14/01/2009

ET VOUS, PLUTÔT OXYDE OU OXYDATIF?

Commençons par la définition de ces termes. Oxydé, tout le monde comprend, c'est un vin qui a subit les affres de l'oxygène. C'est un défaut? Pour beaucoup, oui. Et pourtant, tout processus de vieillissement est le fruit de phénomènes d'oxydation, mais passons. Oxydatif, un vin oxydatif, cela n'existe évidemment pas, un vin n'oxyde rien du tout. C'est un abus de langage (comme vin sans soufre ou vin bio ;-), venant de la contraction de vin à l'élevage oxydatif, comme celui des vins jaunes et du Jerez sous voile, ou celui de certains portos et vins doux naturels. Oxydatif, a donc un caractère désiré, voulu par le vinificateur et le terme est donc pris comme un descriptif positif. Beaucoup parleront donc de notes oxydatives quand elles s'intègrent et sont appréciables, et de notes oxydées lorsqu'elles altèrent le vin.

L'oxydation est régulièrement sujette à débat entre les passionnés. Il y a l'affaire des bourgogne 1996 , mais cette réaction anti-oxydation est aussi de plus en plus souvent la conséquence d'un autre formatage de l'oenologie moderne. Attention, les vins oxydés existent, des morts nés, ou des morts après une longue vie en cave. Mais il ne faudrait pas réduire l'oxydation (c'est joli ça, non?;-) uniquement à un défaut du vin. Et pourtant, de plus en plus dégustateurs, professionnels ou amateurs font bêtement la chasse (la chasse c'est toujours bête non?;-) à ces notes, de pomme blette, de noix, de morille, de curry. Rien de bien repoussant à cette énumération, et pourtant, bon nombre de bouteilles finissent à l'évier pour ces raisons, dommage!

Je me souviens de ce dégustateur au salon de la Dive , profitant de l'absence de Mark Angéli pour se servir un verre, il le hume et rapidement le redépose en disant tout haut: "Oxydé". Je le goûte discrètement après lui, et ce vin déploie des arômes de coing bien mûr, mais pas de trace d'oxydation. Et oui, les arômes de coing du chenin sont parfois proches de ceux de pomme de l'oxydation. J'ai d'ailleurs débuté cet atelier par un vin de coing de ma production;-).

Et bien les masos de l'odyssée, vont s'attaquer à ce monde parallèle qu'est celui des vins oxydés, volontairement ou pas. Je garde la théorie pour les participants aux ateliers, mais voici les descriptions des vins dégustés.

Glou Glou 2007, Sauvignon, VdP (Roussillon) (ouvert 4 jours à l’avance, carafé et agité régulièrement et ouvert 1 heure avant)

Petite évolution de couleur dans le vin ouvert à l’avance, mais le nez est très différent, avec des notes de fruit compoté, un peu de curry et des notes brûlées désagréables. Le deuxième a un nez plus neutre, légèrement fruité. En bouche, c’est aussi très différent, le premier vin est plutôt plat alors que le deuxième est doté d’une acidité rafraîchissante. Pas photo, l’oxydation affecte le nez, mais aussi la bouche.

Le même essai mais avec seulement 3 jours d’ouverture montre des résultats moins nets au niveau olfactif. Le vin a cependant perdu de la fraîcheur en bouche.

Bourgogne Epineuil, Chardonnay, 2005, Abbaye de Petit Quincy (ouvert 4 jours à l’avance, carafé et agité régulièrement et ouvert 1 heure avant)

Peu d’évolution de couleur. Le nez du vin ouvert juste avant la dégustation paraît déjà un peu oxydé, avec des notes de madère, mais aussi de serpillière, pas net. En bouche, c’est un peu mieux, pas mal équilibré, mais le vin semble sur la pente descendante. La bouteille ouverte 4 jours auparavant et goûtée à ce moment était bien plus fringante. Le vin ouvert 4 jours avant est sur des notes fruitées confites, très mûres, avec aussi ces notes brûlées. C’est en bouche que la différence est la plus flagrante, l’oxydation se traduit par un flagrant manque de vivacité.

