sulfite aucun. J’ai déjà dégusté ce vin par deux fois, et l’évolution entre les deux était incroyable. Gain de chair, gain de longueur, équilibre précis, ce vin s’orientait plus vers le pinot noir bien dense que vers le cabernet. Je ne vais pas me perdre en tâchant de le décrire plus ici, venez le goûter, mais attention, je n’ai que quelques bouteilles. Ah oui, le nom? Voici ce que j’ai trouvé à ce propos et confirmé par Sébastien. On dit figurativement et populairement d’un vin excellent, que “C’est un vin d’une oreille”, parce que ceux qui en boivent penchent une oreille en signe d’approbation ; et l’on dit au contraire d'un mauvais vin , que “C'est du vin de deux oreilles”, parce que ceux qui en boivent secouent la tête pour marquer qu'ils ne le trouvent pas bon. (Dictionnaire de l'Académie Française, 5e édition, Paris 1798). Le vin à l'ouverture est très proche de la description ci-dessus, vraiment un très beau vin, mais à attendre. Et déjà, une attente de 6 heures est heureusement bénéfique. Le vin prend de l'étoffe, de l'allonge avec de belles notes de chocolat en finale, un nez un peu plus cabernet sans doute. Mais toujours cette impression bourguignonne à l'attaque qui se métamorphose en puissance en finale. Une cuvée pas vraiment donnée, mais qui offre un plaisir bien plus naturel que ce que vous pouvez trouver en foires aux vins actuellement. Pour info, Giscours 2005 est à 51,99€, Branaire à 59,99 et Pontet Canet à 79,99€, foncez!;-).

C'est encore meilleur le lendemain, plus fondu, vraiment une très belle bouteille, à garder en confiance quelques années ou à ouvrir comme cela, sans raison, pour se faire plaisir. A carafer impérativement avant...

Roussillon, vdt, Vignoble de Trouillas, Grenache, Mourvèdre, Carignan, 2005, sans sulfites, Casot des Mailloles

Les masos du casot, les excités du chadic, sont de retour. Avant de rentrer leur nouveau millésime, je vous propose de terminer les quelques caisses de cette petite pépite. Il lui a fallu du temps, mais elle est en place depuis quelques mois maintenant. A l'ouverture, un petit pop, ah un peu de gaz, un vin vivant qui vit! Le nez est franchement sur la cerise, la mûre ou la framboise. I y a aussi des épices, et une petite note de volatile qui apporte à la matière une fraîcheur bienvenue à qui sait l'apprécier. Ici encore cela va diviser les amateurs (coup de coeur pour certains), même si tout le monde lui reconnaît un fruit superlatif en bouche. Les tannins grenus se fondent, on peut maintenant la savourer sur une pintade à la catalane. Le soir, le nez s'est un peu dégradé, avec une note lactique supplémentaire. La bouche est toujours aussi friande. J'ai un peu de craintes pour le lendemain, on verra les vins du casot savent se tenir sur plusieurs jours!

Le lendemain, le nez est toujours aussi génial, un peu d'arômes de légumes cuits (oxo), d'acidité volatile, mais beaucoup de fruit (framboise, fraise), de minéralité (graphite, pierre), d'arômes iodés, d'algue. En bouche, il y a toujours ce gaz qui perturbe certains dégustateurs, mais beaucoup de fruit. En fin de dégustation, je secoue vigoureusement le fond de la bouteille, le fruit ressort, et la bouche se fait plus gourmande. Hélas, en finale, les notes de cacahuètes grillées se font plus marquées, et je n'aime pas cela! Pour moi, il est nettement en dessous de la veille. Son optimum devrait se situer, à mon avis, après 1 ou deux heures de carafage (vigoureux;-).

Je prendrai comme première conclusion, celles d'un amateur passionné de vin, mais peu féru de vins naturels: "Plus de fruit, plus de raisin, plus de mâche" Je suis assez d'accord avec lui, ce sont des vins sans retenue!. A bientôt pour la conclusion générale de ces deux semaines de dégustation de vins sans sulfites!

