18/09/2009

VIN NATURE NATUREL (III)

Au delà de toute polémique (je suis un doux rêveur;-), on continue la petite analyse des propos de Michel Bettane.

Avec les propos qui suivent, on touche le noeud du problème. Bettane qui se vante par ailleurs d'être un des premiers défenseurs du bio (voir les commentaires), en nie finalement toute qualité et joue au manichéisme simpliste. Détaillons.

 

Les vins bio sont tout de même différents ?

MB: Ceux qui tiennent à cette dénomination s'acharnent à accuser les autres types de vins de trahir leur terroir et même d'être dangereux pour la santé. Mais ils n'apportent aucun argument solide pour le prouver, sinon ceux issus de leurs fantasmes ou de leur mauvaise foi. La dégustation comparative démontre, en revanche, que des vins reconnus par tous comme exprimant remarquablement leur origine sont régulièrement produits à partir de raisins non bio. Par ailleurs, toutes les analyses chimiques réalisées par les experts ne montrent pas de différence fondamentale dans les résidus de pesticides ou de métaux lourds. Des taux encore trop importants, il est vrai, même s'ils sont largement inférieurs aux seuils jugés dangereux par les organismes de santé publique.

 

Et pourtant, faut-il rappeler que les études du PAN qui ont bien montré la différence entre les résidus de pesticides trouvés dans les vins bio par rapport aux conventionnels. Et même entre le raisin bio et non bio, ce qui a d'ailleurs valu un procès aux auteurs de cette étude, dingue!. Alors bien sûr, certains diront que ces taux sont faibles. Mais par rapport à quoi, sans doute versus les normes sur le raisin, qui sont elles, bien trop élevées; car si on compare à l'eau, des facteurs de 5000 ont été enregistrés. Et puis, que veut dire faible; ppt, ppb, ppm? Non, le problème de ces pesticides et ce n'est pas moi qui le dit, c'est qu'ils sont cumulables dans leurs effets et qu'ils s'accumulent dans nos tissus. L'augmentation des cancers peut, hélas, difficilement être expliquée par d'autres composantes que celle de l'utilisation des pesticides et de la pollution. Alors, si on peut les éviter dans un produit de luxe comme le vin, et cela est démontré chaque année par des vignerons passionnés de chaque région, pourquoi se braquer. peut-être simplement pour ne pas bouleverser l'ordre bien établi qui fait bien vivre. A nouveau. Bettane se réfugie donc et se fige derrière des législations qu'ils croit immuables mais qui vont changer. Et même si les vignerons qui ne sont pas en bio ne sont pas des criminels, ceux qui savent et qui continuent à promouvoir leurs poisons, sont nettement moins blancs... Concernant le terroir et la qualité des vins non bio, il y a du fantasme là derrière, il est hélas possible de faire des vins qui ont une (pas LA ;-) expression du terroir même si on est pas en bio. Et oui, entre le tout chimique et le tout bio, il y a toute une marge. Et même entre bio et bio, les approches diffèrent tellement. caricature quand tu nous tiens!

 

Avant de continuer l'analyse de l'intervention de Michel Bettane dans l'express (et dans le vif), ou le dossier un peu plus consistant d' In Vino Veritas, je tenais à vous faire part de la sortie du dossier vin nature du supplément du Vif L'express de ce week-end ;-); des fois que vous vouliez voir ma trombine ;-).

 

 

23:39 Écrit par Laurent dans Journal d'un Caviste | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : vin bio, vin naturel, bettane |  Facebook |

05/09/2009

VIN NATURE (II) Place au saigneur!

A tout saigneur/seigneur tout honneur, place à Michel Bettane et son nouveau papier dans l'Express. Si on avait pu mal comprendre son intervention sur les biocons, peut-être celle-ci aura-t-elle le mérite de clarifier la donne et de réconcilier michoubidou (ce n'est pas de moi, je ne me serais pas permis;-) avec les amateurs de vins naturels dont certains sont aussi de ses anciens lecteurs. J'en suis, et je ne nie pas avoir dévoré les interventions de MB dans la RVF, il y a de plus en plus d'années... J'y ai beaucoup appris, parfois à mes dépends quand je vois les vins encavés que je ne boirai pas, mais j'ose pouvoir tenter de discuter ici d'idées, pas de personnes. 

Bon ça commence mal, car sous le titre "Le Vin bio n'existe pas", on lit : Le dégustateur et coauteur, avec Thierry Desseauve, du Grand Guide des vins de France 2010 * n'est pas convaincu par la mode nature. Il explique pourquoi.

Mais le but n'est pas de convaincre MB, le vin naturel s'est développé sans lui, se développe encore, et n'a aucunement besoin de sa bénédiction. C'est sans doute là le noeud du problème (enfin, surtout celui de MB;-), nous y reviendrons.

Poursuivons la lecture de cet article:

Pourquoi cet engouement pour les vins bio vous agace-t-il ?

Mais tout simplement parce que le vin bio n'existe pas ! Le mot «bio» ne peut en effet, dans l'état actuel de notre législation, s'appliquer qu'au raisin, ce qui oblige à trouver une autre dénomination pour désigner un vin issu de raisins cultivés selon les chartes de l'agriculture biologique ou biodynamique.