Pour l’atelier suivant, 3 jours ont modifié le nez vers des fruits très mûrs, pas désagréables, sans notes brûlées.

Empreinte du temps 2001, VdP (Roussillon), Grenache blanc, 2001

Robe dorée, nez complexe tendant vers l’oxydation, quelques notes de sherry, mêlées aux herbes aromatiques et le fenouil. En bouche, c’est gras sans être lourd, avec juste ce qu’il faut d’acidité, longue finale réglissée, j’adore ! Ce vin n’est pas au départ vinifié pour être oxydatif, il ne l’était d’ailleurs pas lors de sa sortie (c’est un des premiers vins que j’ai vendu, à mes débuts en 2003) . Le grenache est un cépage qui a tendance à s’oxyder assez facilement (c’est pourquoi il est utilisé dans les vins doux naturels). Le vin a simplement suivi son évolution. À l’aveugle on le prend pour un bel oxydatif, et à étiquette décovrete un vin à défauts. Allez comprendre.

oxydatif1

Pinot Blanc Sans Soufre 2005, Alsace, Pierre Frick.

Jean-Pierre Frick fait régulièrement quelques cuvées sans SO2. Le sans sulfite ajouté sur les blancs, c’est différent que pour les rouges ; les vins empruntent une autre voie aromatique et gustative, qui les éloignent des canons habituels. C’est écrit en grand sur la bouteille, ceux qui sont surpris n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes ;-). Celui-ci à la robe dorée, légèrement trouble. Des arômes puissants de fruits mûrs (abricot), de calvados, d’agrumes confits, d’épices douces sont perçus tour à tour. Il perle un peu en bouche, et cela rajoute à sa fraîcheur intrinsèque. C’est gourmand, cela se boirait d’un trait à l’apéro, mais ce vin s’est également très bien comporté sur le poulet, risotto aux épices.

Pour le deuxième atelier, nous avons aussi goûté le vin suivant ;

Fiefs Vendéens, Maria 2002, Chardonnay ; Domaine St Nicolas

C’est presque une couleur ambrée qui nous accueille. Le nez est nettement oxydatif, mais sur la pmme cuite et le calvados. La bouche est encore vivante, équilibré et de belle longueur, mais un peu monomithique sur les notes d’oxydation. C’est avec le plat (également poulet, légumes et épices) que le vin va se révéler, avec un véritable effet rebond, le vin semble renaître de ses cendres, retrouvant du fruit dans ses entrailles. Superbe sursaut.

Anjou Rouchefer 2003, Chenin, René Mosse

Ce vin qui fut bouteille de la semaine en 2006 sur LPV est issu du millésime 2003, pas particulièrement réputé pour sa fraîcheur. Lors de ma dernière rencontre avec ce vin, j’avais cru y détecter des notes oxydatives de pommes blettes, de noix. Rien de tout cela ici, la robe est d’un bel or, mais le nez plutôt sur le coing, l’orange, ainsi que quelques notes miellées. La bouche est dense, mais massive, tendue, sans gras inutile, et dotée d’une belle sensation de minéralité. La finale est longue, saline, c’est un très beau vin qui va s’accommoder à merveille avec les épices du poulet.

oxydatif2

Le Jambon Blanc 2006, VdT, Chardonnay, Beaujolais, Philippe Jambon

Si le jambon peut contenir des sulfites et même encore plein d’autres petites saloperies, le Jambon blanc de Philippe Jambon, n’en contient jamais, tout comme ses autres cuvées d’ailleurs, dont son fabuleux Roches Noires 2006, un de mes coups de cœur 2008. Le nez est très fruité, mais possède aussi clairement des notes d’oxydation rappelnat la frangipanne, quleques arômes de sherry également. Tout cela s’oublie en bouche pour laisser place à une matière d’exception, dotée d’une acidité nette, succulente. La longueur est remarquable, tout comme le vin , atypique, à défauts pour l’œnologie et les palais formatés. Ceux qui dégustent avec leurs tripes se régalent.