10/03/2008

L'AMI des BRET (III): La Dégustation Bière-Vin

Le but de la dégustation était double. Tout d'abord, d'apprendre à reconnaître ces fameux arômes généralement phénoliques produits par les Bret. De pouvoir les détecter dans différentes matrices; dans la bière ou des composés similaires sont fréquents, via des ajouts de composés purs dans le vin et puis, in vivo dans des cuvées, qui, sans honte, figurent à ma carte;-)! Le deuxième objectif était de mettre son propre goût face à ces composés présents dans des cuvées, de bière ou de vin, de haute qualité. Simplement pour connaître sa réaction "animale", (c'est le cas de le dire;-), une réaction de j'aime ou j'aime pas, et non pas simplement une appréciation mécanique dictée par les gourous de l'oenologie moderne. Et ne craignez rien, pas de masochisme ici, nous nous sommes vraiment régalés!

Les BIERES

Palm versus Vieux-Temps

La Palm, présente des arômes de céréales, de paille, de biscuit et de confiture aux fraises un peu passée. Le nez de la Vieux Temps est plus frais, camphré, épicé et libère des arômes qui rappellent la gouache. En bouche la Palm est assez plate, peu amère, la Vieux-temps est plus structurée, avec une finale nette sur l’encre. La Palm est fermentée avec une levure PhenolOffFlavour (-) alors que la Vieux–Temps l’est avec une levure POF (+), qui produit pas mal de vinylguaïacol (arôme de girofle, dentiste, un peu de vanille) mais aussi du vinylphenol (phenol, encre, hôpital, ….).

Alors, premier exemple édifiant! Dans la bière aussi, certains "brassicologues" ont décidé que ces arômes étaient des défauts; le gène a même été clairement nommé dans ce sens (Off Flavour = Défaut). Et pourtant, pour moi c'est clair, je préfère la Vieux Temps à la Palm, et de loin! C'est simplement une question de goût et peut-être de culture (j'ai baigné toutes mes études dans la Vieux-Temps, Mont Saint Guibert était très proche de Louvain-la-Neuve;-), mais loin de moi l'idée d'y placer une hiérarchie simplement sur la présence de ces composés.

brettanomyces_palm

Leffe Blonde

La Leffe offre un nez très maqué par les épices dont la girofle. La bouche est (trop) sucrée, douce, les épices se mêlent au caramel et au fruit (banane). L’impression d’encre en finale est nettement moins marquée que dans la Vieux Temps. La Leffe est également fermentée avec une levure POF(+), mais elle produit plus de vinylguaiacol que de vinylphénol.

Voici donc encore une bière nettement phénolique, plus sur la vanille et la girofle, mais très phénolique quand même. On peut reprocher beaucoup à la Leffe (la Heineken de la bière d'abbaye comme j'entends souvent dire...) et notamment son caractère trop sucraillon, mais il faut quand même s'incliner sur le fait que cette bière est la bière "spéciale" la plus vendue au monde alors qu'elle affiche cette fameuse "Off Flavour" phénolique....

L’Orval

L’Orval est une bière dont une fermentation secondaire inclut des Brettanomyces. Les arômes phénoliques ne se trouvent cependant pas aisément au nez. Celui-ci est plutôt marqué par le litchi, la résine, les agrumes et la lavande, probablement en raison du houblonnage à cru traditionnel (ajout de houblon dans la bière finie, alors que l’ajout classique se fait dans la chaudière à ébullition avant fermentation). La bouche est dotée d’une amertume nette, et l’aspect phénolique se détecte en finale.

Des Brettanomyces dans l'Orval, mais ils sont fous ces belges non? Et pourtant, ces bibiches participent certainement au profil organoleptique de l'Orval et donc à son succès jamais démenti. Evidemment ce n'est pas une bière à mettre entre toutes les papilles, il faut même l'apprivoiser au début, y revenir malgré son accueil difficile. C'est ce que j'ai fait il y a maintenant 30 ans, et depuis, quel bonheur!

La Kriek Cantillon

Pas de "chance" avec les gueuzes, la Cantillon est bouchonnée de chez bouchonnée (et oui, c'est encore plus fréquent dans la bière que dans le vin), et la Timmermans indigne de son appellation; oxydée, paille, fruité artificiel ingrat, et pas de trace apparente de bret d'ailleurs. On se rabat donc sur une Kriek Cantillon. Nez explosif, d’acides volatils et de fruit, ceux qui apprécient salivent déjà. Le nez est complexe, avec ses arômes de bois et d ‘épices. La bouche est fraîche, dotée d’une acidité survitaminée. L’aspect phénolique est présent en bouche, mais intégré dans le fruité très pur de la cerise. Les « vraies » gueuzes sont partiellement fermentées avec des Brettanomyces bruxellensis présents (en principe) dans l’air de la Senne.