 

C'est vrai, et alors? Des chartes sont en cours de rédaction et devraient voir le jour d'ici peu, ça va pas changer grand chose. C'est ce qu'on appelle un abus de langage, pas de quoi fouetter un chat, ni de s'agacer. Essai manqué.

D'où les vins « nature » ?

Certains vignerons et leurs marchands, appuyés par une petite bande de prescripteurs sincères, mais illuminés, proposent donc des vins «nature» ou «authentiques». Mais, jusqu'à preuve du contraire, tout vin répondant aux normes légales de la législation européenne est forcément authentique ou nature, puisque issu de la fermentation naturelle d'un fruit qui l'est tout autant. Nous ne connaissons pas encore de culture de la vigne hors sol, d'ersatz de raisin ou de levure artificielle.

 

Avec ce genre de position, on ne risque pas de faire évoluer la moindre législation, imaginez MB au temps plus reculés de notre histoire... Plus sérieusement, la culture hors sol. Il faut avoir vu des vignes cultivées en chimie et toucher leurs racines flirtant avec la surface du sol. C'est pas du hors sol, mais c'est de la perfusion quand même. Sans leur dose de chimie, pas de sursis, la moindre carence en eau, et on les entendrait presque pleurer. 

Erzatz de raisin: entre un raisin gorgé d'eau, ou pas mûr, ou pourri, ou imbibé de pesticides et un raisin sain, mûr, bio, aucune différence? Moi j'y vois quand même un qui nous fait passer des vessies pour des lanternes, mais soit!

Levure artificielle. Même si les enzymes OGM sont déjà utilisés à grande échelle, les levures OGM sont prêtes, mais elles ne sont pas encore utilisées. Donc c'est vrai, pas encore de levure artificielle, mais pour MB, la levure 74 B ou la 56, sélectionnées pour typer un vin, comme celui du Beaujolais primeur par exemple, c'est quoi? Et bien pour nous, ce n'est pas très naturel. Même en brasserie, on sait différencier les levures industrielles des fermentations spontanées.  Tout faux, sauf si l'on joue sur l'ambiguïté et la méconnaissance des gens.

Petite conclusion, au pied de la lettre, rien de foncièrement faux dans ce qu'il dit, mais un bel exercice de désinformation. Avec de tels arguments, tous les vins sont bons et les pratiques respectueuses...

la suite bientôt ...

 

VIN "NATURE", VIN "NATUREL" (I)

VINATURE, mon blog, même si j'aime le prononcer "vie nature", c'est sans conteste une affirmation de mon goût pour ce type de vin. Oh pas par choix philosophique ou effet de mode bobo comme certains aiment à le croire, non, simplement par goût, par goût du plaisir.

Je ne vais pas refaire ici mon parcours gustatif (quoique;-), qui est tout d'abord passé par une étude systématique des petits vins à portée de ma bourse, puis, bien sûr, celle-ci se remplissant un peu, vu se faire vider par une attirance envers les grands crus classés du bordelais. Mais il y eut un jour, un premier déclic pour une autre évolution gustative, quand, affrontant la canicule de 2003, je dégustai, à Banyuls, les vins du Casot des Mailloles.  Des vins aux arômes et aux textures encore inconnus, évidents de sincérité, bouillonnants de terroir et de personnalité. C'est là que j'apprit qu'il était possible de faire des vins sans soufre et que je me mit dans la tête d'explorer pas à pas, verre après verre, cette terre encore inconnue, celle des vins dits "naturels".

J'y rencontrai de tout, des arômes d'écurie, voire de dégueuli, de l'excellent vinaigre, comme des finales au goût de souris crevée, mais j'y vécu aussi mais plus belles émotions, à répétition! J'y appris à mieux comprendre l'apport du raisin dans le vin, et aussi celui du sol, je chamboulai mes repères, bouleversai mes critères, revenant à une approche plus animale du vin. Je me souviens encore de cette première salade de fruits et de cailloux offerte par Bruno Schueller. Je me réconciliai aussi, par exemple, avec le champagne grâce à Jacques Beaufort; fut foudroyé par la personnalité et la qualité des vins naturels et des hommes du Jura, comme Stéphane Tissot, Fanfan Ganevat, et Pierre Overnoy; me noyai enfin, avec délectation, dans la mare grandissante du Beaujolais des Descombes, Lapierre ou Ducroux.

Je dût aussi me rendre à l'évidence, moi qui écumait salons sur salons, bios ou non, que la qualité des salons de vins naturels, comme celui de la Dive bouteille, était du plus haut niveau et correspondait en tout cas beaucoup plus à mes goûts évolutifs. Tant et si bien, qu'en avril 2006, j'avais complètement viré ma cuti et, après une belle dégustation des vins de René Mosse et de Mark Angeli aux caves Augé à Paris, j'écrivais sur ce blog, "Une conclusion pour cette dégustation, c’est mon goût pour les vins avec un minimum de soufre, voire sans soufre. Si cette absence chahute parfois un peu les arômes, on les retrouve admirablement en rétro-nasale et puis la finesse et le naturel en bouche sont si évidents ! Difficile de faire marche arrière quand on a goûté des vins de cette trempe, mais cela, vous le savez déjà non ?   