Chablis 1er cru 1996, Les Vaillons, Billaud Simon

Et bien en voilà, un exemple de 1996, ce millésime autant prometteur à l'époque que décrié maintenant en raison de nombreuses oxydations prématurées. La robe est encore très claire, le nez peu expressif malgré un carafage de quelques heures. Quelques notes minérales, d'autres de mousseron ou de champignon de Paris, d'iode aussi. la bouche est ferme, stricte, avec une acidité tranchante, juste enrobée d'un peu de gras pour ne pas se blesser. La longueur est là, mais le vin manque un peu d'expression, peut-être encore un peu meurtri par le sulfite... En tout cas, aucune trace d'oxydation sur ce 1996.

Arbois, Savagnin 2004, Jura, A&M Tissot.

oxydatif3

Nous passons aux vins au véritable oxydatif ; celui-ci est élevé sous voile plus de deux ans. La robe est jaune, avec peut-être quelques reflets verts. Le nez est explosif, sur le lichen, la noix verte, un peu de fruits jaunes. Il possède une belle matière transpercée par une acidité jurassienne qu’il faut calmer un peu avec le comté ou le Gruyère. L’accord est toujours aussi top ! Un vin à attendre ou à boire sur des plats (poulet au morilles)

La Fine Gueule du Loup 2003, Grenache Gris 50%, Terret 25%, muscat 25 %, Languedoc, Vignobles Du Loup Blanc

Il n’y a pas que dans le Jura que l’élevage sous voile peut se faire, mais c’est plutôt rare ailleurs. Celui-ci vient du Minervois et après près de 4 ans sous voile, est plutôt réussi. Robe bien dorée, nez très prenant, de morille, de curry, mais aussi nettement fruité, ananas, abricot. En bouche c’est très doux, pas sucré mais suave, et de belle longueur. Un vin qui pourrait plaire à ceux qui sont encore réfractaires au savagnin. Un tremplin vers les grands jaunes !

Vin jaune, Côte du Jura 1999, savagnin, Jean François Ganevat.

C’est un vin jaune tout en retenue que nous rencontrons à ce stade de la dégustation, un peu de fruit, un peu de curry, une impression de minéralité aussi. C’est vraiment très bon en bouche, avec un bel équilibre, beaucoup de douceur, mais avec une acidité qui se poursuit doucement dans la longue finale. Le 1998 dégusté lors de l’atelier suivant paraît plus vif, mais également de belle longueur.

Madère Marvilha, Medium Dry

On passera sous silence le nom du propriétaire, car ce n’était pas une grande réussite. Le nez est fruité, mais sur les fruits cuits, il est nettement madérisé (jusque là tout va bien). C’est en bouche que cela se dégrade, c’et sucré, mais sans vie, peu d’acidité peu de longueur, pas très bon en fait. Un second Madère sera testé lors du second atelier, sans plus de succès.

Rivesaltes Ambré 1996, grenache blanc, grenache gris, Domaine Fontanel.

Ce rivesaltes est dans la même gamme de prix que le Madère, mais quel nez, du tabac blond, de la tarte tatin, des abricots secs, un peu de girofle, on passerait des heures à le décrire, mais derrière, c’est une fraîcheur étonnante qui nous attend, comme quoi oxydation et fraîcheur sont loin d’être incompatibles. Ce vin est évidemment en accord parfait avec la belle Fourme d’Ambert de la Casière. Pout l’autre atelier, j’ai choisi le , dans le même registre, mais avec un peu plus de tout et notamment de longueur. Un beau vin de méditation et des rapports Q/P exceptionnels.

oxydatif4

Voilà, une véritable odyssée aromatique, dont ma conclusion personnelle est la suivante. Peu me chaud que le vin ait été elevé dans un but d'oxydation ou non, ce qui compte, c'est le résultat dans le verre;-). Parmi les vins présentés, plusieurs n'auraient pas dû dévier vers cette gamme aromatique et pourtant, si l'on prend le vin comme une rencontre ou chacun fait un pas vers l'autre, quel bonheur. Car la différence entre un vin oxydé, ou oxydatif, c'est surtout sur la qualité de la bouche. Les vins vraiment oxydés sont simplement plats en bouche, sans vivacité, éventés, sans vie, tout simplement morts. Avec les autres, et notamment beaucoup de vins blancs tout à fait sans soufre, il faut simplement accepter de se laisser emener dans un monde parallèle. Et alors, vive l'oxydation.