A nouveau, ne serait-il pas dommage de se priver d'un tel joyau, même s'il ne fait pas dans le consensuel, sous prétexte qu'on y trouve les fameux ethylphenol et guaïacol?

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LES VINS DOPES

Beaujolais primeur 2006

Nez amylique typé de primeur, bouche friande, fruitée, très beaujolais nouveau plutôt classique.

Ajout d’éthylguaiacol à 1000 ppb : le vin gagne en complexité (arômes de girofle, de vanille, ..) et en structure.

Ajout d’éthylphenol à 1000 ppb : le vin sent le cuir neuf, la gouache, la finale sur l’encre est insupportable. La dilution avec du primeur non dopé permet de comprendre la finale sur l’encre, typique des vins brettés.

Ajout d’acide isovalérique à 1000ppb: le nez sent la vieille sandale, la fiente de poule.

La combinaison des trois permet d’approcher l’arôme "cour de ferme" ou d'"écurie", mais il est clair que d’autres composés ou combinaisons doivent se présenter dans la réalité.

LES VINS

Cahors 2002, 100% Malbec, Domaine de l‘Antenet

Nez ouvert sur les épices, la violette et une note un peu levurienne de cube bouillon. Cette note s’atténue à l’aération. La bouche est fraîche, encore un peu tannique, la matière n’est pas tridimensionnelle mais suffisante, la finale est assez nettement marquée par l’encre, mais ce n’est (amha) franchement pas désagréable, que du contraire. Un vin dont je me suis, avec mes voisins, plusieurs fois régalé sur du cassoulet d'anthologie.

Bandol 2001, 95% Mourvèdre, Domaine St Anne

Nez intense, de fleurs (violette), d’épices, de fruit noirs, marqué par une note « isovalérique » de fromage. La bouche est costaude, avec des tannins présents mais intégrés. Bel équilibre, belle fraîcheur, la longueur est là, marquée par ces petites notes d’encre typiques de la présence de Bret. J'adore ce vin, un peu rustique il est vrai, mais franc du collier, sincère et simplement bon!

Bandol 2003, 95% Mourvèdre, Domaine St Anne

Le nez est plus discret et dans un tout autre registre, fruité mûr, prune, chocolat. La bouche est suave, mais marquée par des tannins un peu plus secs et l’équilibre est moins frais que le 2001. La finale chocolatée n’est pas marquée par les notes de Bret. Beau vin, sans doute plus consensuel, mais le préférer au précédent est vraiment une question de goût!

On aurait pu croire que le 2003 plus chaud aurait apporté des conditions plus favorables aux Bret (précurseurs, pH,, ..) mais il n’en est rien. Ceci dit au niveau de la maturité des baies, le 2001 était probablement plus « mûr » même si moins chaud. En effet , le mourvèdre a besoin d’une longue période de maturité, ce qu’il a pu vivre en 2001 et peut-être moins en 2003 ou la maturité alcoolique a été rapidement atteinte, alors que le stress hydrique ne permettait peut-être pas d’obtenir des peaux bien mûres. La maturité des tannins à la dégustation (un peu secs en 2003) va dans ce sens. Il n’est pas impossible non plus, que sous la pression des « critiques » et des oenologues, le domaine ait décidé de changer de style, à suivre…

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Réduction ET Bret !

Je lis à longueur de net des confusions entre les Bret et la réduction, c'est pourtant très différent; seule la réaction négative de certains palais sensibles est similaire;-). Parmi les cuvées qui suivent, j'ai donc choisi certains vins présentant ces arômes indésirables (la réduction est principalement décrite comme "oeuf pourri";-). Languedoc Pic St Loup, Pleine Lune 2002, Syrah, Domaine Beau Thorey

Nez explosif très sauvage, assez typé syrah. Le tout enrobé d’une belle réduction presque florale (qui disparaît après addition de quelques cristaux de sulfate de cuivre). La bouche est suave, d’une grande fraîcheur, épicée, florale, les tannins sont bien fondus, la finale est légèrement marquée par les Bret (encre), mais sans excès (amha). Un régal tel quel et sur la daube qui suivra. Un vin fort apprécié qui cumule pourtant pas mal de défauts œnologiques rédhibitoires;-).