Et oui, entre déclics et claques, j'ai depuis décidé, avec un pincement au coeur je le reconnais, de revendre ma cave de "grands Bordeaux", et quand j'y descend, c'est de plus en plus souvent une quille de ces "bio-nature" que je remonte (pour la descendre aussitôt;-). Ma santé y gagne sans doute, mon portefeuille certainement ;-)!

Mais pourquoi remettre encore une louche de vin bio sur ce blog par un énième papier sur les vins naturels et sans soufre? Et bien, pour répondre posément, et en détail, aux articles parus récemment dans la presse, comme ce dossier du bon magazine belge In Vino Veritas, ou encore l'intervention récente de Bettane dans le journal l'Express, pour y relever les erreurs d'appréciation d'un monde qu'ils ne connaissent pas, et aider ceux qui le veulent à mieux comprendre cet univers.

Une première constatation déjà, si les vins naturels ne connaissent pas trop la crise, la prose qui les entoure en profite également et permet aux critiques pros, généralement contre, de faire parler d'eux. Ils auraient tort de se gêner, nous aussi;-). A bientôt

06/01/2009

MARK ANGELI: Conférence-Débat-Dégustation

Samedi 7 Février 2009 à 14h30

MARK ANGELI, Conférence-Débat-Dégustation!

Viticulteur, les enjeux du bio et de la biodynamie et les mensonges de l'agriculture moderne!

Bonjour à tous, et pour ceux que j'aurais oublié, mes meilleurs voeux pour l’an 9, l’an 2009! Que cette année vous soit douce et riche, de partage et de rencontres; qu’elle vous apporte, non pas plus de tout, mais mieux de tout.

C’est aussi dans cette optique que nous allons débuter l’année à la boutique de l'Odyssée, avec la venue de Mark Angéli, le paysan polisson de la ferme de la Sansonnière.

Angeli

Mark a débuté dans la vigne il y a une petite 20aine d’années, après des études de chimie et une première expérience manuelle en temps que maçon. Ses vins ont depuis acquit la reconnaissance des meilleurs guides, mais surtout des amateurs de vins naturels, voire de grand vin tout court. Mark aurait pu profiter de cette notoriété pour augmenter sa surface de production, et s’enrichir un peu; que nenni! Mark est un adepte de la décroissance dans le bon sens du terme, faire moins pour faire mieux et différent. Il prend donc dorénavant de son temps pour aller expliquer son métier, sa démarche (bio et biodynamie) ainsi que les enjeux importants qui y sont liés.

Son parcours 2009 l’entraînera début février jusqu’à la boutique de l’Odyssée pour y proposer une conférence-dégustation. Ce sera le samedi 7 février à 14h30. Il sera probablement accompagné par Richard Leroy ou Didier Chaffardon, ceci en fonction du nombre de participants. Le lieu sera également choisi en fonction de ce critère (en Brabant Wallon).

Si vous êtes intéressés à participer à cette conférence, pour pouvoir décider de la salle, je dois vous demander de vous y inscrire. Cette inscription est gratuite, mais je compte sur vous pour l’honorer. Plusieurs cuvées seront proposées à la dégustation, et il sera sans doute possible d’en encaver un peu, mais sans obligation.

L’inscription se fait par e-mail à laurent@truegreatwines.com, en mentionnant simplement "Angeli" et le nombre de personnes vous accompagnant. J’attends de vos nouvelles rapidement, je ferai un premier point ce week-end.

Comme introduction au personnage, vous pouvez visionner ces deux petites vidéo 1 vidéo 2

Comme introduction à ses vins (pour ceux qui ne les ont jamais dégustés à la boutique ;)): quelques notes extraites du guide vert de la RVF: Viticulteur biodynamiste zélé, idéaliste et sensible, Mark Angéli élabore essentiellement des vins secs artisanaux, de chenin. Qu’il s’agisse de la lune, dans un style mûr et riche, associé à une grande fraîcheur minérale, des Fouchardes, plus subtil, ou du Vignes Françaises (franc de pieds arrachés en 2007, ravagés par le phylloxera), dense et vivace, tous atteignant le niveau d’originalité des grands crus. En vinification, les doses de soufre sont faibles ou inexistantes (Vignes françaises).... Les Vins. Tous les chenins secs se déclinent en vin de table, Mark Angéli ayant renoncé à participer à la “mascarade” des dégustations d’agréments des AOC. Les 2006 se présentent magnifiquement avec une précision aromatique que nous ne leur connaissions pas. ...

Voilà, parlez en autour de vous, venez en groupe, je vous y attends nombreux, et d'ici là, prenez soin de vous!