13/11/2008

PINOT NOIR, La REVANCHE

Il y a quelques années, j'avais organisé une belle dégustation de pinot noir, consacrée au millésime 2003! Alors qu'il y a avait plusieurs crus réputés de Bourgogne, c'était un pinot noir d'Alsace, de chez Christian Binner, qui avait récolté tous les suffrages. Nous nous étions dit que c'était l'effet millésime, 2003 et sa canicule, et que la Bourgogne regagnerait sans doute le haut de la hiérarchie l'année suivante. Et bien c'est ce que nous avons aussi testé hier soir! Hier, c'était, la Revanche!

Une bonne quinzaine de vins en dégustation, devant un panel plutôt aguerri, on allait voir ce qu'on allait voir. Le vins étaient présentés par paire, juste ouverts une bonne heure à l'avance, et certains carafés juste avant service.

Effet Cépage: Pinot Noir vs Gamay

Bourgogne Pinot Noir 2006, Renaud Boyer

Renaud Boyer a repris les vignes de Thierry Guyot, vignes cultivées en biodynamie depuis une vingtaine d'années, un petit bijou! La robe est légèrement trouble, et semble un peu évoluée en comparaison du suivant. Le nez est très ouvert sur le fruit rouge mûr, les fleurs (rose) et l'encens; des notes d'épices aussi. Le plaisir est au rendez vous en bouche, avec une harmonie, une douceur des plus agréables. Les tannins sont polis, l'équilibre suave, la buvabilité excitante. Dieu que c'est bon!

Morgon Les Grands Cras 2006, Gamay, Domaine Grillet

Déjà un pirate, c'est un gamay! Robe plus brillante, plus colorée, moins évoluée. Par contre, le nez est dominé par les notes lactées, de caramel, qui cachent un peu le fruit. On le retrouve en bouche, plutôt porté vers la groseille, un peu de banane, et puis une finale assez poivrée aussi. L'acidité est un peu plus marquée, c'est plutôt sympa, mais la préférence va indubitablement au Bourgogne de Boyer.

pinot_noir5

Effet Région: Bourgogne vs Alsace

Gevrey-Chambertin, Les Champs 2004, Olivier Guyot.

J'aime beaucoup les vins d'Olivier Guyot, ils sont toujours très proches du terroir, sans concession; et le millésime 2003 avait démontré que l'on pouvait faire des vins sur la fraîcheur et sans sécheresse en pleine canicule. Le travail des vignes sans doute! Le millésime 2004, c'est évidemment une autre paire de manche. C'est un millésime à la maturité un peu juste et qui donnait des vins un peu plus dilués. Mais c'est aussi le type de millésime où le terroir se révèle!

Derrière un nez un peu trop marqué par la barrique par ses notes de torréfaction, se dévoile un très beau fruit, sur la griotte mûre, sans aucune trace végétale. La bouche est encore ferme, pas hyper concentrée, mais avec de la matière. L'acidité est marquée mais pas dérangeante. Un vin qu'il faut attendre, un peu trop muet à ce stade.

Alsace Pinot Noir LN 012, Bruno et Gerard Schueller.

Ah voilà le représentant de l'Alsace! Et un vin sans sulfites en plus (12 est la cc en mg mesurée sur la première cuvée sortie en 1997). Les vignes proviennent du grand cru Eichberg, au terroir argilo-calcaire propice au pinot noir.

La robe est un peu plus dense, un peu trouble également. Dans le verre, les arômes sont dominés par la réduction. Ce n'est pas nouveau sur ce millésime, il faut juste un peu de patience. Assez rapidement, les plus habitués y découvrent des arômes de fraise mûre, de rose mature, d'encens, d'épices. C'est très complexe pour qui prise un peu les vins naturels! La bouche est rafraîchissante, sur une acidité salivante; la matière semble plus dense que celle du Gevrey, elle est en tout cas plus suave et la longueur meilleure. Cela reste toujours pour moi un beau moment très compatible, de gourmandise et d'émotion...