Réduction OU Bret ?

Afin d'entraîner les dégustateurs à différencier les arômes de Bret et de réduction, j'avais choisi de présenter un vin qui est au panthéon de mes vins préférés bus en 2007:Alsace Pinot Noir, Bild, 2004, Gérard Schueller Schueller

Le nez est marqué par une nette réduction qui laisse gentiment percer des arômes floraux (pivoine, rose) et de fruits (cerise, fraise). La réduction n’est absolument pas perceptible en bouche ; cette bouche est par contre d’une suavité et d’une élégance folle (ce vin me donne des frissons à chaque fois ;-). Longue finale épicée, fruitée, mais sans aucune note de Bret. La bouteille est sifflée en un temps record ! Proche de la cuvée LN012 dégustée avec un autre groupe, mais avec plus de longueur encore. La LN012 me faisant peut-être pourtant encore plus "vibrer", mais je chipote;-).

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AVEC LA DAUBE !

Pour terminer, j'ai été pêcher dans ma cave une bouteille de ce château tant décrié par certains pour ses arômes animaux. Las, la bouteille dégustée ne présentait pas ces "défauts".

Châteauneuf du Pape, Beaucastel 1996

Robe évoluée, nez relativement discret mais complexe, notes étonnantes d’agrumes, de fruit évolué, un peu d’épices, mais pas de girofle ni de phénol. En bouche, c’est agréable, bien fondu, la matière n’est pas extraordinaire, l’acidité un peu trop en avant, mais c’est bien agréable.

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L'autre groupe dégustera le Bandol Cuvée collection 2001 du Château St Anne, une bouteille exceptionnelle, sensuelle, fruitée, florale, marquée par les bret au nez comme en finale, mais sans excès, juste pour accroître la complexité et participer au festin. Un délice, là aussi, avec la daube, la bouteille ne traînera pas. J'en ai caché deux pour faire déguster à ma fille née en 2001. Je suis sûr qu'elle appréciera ces arômes de bret sauvages, d'écurie et de cour de ferme, et oui, elle veut devenir ... fermière

20/01/2008

PIED D'ENFER: ATELIER RIESLING GRAND CRU

Voilà un atelier que j'aimerais proposer régulièrement, le premier avait eu lieu en 2006, voici le second! Je n'attendrai pas 2 ans pour vous réunir à nouveau un superbe panel de cuvées illustrant au mieux les meilleurs terroirs alsaciens. C'est trop bon, trop de plaisir partagé! Les vins étaient présentés par paire, mettant en évidence chaque fois qui le terroir, mais aussi qui le vigneron ou le millésime.

1ére paire: Caractérisation du riesling.

Sylvaner 2005, Gérard & Bruno Schueller

Robe dorée, nez puissant de fruits jaunes mûrs, bouche corpulente mais sèche, acidité intégrée, non dominante. Loin du sylvaner habituel, ici la maturité du raisin est patente. Longueur correcte, un vin de soif qui conviendra aussi bien à l’apéro qu’à la table.

Riesling Or 2005, Vincent Stoeffler

Robe plus claire, aux reflets verts. Nez sur les agrumes, citron vert, la minéralité (pétrôle), et quelques fruits jaunes. La bouche est svelte, mais avec de la matière, sèche mais avec une certaine rondeur (un chouia de sucres résiduels bien intégrés). Longueur très correcte. Un beau riesling de cépage.