11/10/2008

LIVE: Le VIN SANS SOUFRE (V) Dégustation sur 30 heures

Salut à tous, j’ai été heureux de voir votre enthousiasme le week-end passé, face à ces vins “hors norme”. Peu de grimaces, beaucoup de sourires, et des bouteilles vides en fin de week-end. J’aurais renouvelé, de toutes façons cette dégustation visant à montrer ce à quoi il est possible de tendre en matière de vinification; c’est à dire le minimum de sulfites, voire, pour ceux qui aiment emprunter de nouvelles voies gustatives, le zero sulfites. Mais là, c'est avec enthousiasme que nous repartons pour un Tour de France sans sulfites ni EPO, en visitant d’autres régions, telles que la Loire, le Roussillon, le Sud-Ouest, ou le Jura. Cette dégustation tombe à pic, car c'est justement le thème choisi par le président Olif pour les vendredis du vin . Je crois que vais y participer, et vous? C'est l'occasion, non? ;-). Bon, en tout cas, Santé, au propre, comme au figuré!

A nouveau, nous compléterons ce post avec nos impressions de dégustation, à l'ouverture (vendredi 14h), le vendredi soir à 20h et le samedi vers 19 heures. C'est ce week-end des 10 et 11 octobre, venez faire un tour à la boutique de l'Odyssée et remplissez votre cave de vins nature!

Voilà, déjà les commentaires des deux premières dégustations, ce vendredi à 14h et puis 6 heures plus tard, à 20h00.

Blancs

Alsace, Riesling Katzental Non Filtré 2004, Audrey et Christian Binner

L’absence de filtration permet de diminuer sensiblement les doses de SO2 dans les vins blancs. C’est le cas de celle-ci qui n’a donc reçu qu’une bonne dizaine de mg/l, soit ce que la levure peut, elle-même produire. Le vin est magnifique, la robe un peu dorée, le nez loin des caricatures pétrolées du riesling immature. Non, ici, vous avez de la minéralité, terpénique, mais pas seulement, un peu évolutive aussi. En bouche, il y a un peu d’ananas, du citron confit en finale, une acidité nette et une longueur qui vous fera saliver. Un vin qui arrive gentiment à maturité, et d’un rapport Q/P exemplaire. Vraiment impeccable à tout niveau. à 20h00, cela n'a pas vraiment bouger, un peu plus de fruit sans doute, au top!

Le lendemain 20 heures, le vin est toujours aussi bien, pas de traces dévolution, ni au nez, ni en bouche. Super!

Alsace, Gewurztraminer, Grand Cru Eichberg 2003, sans sulfite, Bruno et Gerard Schueller

. Tout d'abord, une petite video des vendanges 2008 chez Bruno. Mais revenons à notre cuvée. Très peu de récolte sur cette parcelle, Bruno le met dans un petit fût, et le garde sans ouillage, sans sulfite. Après la mise en bouteille, il le fait goûter dans un salon, et les bouteilles partent comme des petits pains. Je le goûte à mon tour, et j’adore. Les arômes plus classiques du gewurz se marient admirablement avec d'autres plus originaux, comme l'orange, le muscat, le safran, le gingembre. Le nez est simplement fantastique. La bouche, plus que perlante, est aussi étonnante. Complètement sèche, mais grasse et puis, ce qui est extra, c’est que l’on retrouve ce côté juteux du sans soufre, cette digestibilité, et qui plus est, sur un cépage qui n’est pas réputé pour ces qualités. Un vin de belle gastronomie. Ce fut un coup de coeur pour certains hier. 6 heures plus tard, le vin a pris un peu de couleur, le gaz est presque parti, je dois me retenir de ne pas me servir un petit verre, attendons demain!

24 heures plus loin, ce vin est toujours aussi magnifique, il n'a pas évolué, mais on y découvre d'autres arômes, encore d'agrumes, mais d'épices aussi, de fruits secs, que sais-je encore. Le gaz est complètement dissipé, et la bouche n'en est que plus agréable, suave, grasse, mais jamais lourde; à peine une pointe d'amertume qui se marie bien avec les arômes d'agrumes et structure encore mieux le tout. Bravo Bruno!

Rouges

Rhône, Pas à pas 2007, vdp Ardèche, Carignan, alicante, sans sulfite, Domaine des Clapas

Neo-vigneron, c’est son second millésime, Jérôme Jouret avance pas à pas, mais à grand pas! Les vignes viennent d’un terroir argilo-calcaire et le vin n’est ni filtré ni sulfité. Derrière quelques arômes animaux loin d’être dominants, c’est une explosion de fruit sureau, mûre sauvage. C’est, comme la cuvée “En avant doute”, d’une fraîcheur insolente. C’est une cuvée plus structurée, moins “glissante”, mais quelle bonheur! Après 6 heures, le vin est nettement plus en place, un peu plus rond, on attend avec impatience la petite côte d'agneau grillée au romarin qui se mariera avec cette cuvée.

Et ce vin tient sans problèmes 24 heures supplémentaires; il ne se bonifie plus, mais garde beaucoup de fraîcheur. A peine quelques notes animales supplémentaires peut-être, mais bien noyée dans le fruit et la garrigue. Belle réussite.