Effet appellation et hiérarchie

Marsannay Les Favières 2004; Olivier Guyot

Les Favières, c'est un bon terroir de Marsannay, situé dans le Nord de l'appellation et en bas de coteaux. Un bon, mais pas le meilleur; la Montagne par exemple, du même vigneron lui est nettement supérieur. Robe plutôt claire, nez délicat de fruit rouge groseille, mais assez timide. La bouche est ferme, fruitée, mais avec quelques notes végétales; les tannins sont un peu durs.

pinot_noir4

Chambolle-Musigny 1er cru les Charmes 2004, Olivier Guyot

La robe est identique, le nez également timide. Plusieurs dégustateurs demandent si c'est le même vin! Et bien non, il y a même un facteur 2 dans le prix...;-). Il faut juste prêter un peu d'attention à la bouche. Je demande de redéguster. Et là, c'est évident. Le Chambolle est tout en dentelle, il y a une pureté de fruit à se damner, quelques notes florales à faire chavirer. Les tannins sont juste là pour apporter leur contribution à la matière légère mais suave, qui tapisse gentiment les parois de la bouche et structurent la longueur. Car c'est aussi en longueur que se marque la différence. Le Marsannay est ferme, et la finale se fait un peu dure, le Chambolle est tout le contraire, il emmène qui veut le suivre, loin, dans un voyage presque aérien. Typiquement le vin qui risque de passer inaperçu, calé entre deux Bourgogne "modernes"... Ce serait pourtant dommage de rester insensible à son ... charme... Les Charmes sont réputés pour leur délicatesse, apportée sans doute par un sol calcaire pauvre, caillouteux et très bien drainé. Le millésime 2004 exacerbe encore cet effet terroir; amateurs de finesse et pas de maigreur, vous allez vous régalez!!!

Effet Région: Jura vs Bourgogne

Côte de Jura, Cuvée Julien Ganevat 2005, Pinot Noir, Jean-François Ganevat

La robe est plus sombre que celles des séries précédente, elle est brillante. De très beaux arômes de cerise mûre percolent du verre, accompagnés de notes de café, de pierre chaude, de fleurs (violette). C'est très beau, distingué, complexe et évolutif. Le nez reste accroché, curieux de découvrir encore et encore, de nouvelles senteurs. Tout cela se retrouve en rétro-olfaction, la sève est présente, mais sans agressivité. L'acidité oriente certains vers les Fiefs Vendéens, d'autres restent en Bourgogne, personne ne pense au Jura, ni a Fanfan Ganevat, qui nous joue encore un tour de sorcier! Un pinot noir cependant très loin des dérives "putassières" que lui font subir de plus en plus d'oenologues. Un vin qui ira encore très loin!

Gevrey Chambertin, Billard 2005, Jérôme Galeyrand .

Un néo-vigneron, et déjà une des révélations pour beaucoup. J'avais eu un coup de coeur pour ses vins aux Grands Jours de Bourgogne et non sans difficulté, j'avais pu le mettre à ma carte. Jérôme possède 4 hectares en côtes de nuits (Gevrey, mais aussi Fixin, ...), qu'il travaille en lutte très raisonnée; en espérant qu'il évolue vers plus de naturel encore dans les années qui viennent, laissons lui un peu de temps. La robe est très sombre, très 2005! Le nez est très expressif, presque explosif. Des notes de cassis, de myrtille, avec des épices, du balsamique, presque de la garrigue jaillissent du verre. La bouche est suave, sans aspérités et d'un équilibre remarquable. Sans doute moins "terroir" que le Ganevat, il est certainement plus accessible; mais avec de la fraîcheur, et loin de sombrer dans les caricatures précitées. Gros miam pour beaucoup!