2ème paire: Riesling de base et Riesling Grand Cru

Riesling XXC 2005, Kirchberg de Barr (déclassé), Vincent Stoeffler

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La comparaison reprend le Riesling de la paire précédente, et un Riesling grand cru. Enfin, pas tout à fait, la cuvée de Kirchberg de Barr choisie, a été refusée à l'agrément pour cause de "manque de matière". Quand on sait que le Riesling de base n'est déjà pas fluet fluet, il était curieux, voire malicieux d'y opposer ce "raté" de Vincent Stoeffler. La robe du "grand cru" est claire, aux reflets verts. Le nez est plus fermé que le précédent, mais déjà plus complexe ; épicé (poivre), herbes aromatiques peut-être, un tout petit peu de fruit. La bouche est ferme, sèche mais mûre, d’une belle densité, nettement supérieure au précédent. L’acidité est bien intégrée et la longueur également. il n'y pas photo (enfin si en voilà une ;-); le riesling de base est savoureux, mais le XXC fera, j'allais dire comme toujours chez Vincent Stoeffler, une très belle bouteille d'ici 5 ans et plus. Il faut toujours un peu de temps à ce marathonien issu d’un terroir argilo-calcaire du Bas-Rhin pour s'exprimer complètement. Revenons sur ce déclassement, symptomatique de la dérive de beaucoup de grands crus alsaciens. Il a été déclassé à l’agrément pour manque de matière, car probablement calé dans une série de riesling grassouillets aux sucres résiduels traînant et trompant le vin comme leurs juges. Désolant! !

3ème paire Granite versus Argilo-Calcaire

Jean Schaetzel possède dans le Kaefferkopf, tout récemment promu grand cru, 2 types de sols. Il isole les deux origines pour nous proposer deux cuvées non seulement délicieuses, mais aussi passionnantes à comparer.

Riesling Granit Kaefferkopf 2005, Martin Schaetzel

Nez très pur, d’agrumes, de fleurs et légèrement minéral. Bouche très élégante, sapide, légèrement saline, qui donne une sensation un peu crayeuse en bouche, presque totalement sec, belle longueur savoureuse, l’acidité est assez présente. Vin très très agréable qui ne sature pas les papilles. Il est issu du terroir dominant dans le Kaefferkopf, le granite, qui donne des vins élégants mais qui ne manquent pas de densité. Amusant, Jean Schaetzel qui a repris le domaine de son oncle Martin, a été le professeur de Bruno Schueller et de Vincent Stoeffler.

Riesling Nicolas Kaefferkopf 2002, Martin Schaetzel

Petite erreur de casting, j’avais prévu un 2005, un 2002 s’est glissé à sa place. Petits veinards! La cuvée Nicolas est issue d’une parcelle argilo-calcaire, la différence avec le précédent est nette au nez, mais surtout en bouche. Moins d’agrumes, pas de note florale, mais du fruit mûr, et une minéralité sous-jacente qui apparaît à l’aération. (Le 2005 ne présentait que très peu de minéralité mais plus de fruit). La bouche est corpulente, dotée d’un peu de sucres résiduels bien intégrés, d’une acidité puissante, qui perdure nettement dans la longueur en faisant saliver. Un vin qui évolue bien mais qui doit encore s’affiner un peu. Beau potentiel.

4ème paire: Effet Vigneron!

Le Schoenenbourg est un terroir tout à fait à part, de par la présence dans ce terroir marneux de gypse et de dolomite. Il donne des vins relativement puissants, aux parfums parfois étonnants, et souvent de belle garde. Les deux vins proviennent de deux bons vignerons bios, et pourtant, vous allez voir, leur style est très éloigné l'un de l'autre.

Riesling Schoenenbourg 2004, Vincent Stoeffler

Robe légèrement dorée, nez plutôt discret sur les embruns, un peu iodé, sans doute la signature du Schoenenbourg. Bouche massive, grasse mais plutôt sèche. Belle longueur, un vin de très beau potentiel encore sur la retenue.

Riesling Schoenenbourg 2004, Bott-Geyl

Nez très expressif, sur le litchi, la guimauve et le bonbon, peu complexe et un peu écœurant pour certains. Bouche puissante, plus massive que le précédent mais dotée de beaucoup de sucres résiduels, pas encore intégré. L’acidité est moins savoureuse aussi. Un vin pas encore en place, auquel il faudra laisser une seconde chance dans 5 ans.

5ème paire: Plein Sud!: Schlossberg versus Muenchberg

Ces deux terroirs sont exposés plein sud, mais la composition du sol est très différente, de même que leur localisation. Le Schlossberg est dans le Haut-Rhin, sur un sol principalement granitique alors que le Muenchberg est dans le Nord (le Bas -Rhin) et sur un terroir pauvre mais complexe, gréseux, sablonneux, avec présence de cendres volcaniques et de tufs. Sa forme est aprticulière, en forme de croissant sous la colline des moines.

Riesling Schlossberg 2004, Martin Schaetzel.