Jura, Pinot Noir, Cuvée Z 2006, sans sulfite, Fanfan Ganevat

Bruno et Fanfan se sont rencontrés pour la première fois chez moi, lors d’un de nos marché vignerons. Depuis, ils ne se quittent plus. Et que croyez vous qu’ils se racontent, des histoires sulfureuses sans aucun doute;-). Fanfan, comme Bruno, n’est pas le taliban du sans soufre, il l’utilise avec grande parcimonie, et sur quelques cuvées qui le permettent, il l’évite tout simplement, sans dogmatisme aucun. C’est le cas avec ce pinot noir issu de vignes plantées en 1977 sur terroir argilo-calcaire. Elevé 18 mois sans SO2 et embouteillé de même, d’où le Z! C’est très minéral au nez, très fumé, empyreumatique, mêlés aux arômes de cerise fraîche, une note boisée, florale et animale. Le vin est très tendu en bouche, les quelques tannins se fondent, doté d’une acidité jurassienne, un peu kriek, mais qui garde une belle gourmandise. La longueur est épatante, très minérale, très salivante. A nouveau, la buvabilité est superlative. Une cuvée qui divise, sans concession, loin des canons denses et sirupeux issus de l’osmose inverse, mais qui ravira les fans du Jura et du vin naturel. Le soir, pas beaucoup de changement, un peu plus de volume, un peu plus de fruit, mais les différences sont peu marquées. Là, on attend la saucisse de Morteau au Mont d'or!

Le fruit s'est encore développé au cours du temps; les arômes fumés et grillés se sont dissipés pour laisser place à un fruit net, cerise groseille et de la minéralité. La bouche reste intransigeante, mais trsè gouleyante. Un vin que certains devront apprivoiser pendant que d'autres se régaleront/

Beaujolais, Régnié sur fût 2005, Gamay, sans sulfite, Christian Ducroux

Nous avons goûté la cuvée de base sans SO2 2006, la semaine passée, voyons cette fois le Régnié fût 2005. Rassurez vous, pas de fût neuf dans cette cuvée, même si le nom y fait souvent découvrir du boisé par certains dégustateurs. Par contre, comme pour la cuvée de base sans SO2, le premier nez est sur le fromage, le deuxième sur la choucroute. Il faut patauger dans tout cela pour dénicher le fruit. C'est en bouche qu'il faut le chercher. Et là, on y trouve de la mûre, de la myrtille, des notes plus originales, peut-être minérales, de graphite. A l'ouverture, la bouche parait cependant plus mince que dans mon souvenir, encore tannique, et plutôt dure. Pas beaucoup de succès pour ce vin. Les tannins, c’est normal, il s’agit en fait du vin de presse et c’est pour affiné ceux–ci que ce vin est élevé en vieux foudre. J'en ouvre une deuxième pour vérifier, elle est très semblable. A 20h00, les arômes de choucroute se sont un peu atténués, je fait goûter Anne, elle adore. La bouche s'est bien arrondie et l'on déguste avec avidité la deuxième bouteille sur une tranche de limousin aux cornes de gattes et champignons des bois récoltés la veille, chanterelles en tube, trompettes de la mort, pieds de mouton, bolets, ... Une alliance parfaite, quelle présence dans ce vin pour qui sait surmonter le premier nez. Jamais l'image du lait cru et du lait UHT n'aura été tant validée. Bon en attendant, je n'en ai pas encore vendu une seule...

Le lendemain soir, le côté "choucroute" s'est un peu atténué", mais ne laisse pas assez place au fruit. Ce n'est heureusement pas le cas en bouche, où il est bien présent. Comme les tannins se sont arrondis, il devient vraiment friand. Un vin à attendre encore.

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Sud-Ouest, vdt “Buzet”, le Pech abusé 2003, 1/4 CF, 1/4 CS, 1/2 Merlot, sans sulfite, Domaine du Pech

David contre Goliath, Ludovic et Magali contre la grande coopérative de Buzet qui dégueule, euh pardon, déverse, 95% de la production, le plus souvent insipide de cette appellation. Et David a perdu le combat de l’agrément; son vin est refusé à la dégustation, et n’a pas droit à l’AOC. Avec humour, il appellera cette cuvée, le Pech abusé ;-). Mais David prend déjà une première revanche aux Vinalies 2007, où son vin de table reçoit le prix des oenologues (amazing, isn’t it?). Mais le coup de grâce à Goliath, c’est vous qui allez l’asséner lors de notre marché vigneron de printemps. En effet, chez Ludovic, c’est toute la gamme qui sort du lot, et vous avez manifestement apprécié, tant le personnage, que ses vins. Revenons à ce 2003, année de la canicule, des rendements minimes (16hl/ha), il a été élevé pendant trois ans pour parvenir à l’équilibre voulu. Mais la patience est une vertu et le résultat en vaut la peine. Le nez est puissant, cassis, prune, noyau de cerise, graphite, très belle complexité. Bouche charnue, attaque moelleuse, mais les tannins sont encore très présents, pas trop secs pourtant, et l’équilibre est là, grâce au pH bas que peuvent donner des raisins bios. Je tiens aussi à souligner le rpt Q/P hallucinant quand on voit celui des “bonnes” bouteilles aux foires aux vins actuelles...