pinot_noir3

Effet Exposition: Sud vs Nord-Est

Le pinot noir se plaît pas trop mal sur les terroirs froids; il ne nécessite en effet pas une période de maturation trop longue et il bénéficie parfois d'une certaine lenteur dans celle-ci (pour autant qu'elle soit complète bien sûr.). On le trouve d'ailleurs en Loire, mais aussi en Allemagne, ou en Autriche. Son exposition de prédilection est sans doute l'Est, mais nous avons choisi ici de comparer deux vins issu d'un terroir très similaire (marnes blanches) mais aux expositions radicalement opposées, sur un millésime plus difficile que le 2005, mais à mon avis très sous-estimé, le 2006!

Pommard Les Vignots 2006, Chantal Lescure

Exposé au Sud, nous avons en face de nous un pommard assez corpulent, à la robe noire, au nez fruité (myrtille, fraise), à peine boisé, à la bouche charnue, mais tannique, ferme, très puissante (certains y trouve un petit déséquilibre d'alcool). C'est très bon, mais il faut un peu le garder pour qu'il s'équilibre et s'affine; il y a une matière que seul le temps pourra dompter.

Pommard Les Vaumuriens 2006, Chantal Lescure

Sur un terroir plus froid, exposé Nord-Est; François Chavériat (le maître de Chai qui sera présent à notre marché de Noël le samedi 14 décembre;-), nous propose une superbe cuvée. Bien sûr, les tannins sont encore un peu présent, mais quel jus en milieu de bouche, quelle fraîcheur, et déjà quelle complexité. C'est nettement moins massif que les Vignots, et pour beaucoup, un cran au dessus au niveau plaisir actuellement. Je suis d'accord, en bon millésime, les Vaumuriens à souvent ma préférence. Rendez vous toutefois dans 10 ans ;-).

Effet Hiérarchie et Sol: 1er cru vs Villages; Calcaire vs "pas"calcaire;-).

La Bourgogne, c'est avant tout une diversité de sols. Il était intéressant d'y plonger, modestement, afin de mettre en évidence son effet potentiel. Et comme le pinot noir, c'est le calcaire, c'est donc sur sa présence qu'il fallait jouer, et comme nous aimons jouer, nous avons joué, et gagné!

Nuits Saint Georges 2006, Chantal Lescure

Robe encore plus sombre, c'est la côte de nuit, nez expressif, très myrtille bien mûre, au boisé sympathique car non dominant. La pulpe est bien présente, la bouche est ronde, aux tannins plus civilisés que les Pommard. C'est une vraie petite bombe de fruit, que l'on apprécie sans aucune difficulté. Très charmeur.

Nuits Saint Georges, 1er cru les Vallerots 2006, Chantal Lescure

pinot_noir2

Les Vallerots est un terroir très calcaire, assez ancien et en coteaux. C'est un des tout bons 1er crus de Nuits St Georges. Sa robe tout aussi sombre que le villages, mais le nez se fait déjà plus précis, plus de finesse sans doute. Si le Villages faisait grosse impression, c'est pourtant presque sans combattre, que le premier cru va l'écraser. Par sa finesse, par la qualité de ses tannins, par son acidité, par sa longueur; c'est un KO debout et une belle leçon à ceux qui ne croient pas au terroir. Un cas d'école. D'école, car il est facile de présenter un mauvais villages contre un bon premier cru, non, le challenge était ici d'impressionner par le villages et puis de renverser la situation avec le 1er cru, pari gagné! Et à nouveau Bravo à François Ca-Chavériat et son équipe. Ils nous font déjà oublier le millésime 2005...

Il est temps de se restaurer, et grâce aux fromages de la Casière, à Wavre. Evidemment, sur un bel Epoisses, de l'ami de Chambertin, ou les St Félicien et Marcellin, il faut choisir un vin qui sera mis en valeur et non pas une grande cuvée qui risque d'être dénaturée. Il ne faut donc pas hésiter à descendre un peu dans la hiérarchie et rechercher la fraîcheur et la vivacité. C'est ce que nous avons fait en visitant l'Yonne.