Nez opulent, de fruits jaunes, d’agrumes et qui délivre aussi quelques notes de miel. La bouche est presque sur un équilibre de vendanges tardives, mais avec juste ce qu’il faut d’acidité pour équilibrer. Aujourd’hui un vin d’apéro de choix, à garder pour l’affiner et le complexifier mais l’acidité est peut-être un peu juste, et puis c’est tellement bon dès maintenant… D'autres commentaires intéressants sur les vins de Martin Schaetzel

Riesling Muenchberg 2004, Julien Meyer

Nez complexe, grillé, fumé, un peu lacté. La bouche est plus puissante que le précédent, mais moins ronde. De ce fait, il paraîtra plus mince que le précédent à certains, ce qui n’est pas le cas. L’acidité est plus marquée que le précédent, et la bouche est dotée d’une grande minéralité. Pas la minéralité typée « pétrôle », mais une minéralité venant du sol qui donne cette impression étonnante de sucer du caillou. Il n’est pas impossible que les notes lactées soient dues à un début de malolactique. A noter que le nez s’est épuré tout au long de la soirée, vraiment étonnant et passionant. Patrick Meyer travaille un peu dans le même style que Bruno Schueller, avec un minimum d’intervention, et cela se goûte pour notre plus grand bonheur.

6ème paire: Le Pfersigberg

Le verre est dans le fruit (Riesling Pfersigberg) et Riesling Pfersigberg H 2004 Gerard & Bruno Schueller

Tout deux issus de la colline des pêchers, le H présente un peu plus de calcaire dans son sol que le générique qui est plus gréseux et sablonneux. Les deux offrent un nez un peu grillé et fumé, en bouche il n’y a pas photo. le premier est excellent, très sec, musclé, avec un fruité peu exubérant, quelques notes d’hydrocarbures mais de la minéralité en bouche. A nouveau difficile de comprendre le déclassement, peut-être basé sur le nez à l’ouverture, mais certainement pas sur la matière ou la typicité. Le verre est donc toujours bien dans le fruit des comités d’agréments ;-). Re-désolant! Le H est dans le même registre, mais avec un peu plus de tout, un fruité plus marqué (pomme reinette), une note un peu oxydative qui va s’atténuer à l’aération, et surtout une acidité plus longue, typée calcaire qui fait beaucoup saliver. Miam Miam!

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7ème Paire: Le Rangen de Thann.

Une demi-paire en fait; le Riesling Rangen de Thann 2005, de Martin Schaetzel

On ne peut terminer une dégustation consacrée aux riesling sans goûter à son fleuron, le Rangen de Thann. Je ne sais si les raisins de cette cuvée ont été vendangés encordés (la pente du Rangen est impressionnante), mais, à sa sortie, il avait été élu parmi les 5 meilleurs vins d’Alsace par la RVF. Le nez est magnifique, avec du fruit, des épices (safran), une note un peu fumée et juste ce qu’il faut de minéralité (hydrocarbures) pour rassurer sur son cépage. La bouche est déjà remarquable d’équilibre, plus puissante que toutes celles dégustées jusque là. Les quelques sucres résiduels ne perturbent pas la bouche. La longueur est remarquable avec ce concert de saveurs qui joue jusqu’à la dernière caudalie.

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Pour terminer:

Riesling Pfersigberg 1999, Gérard et Bruno Schueller

Dégusté après le repas (Poulet bio au Riesling) et le Rangen, il tient remarquablement la route, dans un registre tout à fait sec, droit, mais musclé. La minéralité s’est développée au nez (hydrocarbures) comme en bouche (caillou), le fruité n’est pas exubérant mais laisse place au terroir. Le vin a encore de très belles années devant lui.

Les vins goûtés avec le poulet au riesling préparé par Anne, se mariaient admirablement. Muencherg, Rangen, Pfersigberg H et Granit jouent différement mais rebondissent à souhait. Même le Schlossberg tire son épingle du jeu, même si l’accord est un peu lourd en raison de la présence des sucres résiduels. C'est confirmé, je le garderai pour l’apéritif!

Les vins proposés étaient parfaitement en phase avec leur terroir, excepté peut-être le Bott-Geyl qui sans être mauvais était dans une phase un peu trop « Pompadour » (pour reprendre une expression de Patrick Meyer) pour séduire les amateurs d’acidité, de minéralité et d’avalanche de cailloux. On remet ça quand vous voulez!!