Sud-Ouest, vdt “Buzet”, le Pech abusé 2003, 1/4 CF, 1/4 CS, 1/2 Merlot, avec +/-15 mg/l de sulfite, Domaine du Pech

Attention, la même cuvée, mais avec un chouia de so2. En Avril, le tout sans soufre avait été plébiscité. Cette cuvée-ci était fermée au nez et les tannins féroces en bouche; Qu’en est-il quelques mois plus tard, nous allons le découvrir ensemble, suspense!!!

A 14 heures, le vin est très conforme à la description ci-dessus. Les différences entre les deux cuvées sont beaucoup moins nettes qu'en avril. Toutefois, c'est encore la cuvée sans SO2 qui récolte les suffrages, moins serrée en bouche, un peu plus ouverte au nez. Mais les différences sont ténues. Pas de différence notable à 20 heures

Le samedi soir, après 30 heures, je demande à Anne de me les servir à l'aveugle. Je goûte le premier verre qu'elle me sert, et je crois reconnaître sans problème le sans sulfites. Le deuxième confirme mon impression, nez fermé, un peu réduit même, moins expressif, et puis ces tannins un peu durs qui ne bougent toujours pas, alors que le premier se fait déjà plus aimable. Ouf, Anne confirme! Les deux vins se sont donc rapprochés depuis Avril 2008 où ils étaient tellement différent alors que seuls quelques 15 mg/l de sulfites les sépare. Mais la différence reste cependant notable au point de vue fruit , tannins, et milieu de bouche. Rendez vous dans 5 ans! Le dimanche,soit 48 heures après ouverture, à peine un peu de fruits confit au nez dans le sans sulfites, mais surtout des tannins qui enfin s'amadouent et un vin qui prend de la longueur, avec des notes de chocolat au cassis. A garder encore quelques années en confiance.

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Loire, Saumur-Champigny, Le vin d’une oreille 2005, Cabernet Franc, sans SO2, Sébastien David

L’hurluberlu est de retour. Vous avez apprécié ses rouges et rosés friands du même nom, vous avez été charmé par l'alliance de fraîcheur et de suavité de sa cubée Orion, voici le petit joyau qu’il nous cachait jusqu’à présent, le vin d’une oreille, une merveilleuse partition jouée sans sulfite aucun. J’ai déjà dégusté ce vin par deux fois, et l’évolution entre les deux était incroyable. Gain de chair, gain de longueur, équilibre précis, ce vin s’orientait plus vers le pinot noir bien dense que vers le cabernet. Je ne vais pas me perdre en tâchant de le décrire plus ici, venez le goûter, mais attention, je n’ai que quelques bouteilles. Ah oui, le nom? Voici ce que j’ai trouvé à ce propos et confirmé par Sébastien. On dit figurativement et populairement d’un vin excellent, que “C’est un vin d’une oreille”, parce que ceux qui en boivent penchent une oreille en signe d’approbation ; et l’on dit au contraire d'un mauvais vin , que “C'est du vin de deux oreilles”, parce que ceux qui en boivent secouent la tête pour marquer qu'ils ne le trouvent pas bon. (Dictionnaire de l'Académie Française, 5e édition, Paris 1798). Le vin à l'ouverture est très proche de la description ci-dessus, vraiment un très beau vin, mais à attendre. Et déjà, une attente de 6 heures est heureusement bénéfique. Le vin prend de l'étoffe, de l'allonge avec de belles notes de chocolat en finale, un nez un peu plus cabernet sans doute. Mais toujours cette impression bourguignonne à l'attaque qui se métamorphose en puissance en finale. Une cuvée pas vraiment donnée, mais qui offre un plaisir bien plus naturel que ce que vous pouvez trouver en foires aux vins actuellement. Pour info, Giscours 2005 est à 51,99€, Branaire à 59,99 et Pontet Canet à 79,99€, foncez!;-).

C'est encore meilleur le lendemain, plus fondu, vraiment une très belle bouteille, à garder en confiance quelques années ou à ouvrir comme cela, sans raison, pour se faire plaisir. A carafer impérativement avant...

Roussillon, vdt, Vignoble de Trouillas, Grenache, Mourvèdre, Carignan, 2005, sans sulfites, Casot des Mailloles

Les masos du casot, les excités du chadic, sont de retour. Avant de rentrer leur nouveau millésime, je vous propose de terminer les quelques caisses de cette petite pépite. Il lui a fallu du temps, mais elle est en place depuis quelques mois maintenant. A l'ouverture, un petit pop, ah un peu de gaz, un vin vivant qui vit! Le nez est franchement sur la cerise, la mûre ou la framboise. I y a aussi des épices, et une petite note de volatile qui apporte à la matière une fraîcheur bienvenue à qui sait l'apprécier. Ici encore cela va diviser les amateurs (coup de coeur pour certains), même si tout le monde lui reconnaît un fruit superlatif en bouche. Les tannins grenus se fondent, on peut maintenant la savourer sur une pintade à la catalane. Le soir, le nez s'est un peu dégradé, avec une note lactique supplémentaire. La bouche est toujours aussi friande. J'ai un peu de craintes pour le lendemain, on verra les vins du casot savent se tenir sur plusieurs jours!

