13/06/2008

VIN sans SOUFRE (III), VIN sans SULFITES!

Que l'on dise vin sans sulfites au lieu de vin sans soufre, c'est bien, mais ... on se trompe quand même!

Et oui, non seulement c’est une erreur de dire vins sans soufre, mais même le vin sans sulfite n’existe pas !

Pourquoi ? Simplement car la levure en produit toujours un chouïa en fermentation, en général moins de 10 ppm ou mg/litre. Il n’y a donc pas de vins sans sulfites ! Evidemment, si cette valeur est comparée avec les doses ajoutées autorisées, jusqu’à 210 mg/l pour un vin blanc, 400 pour un liquoreux, il est bien compréhensible de dire « vins sans sulfites », mais l’annonce correcte serait plutôt « vins sans sulfites ajoutés ».

Et si le vin sans soufre/sans sulfite n’existe pas, en plus, il est aussi très rare;-).

En effet, il n’ y a que quelques vignerons qui n’ajoutent pas de SO2 dans leur vin ; et encore, pas sur toutes les cuvées. D’autres n’en mettent qu’à la mise en bouteille pour assurer le transport et le stockage, on parle alors de vinification sans SO2. D’autres encore n’en utilisent qu’à dose homéopathique tout au long de la vinification. Les valeurs totales ajoutées se limitent alors généralement à 15 ou maximum 30 mg/l, ce qui est peu. Mais ce qui, nous le verrons, a pourtant un impact gustatif. Cependant, en comparaison aux vins « normaux », ces doses sont angéliques…

Mais finalement, qui vinifie sans sulfite?

Ils sont encore très peu nombreux, et ceux qui font presque toujours toutes leurs cuvées sans sulfite exogène sont rarissimes. Mais il y en a, et à tout seigneur tout bonheur, le précurseur du vins sans sulfite: Pierre Overnoy de Pupillin dans le Jura, et son brillant successeur le bien nommé Emmanuel Houillon. Il y a aussi Alain Castex du Casot des Mailloles (Roussillon), Philippe Jambon et sa tranche (Beaujolais), ou encore, mais sans dogme, Didier Michaud du Château Planquette (Bordeaux). D’autres ne font que certaines cuvées totalement sans soufre, ce sont les Lapierre (Beaujolais), Allemand (Rhône), Ganevat (Jura), Schueller (Alsace), Ducroux (Beaujolais), Vignes du Mayne (Bourgogne), Gruhier (Bourgogne), domaine du Pech (Buzet) et bien sûr Jean-Pierre Frick , également pionnier dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres. Parfois, ils nous font la même cuvée avec et sans SO2 à la mise, et c'est là qu'on commence à s'amuser.

Ensuite, il y a les vignerons qui vinifient presque toujours sans sulfite: dans ce cas, juste un peu (1-2g/hl soit 10-20 mg/l) est ajouté à la mise pour éviter les ennuis au transport ou supporter des conditions de stockage peu adéquates. Là, ils commencent à être plus nombreux; ce sont les vins de Ganevat (Jura), Schueller (Alsace), Binner (Alsace), Meyer (Alsace), Gramenon (Rhône), Clapas (Rhône), Mazel (Rhône), Lapierre (Beaujolais), Descombes (Beaujolais), St-Nicolas (Loire), Villemade (Loire), Ducroux (Beaujolais), Hervé Souhaut de Romaneaux-Destezet(Rhône), Lapalu (Beaujolais), Guignier (Beaujolais), Beau-thorey (Languedoc), Barral (Languedoc), Milan (Provence), Heredia (Loire et Languedoc), … j'en oublie, impossible de les citer tous, mais jetez un coup d'oeil à ma carte;-).