Effet Millésime et effet Fromage

Bourgogne Epineuil, Côte de Grisey 2003, Abbaye du Petit Quincy

Robe brillante, assez dense, le nez est tout sur le fruit rouge (groseille, fraise), assez simple sans doute, mais bien net. La bouche est gourmande et le fruit se révèle encore avec le fromage; accord classique mais bon!

Bourgogne Epineuil, Côte de Grisey 2004, Abbaye du Petit Quincy

Dominique Gruhier a vraiment fait progresser les vins du coin. Il en récolte maintenant les fruits puisqu'il rentre dans le guide de la RVF 2009, bravo! J'étais curieux de regoûter ce difficile millésime 2004, et ma foi, sans prétention, il se comporte bien sur le fromage, lui apportant toute la fraîcheur nécessaire. Bien sûr, la robe est plus claire, bien sûr la matière est moins dense; le fruit se fait aussi plus frais (groseille), agrémenté de notes de poivre vert, un peu végétales sans doute, mais cela reste friand et très sympathique. Pour le plaisir, et parce que vous avez cru la découvrir à presque chaque paire, j'ai ouvert une bouteille de

Fiefs Vendéens, La Grande Pièce 2002, Pinot noir, Domaine St Nicolas (Loire)

Carafée pour éliminer quelques bulles de CO2, le nez se fait immédiatement très ouvert. Mûre, cerise du nord, épices, fumée, graphite, minérale; c'est très beau. La bouche est juteuse comme un vin de Barral (le schiste?, le peu de SO2), tout en finesse mais aussi en belle maturité. La gourmandise fait que le vin s'évapore trop rapidement; je ne l'avais plus goûtée récemment, coup de coeur pour moi et je ne suis probablement pas le seul ;-)!

Il fallait terminer par un Bourgogne à maturité, je me suis donc plongé dans mes réserves, constituées, à l'époque où j'écumais les foires au vins. Je me suis arrêté sur:

Gevrey-Chambertin 1er cru Lavaux St Jacques 1995, JP. Marchand.

Honnêtement, à l'époque, il était plutôt dense, charnu, j'avais l'impression d'avoir fait une bonne pioche. Le 1er cru Lavaux St Jacques, est bien situé, pas loin de du réputé Clos St Jacques, voyons voir. Il ne faut pas être grand dégustateur pour constater l'évolution de la robe qui garde cependant une belle profondeur. Le nez combine les arômes de fruit et ceux plus évolués de viande, d'épices douces, de cèdre et de tabac. La bouche est fine, mais finit un peu court. Sans être désagréable, il manque un petit je ne sais quoi de profondeur pour vraiment plaire et tenir son rang. Peut-être l'apogée est-elle un peu dépassée, peut-être sommes nous trop formatés aux vins jeunes, peut-être ce vin manque-t-il aussi un peu de naturel...

Alors voilà, un atelier qui a tenu ses promesses, et où les pinot noirs hors Bourgogne se sont très bien comportés. Difficile de donner des préférences, tant les vins sont différents, mais voici pourtant ceux qui, pour moi, sortent du lot:

8. Gevrey-Chambertin En Billard 2005, Jérôme Galeyrand: quelle accessibilité!

7. Bourgogne 2006, Renaud Boyer: quelle buvabilité!

6. Chambolle Musigny 1er cru 2004, O. Guyot: quelle dentelle!

5. Pommard Vaumuriens 2006, Chantal Lescure: quelle potentiel!

4. Alsace LN 012 2004, Schueller: quelle suavité et quel naturel!

3. Côte de Jura, Cuvée Julien Ganevat 2005, JF Ganevat: quel terroir!

2. Loire, Fiefs vendéens, Grande Pièce 2002, Domaine St Nicolas: quel jus!

1. Nuits St Georges, 1er cru les Vallerots, Chantal Lescure: grand!

L'honneur est sauf, la Bourgogne remporte ma palme de justesse, mais les pinot noirs "hors bourgogne" trustent les accessits, alors que le niveau était très, très relevé! Bon on remet cela quand vous voulez!pinot_noir1