Le lendemain, le nez est toujours aussi génial, un peu d'arômes de légumes cuits (oxo), d'acidité volatile, mais beaucoup de fruit (framboise, fraise), de minéralité (graphite, pierre), d'arômes iodés, d'algue. En bouche, il y a toujours ce gaz qui perturbe certains dégustateurs, mais beaucoup de fruit. En fin de dégustation, je secoue vigoureusement le fond de la bouteille, le fruit ressort, et la bouche se fait plus gourmande. Hélas, en finale, les notes de cacahuètes grillées se font plus marquées, et je n'aime pas cela! Pour moi, il est nettement en dessous de la veille. Son optimum devrait se situer, à mon avis, après 1 ou deux heures de carafage (vigoureux;-).

Je prendrai comme première conclusion, celles d'un amateur passionné de vin, mais peu féru de vins naturels: "Plus de fruit, plus de raisin, plus de mâche" Je suis assez d'accord avec lui, ce sont des vins sans retenue!. A bientôt pour la conclusion générale de ces deux semaines de dégustation de vins sans sulfites!

14/04/2008

Salon de Olne

Nos marchés trimestriels accueillent régulièrement quelques uns des meilleurs vignerons bios et nature dans notre boutique, et vous y venez nombreux. J'avais dans la tête l'organisation d'une ou deux conférences pour illustrer nos propos réguliers. Et bien ceux qui habitent près de Liège (et les autres, la Belgique est petite) vont pouvoir profiter du salon des vins de Olne pour assister à quelques conférences très pointues sur nos sujets préférés.

olne

Regardez, le programme des conférences est impressionnant et passionnant:

Vendredi 18/4

19h - Séance de dégustation animée par la revue indépendante « Le Rouge et le Blanc » :« Approche sensorielle de la dégustation et rapport de l’homme au vin »

20h - Présentation du vigneron Jean-Pierre Frick :

« Nouvelle compréhension des effets du soufre exogène sur le caractère final et la mobilité du vin »

suivi de - Présentation des vignerons Alain Dejan et David Poutays : « Problématique du choix de la qualité (chimique ou naturelle) du soufre exogène ajouté au vin pendant la vinification »

Débat : Le soufre est-il indispensable à la conservation d’un vin ?

21h - Présentation des vignerons Jean-Luc Chossart, Axel Prüfer et Stéphanie Roussel: « Les vins naturels »

Débat : Comment définir un vin naturel ?

Samedi

14h - Présentation du vigneron Marc Bertrand

:« D’une culture traditionnelle à la culture de l’excellence »

Débat : Qu’est-ce qui est réellement condamnable dans la culture traditionnelle ?

16h - Présentation du vigneron JM Rieux :

« L'agriculture biologique »

Débat: Quels peuvent être les freins à une conversion à l'Agriculture Biologique?

17h - Présentation du vigneron Didier Montchovet :

« La Biodynamie »

Débat : Biodynamie et agriculture biologique : différences et complémentarités

18h - Séance de dégustation à l’aveugle animée par Gildas Royer, demi-finaliste meilleur sommelier du monde en 2000. Gildas vous présente ses dix coups de cœur du salon.

Dimanche

14h - Présentation du vigneron Romain Corbin :

« Cueillir le raisin à maturité : la clé d’un vin de qualité ? »

Débat : Comment définir un vin de qualité ?

15h - Présentation du vigneron Patrice Lescarret :

« La limitation des AOC et la préservation de la diversité »

suivi de - Présentation du vigneron Patrick Baudouin :

« Le concept d'AOC : Ringard ou Moderne ? »

Débats : La notion de terroir inclut-elle un facteur humain ? Que penser de la réforme des AOC qui est en cours ? A ne pas rater, non?

Mais vous pourrez aussi en profiter pour déguster quelques cuvées de nos vignerons préférés; Frick, Planquette, Mas Conscience, Mosse, ... (et d'autres qui seront à notre carte dans un avenir très proche). Le reste du casting n'est pas parfait, mais qui l'est; un peu flou entre bio, nature, peut-être raisonné ou peut-être même pas. Mais une telle opportunité reste rare en Belgique, profitez en donc pour découvrir et puis venez vous réapprovisionner régulièrement à la boutique ;-))!

21:17 Écrit par Laurent dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : salon, olne, vin bio, vin naturels |  Facebook |

19/06/2007

Domaine CHANTAL LESCURE, François s’affirme, le style s’affine!

Voyage éclair en Bourgogne et dans le Beaujolais, il y a une bonne semaine, pour ramener quelques cuvées réservées depuis quelque temps déjà et bien sûr, déguster! Au programme, le domaine Chantal Lescure, les frères Bret du domaine de la Soufrandière et l’Abbaye du Petit Quincy en Bourgogne ; Christian Ducroux et Georges « le noune » Descombes dans le Beaujolais. Du beau monde !

J'étais content de retrouver le domaine Lescure que je suis depuis 5 ans maintenant. Je me souviens vous avoir proposé à mes tout débuts et avec succès, le Pommard Vaumuriens 2000 qui est maintenant à son apogée; dégusté tout récemment, il est très aromatique, avec des notes d'évolution, de cuir, d'encens et des tannins très fondus pour un corps svelte (c'est un 2000) mais suffisamment charnu pour notre plaisir.