Vous le voyez, de plus en plus nombreux sont les vignerons qui diminuent les doses, jusqu'à tenter l'impossible, ne plus en mettre...Nombreux, oui, mais encore bien seuls dans l'océan d'insipiditude qui les entoure... Ces "extrémistes" tant décriés ont quand même réussi à se faire poser des questions aux autres mieux installés; et si les doses de SO2 diminuent gentiment (on ne peut pas encore parler de révolution pour tous, mais peut-être de prise de conscience), c'est certainement grâce à eux... Après la lutte raisonnée avec "le moins de traitements possibles" engendrée par les "extrémistes bio", voilà t-y pas que tous les vignerons sont maintenant pour une utilisation raisonnée du sulfite et nous font tous les vins les plus "naturels possibles". Bon, du discours au verre il y a encore une marge ou une marche à franchir, mais ne soyons pas moqueurs;-)!

Tiens, mais pourquoi, pourquoi cette aversion du sulfite? Et bien un peu de patience que diable, je me sers d'abord un grand verre de Poulsard, un Arbois Pupillin 2002 du couple Houillon-Overnoy et je reviens vers vous...vin_sans_soufre_overnoy

11/06/2008

J'ai dit VIN Sans SOUFRE (II)

J’ai dit vins sans soufre, et bien c’est faux !

Tout comme le CO2 est du gaz carbonique et pas du carbone, et que l’H20 est de l’eau et pas de l’hydrogène, ce qui, vous l’admettrez, est quand même une sacrée nuance ; le S02 est du sulfite et non pas du soufre. Le soufre peut se trouver dans une multitude de molécules, certaines étant plutôt nécessaire à notre organisme . Le soufre "fleur", et non le sulfite est aussi utilisé en agriculture biologique pour enrayer les poussées d'oïdium. Pour simplifier, ce n'est que lorsqu'on le calcine à l'air, que le soufre (S2), nous donne du sulfite (SO2) aussi appelé anhydride sulfureux. C’est donc une erreur scientifique et un abus de langage de parler de vins sans soufre. Il faudrait donc dire vins sans sulfites, et non, comme vous lirez encore parfois en ces lignes, « vins sans soufre » ;-).

A suivre!

10/06/2008

Le VIN sans SOUFRE (I) n’existe pas!

et en plus il est très rare !

Non, je n’ai pas pété mon dernier plomb, et d’ailleurs je vais m’en expliquer! Cela fait quelques années maintenant que je déguste et fais déguster ce type de vin. Je vous en propose ici, en quelques épisodes, une synthèse, à la fois théorique mais aussi pratique.

Au-delà du bio, et sans doute pour prolonger cette approche, respectueuse de l'environnement, du raisin et du consommateur, à la cave; des vignerons réalisent du vin sans additifs, le plus proche possible du raisin, le « plus naturel possible », à la recherche d'un idéal technique et gustatif. Vendanges manuelles, absence d’enzymage, pas de chaptalisation, refus de l'osmose inverse, rejet des pratiques d’acidification ou de désacidification, pas de tannins de pharmacie ou de levures aromatiques sélectionnées. Bref, rien que du raisin, pas de ces poudres de perlimpinpin choisies parmi 2 à 300 produits autorisés par l’œnologie moderne ou de techniques traumatisantes pour un raisin qui a finalement beaucoup de mal à comprendre pourquoi tant de haine. Avec du travail, un peu de rigueur, de compétence, de passion, d’idéal et peut-être d’éthique, il y a une autre voie possible. Ces vignerons encore très minoritaires l’ont choisie et ils font ce que l’on appelle maintenant des vins "nature" ou « naturels ».

Ces hurluberlus diminuent aussi drastiquement leurs doses de SO2 (sulfite), et, alors que la plupart des œnologues vous diront que c’est impossible, vinifient parfois d'excellents vins sans y ajouter le moindre milligrame, de vrais « vins sans soufre ! ». Nous le verrons, ils ouvrent ainsi une porte vers un grand plus de diversité de goût et remettent en question les pratiques sécuritaires de châteaux et domaines réputés, confortablement installés sur leur poudrière de soufre. Ils gênent également beaucoup les criti-cons et autres gourous qu'ils empêchent de ronronner, et bien sûr les œnologues mercantiles qui vivent aux dépens de ces pratiques, certes autorisées, mais si loin de ma conception de la vigne et du vin !

A suivre !!sans_soufre00