C'est donc avec une certaine excitation que j’arrive au domaine Lescure à Nuit St Georges vers 14 heures, pas trop crevé et le palais émoustillé à l’idée de goûter ces vins. François Chavériat s’était excusé au préalable. Ce n’est pas grave, je suis moi aussi assez pressé par le temps. Je voulais surtout déguster deux vins que je ne connaissais pas. Le Bourgogne Taupe Maison Dieu 2005, issu d’un terroir argileux de la plaine de Pommard. La robe est concentrée, c’est bien du 2005, le nez offre de beaux arômes de framboise et de cerise. La bouche est dense, un peu tannique mais gourmande. C’est très bon, et ce sera un rapport Q/P exceptionnel. Le suivant, c’est un Côte de Beaune 2005, à peine plus cher, il est aussi plus concentré mais plus dur en finale. Un vin qu’il faudra attendre un peu mais qui fera aussi une belle bouteille d’ici 2-3 ans. Il faut avoir que le domaine situé en cote de Nuits, possède également beaucoup de vignes en côte de beaune et surtout à Pommard. Ceci nous donne donc à chaque fois une belle vue d'ensemble de la qualité d'un millésime, les deux côtes confondues.

lescure2

Petite verticale des Pommard 1er cru les Bertins ensuite. Les Bertins, c’est un beau premier cru, aux sols bruns calcaire, exposé plein Est et situé près de Volnay. Le 2004 est d’un bel équilibre assez structuré Pommard sur les tannins et l’acidité, mais avec de la finesse, beau. Le 2005 est plus dense, plus aromatique, plus long, plus de tout quoi, mais surtout bien meilleur encore. Un côté gourmand qui se propose à boire et un côté profond qui incite à la garde. J’ai l’impression aussi d’un boisé déjà fondu, ce que je préfère nettement. Très très bon vin. Et les prix de ces 2005 restent très raisonnables, ce qui est à souligner ! A côté, le 2003 fait un peu ampoulé et rustique, sur des tannins trop durs et un nez un peu confituré, la bouteille ouverte depuis quelque temps est à mon avis passée. Pas le meilleur 2003 de Lescure qui avait pourtant offert de très belles réussites dans ce millésime (les cuvées que j’avais sélectionnées quoi ;-).

Je suis prêt à partir quand arrive François, en tenue de combat, T-shirt taché, short et grosses bottines. « J’ai une demi-heure, on fait un tour en cave pour goûter les 2006? ». Si lui a une demi-heure, moi aussi bien sûr.

lescure

Je ne prends pas de notes, et les malos ne sont pas encore finies, mais ce que je retiens, c’est l’expression qui se dégage de ces 2006. Ce n’est évidemment pas le 2005, mais on est loin ici de la berezina attendue. Après un juillet sec, un août mouillé, septembre a tenté de réparer les pots cassés. Et puis, il a fallu trier et comme de plus en plus, les vignes travaillées en bio ont tendance a équilibrer ces données climatiques. Alors, ce qui ressort de cette dégustation, c’est un sentiment de naturel qui me comble. Un fruit pur, des tannins fins et une concentration plus que raisonnable pour un pinot noir, et surtout pas de surextraction ; la grenouille 2006 n’a pas essayé de se faire plus grosse que le bœuf 2005.

Manifestement, François Chaveriat qui a converti le domaine à la culture biologique est est maintenant en certification, continue la révolution à la cave. Egrappage complet pour un meilleur fruit (on se rappelle l’expérience de Peynaud qui avait fait macérer des rafles pour prouver leur peu d’intérêt, même si ce n’est pas aussi enfantin ;-), diminution des doses de sulfite (mais il ne croit pas au sans soufre ;-), plus de chaptalisation depuis 5 ans, et un boisé également beaucoup moins insistant. Toutes les actions sont inscrites dans recherche primordiale du terroir et surtout pas de l’imposition d’une quelconque « patte» du vigneron. Mais François de continuer d’expérimenter, comme avec cette cuvée de base où il teste l’égrappage. Le fût non égrappé est fruité, dense, avec de la mâche ; celui complètement égrappé « pète » littéralement de fruit très pur, et se fait plus digeste, vraiment coulant. J’ai toujours un faible pour la minéralité du Pommard Vaumuriens, au terroir un peu plus froidn ce qui engendre des maturité plus tardives, mais quelle classe ; ceci-dit, le Pommard les Vignots bien mûrs sont aussi très élégants en 2006. Nous goûtons aussi le Vosne-Romanée les Suchots, et le Clos Vougeot, le Vosne tout en rondeur et densité, le Clos avec, encore, un supplément de classe dans sa texture et de finesse. Beaucoup attendent d’un grand cru un plus de concentration, mais les meilleurs ont plutôt ce plus de touché et de longueur.

Au final, plus d’une heure en cave et une discussion à bâtons rompus sur son approche de plus en plus précise du vin. Merci François et qui sait à bientôt peut-être en Belgique.